« Pourquoi on ne monterait pas l’année prochaine ? » Privé de Top 14 par le Covid-19, Colomiers est touché mais pas coulé

RUGBY Surprenant leader de Pro D2 avant la fin prématurée de la saison à cause du coronavirus, Colomiers Rugby est prêt à remettre ça la saison prochaine. Avec encore moins de moyens financiers

Nicolas Stival

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Le troisième ligne de Colomiers Romain Bézian face à Aix-en-Provence, le 6 mars 2020.
Le troisième ligne de Colomiers Romain Bézian face à Aix-en-Provence, le 6 mars 2020. — Jean-Louis Mével / Colomiers Rugby
  • Le rugby professionnel français a gelé les montées et les descentes en officialisant le 30 avril la fin des saisons de Top 14 et Pro D2.
  • Leader de Pro D2 lors de l’interruption de la compétition, Colomiers n’a pas pu prétendre à retrouver l’élite, quittée en 2004.
  • Tout juste remis du Covid-19, le président Alain Carré dévoile son plan pour la saison à venir. Avec moins de moyens, mais une ambition intacte.

Durement touché par le Covid-19, Alain Carré a fait son retour ce mardi dans les bureaux de Colomiers Rugby. « J’ai été malade pendant près de deux mois, et j’ai été de nouveau hospitalisé il y a trois semaines, détaille le chef d’entreprise de 70 ans, en poste depuis 2004. Puis je suis rentré chez moi d’où je ne suis ressorti que lundi. »

Revigoré, le patron du leader pour du beurre de Pro D2 a fait le point sur la situation via un Facebook live puis au téléphone, pour 20 Minutes. Alors que le club de la Colombe entrevoyait un printemps souriant, avec une possible demi-finale à domicile, et pourquoi pas une promotion en Top 14, le coronavirus a fait voler le rêve en éclat. Après concertations avec les présidents de clubs, les championnats des deux premières divisions ont été officiellement gelés par la LNR le 30 avril, et les montées et relégations annulées.

Alain Carré (à droite), le président de Colomiers Rugby.
Alain Carré (à droite), le président de Colomiers Rugby. - Jean-Louis Mével / Colomiers Rugby

« Je me suis rangé du côté d’une majorité écrasante, indique celui qui est aussi à la tête de l’Union des clubs professionnels de rugby (UCPR). Il y a beaucoup de regrets, même s’il y a des choses plus importantes dans la vie. Les joueurs sont frustrés, pas récompensés, comme les actionnaires et les partenaires. »

Reprise de l’entraînement le 2 juin, du championnat début septembre

La possibilité de retrouver l’élite 16 ans après s’est envolée pour l’un des clubs phares du rugby français au tournant du deuxième millénaire. Maintenant, il faut bien repartir, dans un contexte embrouillé : le retour au stade Michel-Bendichou pour l’effectif (en petits groupes tout d’abord) est prévu le 2 juin, la reprise du championnat le 5 ou 12 septembre, si tout va bien. A huis clos ou pas, sachant que billetterie et hospitalités sont les mamelles du rugby français ? Alain Carré se dit prêt à jouer « deux ou trois matchs » sans public. « Cette saison a été catastrophique, il ne faut pas que la prochaine le soit. »

Le budget va maigrir « d’environ 15 à 20 % », alors qu’avec huit millions d’euros, Colomiers faisait déjà figure de poids moyen en Pro D2. Comme chez les collègues, la masse salariale devrait aussi être allégée de « 27 à 28 % », selon les préconisations de la DNACG, le gendarme financier du rugby.

Dix départs pour seulement trois ou quatre recrues

Dix départs sont certains pour seulement trois arrivées actées, en attendant peut-être une quatrième recrue (le talonneur de Valence-Romans Thomas Larrieu ainsi que les 3e ligne de Soyaux-Angoulême Anthony Coletta et Aldric Lescure).

Prêté par le Stade Toulousain, le grand voisin, le deuxième ligne Alexandre Manukula va retourner à Ernest-Wallon. Dans le même cas, le pilier Hugo Pirlet est en négociations pour rester une saison de plus à Bendichou. Le club était tout près de boucler la signature « d’une pointure aux postes d’arrière-ailier », selon Alain Carré. Mais le Covid-19 a balayé cette perspective.

Y aura-t-il une baisse de salaires, comme d’ores et déjà à Castres et Toulon ?

« Je ne sais pas, on est en train de regarder. Les joueurs ont fait le boulot, ils auraient eu une grosse prime sur la demi-finale, et les salaires auraient augmenté en cas de montée en Top 14. Là, ils n’ont rien de tout ça. Alors, si j’en viens à leur demander un effort salarial, c’est que j’aurais épuisé toutes les autres solutions. »

Pour commencer, le club va tailler ailleurs : stage traditionnel de présaison annulé, départs pour les matchs à l’extérieur le matin même plutôt que la veille, report du renouvellement de certains équipements en salle de muscu…

De l’optimisme malgré tout

Il va aussi falloir compter sur la fidélité des sponsors : le budget partenariat s’élevait à 3,8 millions d’euros de la saison écoulée, un plus de deux millions sont d’ores et déjà « engagés » pour l’exercice à venir. Alain Carré et ses équipes ont du boulot en perspective. Et de l’optimisme à revendre, malgré le danger qui pèse sur le rugby professionnel. « Si on n’est pas montés cette année, pourquoi on ne monterait pas l’année prochaine ? »