« 22 janvier, 9h04 : Emiliano est bien dans l'avion, on essaie d'avoir de ses nouvelles »... Comment Nantes a vécu la journée du drame
IL Y A UN AN, SALA (1/4)•« 20 Minutes » vous raconte, vu de Nantes, les premières heures après la disparition de l'Argentin Emiliano SalaDavid Phelippeau
L'essentiel
- Il y a un an, jour pour jour, Emiliano Sala disparaissait dans un accident d’avion.
- 20 Minutes raconte comment sa présence dans l’avion a été confirmée et comment elle a affectée le FC Nantes
«Immense inquiétude. Un petit avion de tourisme, qui a décollé de l’aéroport de Nantes-Atlantique lundi soir, a disparu au-dessus de la Manche, avec à son bord l’attaquant argentin Emiliano Sala et le pilote de l’avion » C’est par ces quelques lignes, publiée le mardi 22 janvier à 9h27, que 20 Minutes vous révèle l’information qui va bouleverser l’actualité pendant plusieurs jours, de la recherche frénétique de l’appareil jusqu’à la découverte du corps de l’attaquant argentin, début février.
« Il était à Nantes ? Tu plaisantes »
Cela fait deux heures que l’on cherchait à confirmer une information qui n’était au départ qu’un mauvais pressentiment. Notre revue de presse du matin, effectuée plus tôt que d’habitude, avait bloqué sur deux lignes d'un article de France Bleu Loire Océan évoquant la disparition d’un petit avion reliant Nantes à la capitale galloise. Comme nous, de nombreux supporters du FC Nantes font tout de suite le rapprochement avec la présence d’ Emiliano Sala en ville. La veille, le nouveau joueur de Cardiff a publié une photo avec ses anciens partenaires prise à la Jonelière, accompagnée de quelques mots en espagnol : « La ultima (cœur) ciao ». On ne le sait pas encore, mais la légende est terriblement prémonitoire.
« Impossible qu’il soit monté dans un si petit coucou », se rassure comme il peut un fan sur le réseau social. La coïncidence reste néanmoins troublante, il faut en avoir le cœur net. A 8h, messages WhatsApp à Meïssa Ndiaye, l’agent du joueur, et à Franck Kita, directeur général délégué du FCN avec en pièce jointe un tweet d’un Britannique lui aussi troublé par la concomitance entre cette disparition et la présence de Sala à Nantes la veille. Quelques minutes après, réponse de Franck Kita qui semble ne pas saisir le sens de notre propos. S’ensuit une discussion sur tout autre chose, puis une relance sur ce fait divers en lui rappelant (ce qu’il ne savait pas) que « Sala était à la Jonelière lundi » et que le pire est envisageable. Franck Kita tombe de l’armoire et lance « Tu plaisantes ? », avant une demi-heure de silence radio.
A 9h04, SMS de Franck Kita : « David, je viens d’avoir Meïssa [agent]. Emiliano est bien dans l’avion. On essaie d’avoir de ses nouvelles. Mon père [Waldemar Kita, le président du FCN] pleure. » 9h08. Une source à l’aéroport confirme l’inimaginable : Emiliano Sala est monté à bord de l’avion porté disparu.
Vahid Halilhodzic en pleurs dans son bureau
A la Jonelière, personne n’est encore au courant parmi les joueurs, même si un coéquipier de Sala n’a pas dormi de la nuit, rongé par l’angoisse. Nicolas Pallois, ami proche de l’Argentin, n’a toujours pas de nouvelles de son partenaire, qui a décollé de Nantes lundi peu après 19 h et qui était censé lui envoyer un message à son arrivée à Cardiff. Lorsqu’il arrive au centre d’entraînement, peu après 8h, le défenseur demande à Anthony Guézennec, le team manager, de se renseigner auprès de l’aéroport de Nantes. Les vérifications éffectuées, Guézennec annonce en aparté à Pallois la disparition de l’avion, avant d’informer dans la foulée l’ensemble des joueurs rassemblés pour le petit-déjeuner.
Le monde s’écroule. Vahid Halilhodzic, coach à l’époque, pleure seul dans son bureau. Le groupe professionnel se retrouve de manière naturelle dans la salle d’échauffement qui jouxte les vestiaires. L’endroit même où la veille Emiliano Sala s’était pris une dernière fois en photo avec ses ex-partenaires. Un salarié garde l’image du grand gaillard Diego Carlos « dévasté, inconsolable ».
Un silence assourdissant dans la salle d’échauffement
En ce milieu de matinée, les joueurs sont donc disséminés par petits groupes selon les affinités aux quatre coins de la salle. Le silence est assourdissant, l’ambiance lourde. Beaucoup consultent leur téléphone à l’affût de la moindre information. Certains veulent garder espoir et croient au miracle, d’autres ne se font plus guère d’illusions. Dans le bâtiment administratif, la mauvaise nouvelle s’est aussi vite propagée. Toute la Jonelière est maintenant en état de sidération. « Les gens étaient en larmes, se souvient un salarié. L’émotion était énorme. » « Le monde s’est arrêté de tourner ici », nous avait résumé brièvement un autre à l’époque.
Dans son bureau, Olivier Feneteau, responsable sécurité au club, tente d’entrer en contact avec les autorités britanniques. Il veut être sûr que l’avion n’a pas été détourné et n’a pas atterri ailleurs. La réponse devient vite inéluctable : le petit zinc est introuvable. Comme volatilisé. L’entraînement du matin est annulé et le match de Coupe de France à Sannois-Saint-Gratien, prévu le lendemain, reporté. Certains joueurs et membres du staff vont marcher pour évacuer l’angoisse, ou essayer, d’autres préfèrent courir. « Ce n’était pas une personne comme une autre Emi, c’était le bon mec », souffle-t-on. Celui qui faisait l’unanimité, qui n’avait pas d’ennemis.
Alors qu’à l’heure du déjeuner, certains joueurs ont préféré rentrer chez eux, d’autres ont besoin de rester ensemble. Encore et encore. A l’extérieur, les gendarmes effectuent des rondes pour veiller à ce que tout se passe bien sur la route jouxtant le centre d’entraînement. Puis vers 13h, un ballet incessant de voitures de joueurs commence. Les cylindrées quittent pour la plupart la Jonelière en trombe, sans un regard pour la quinzaine de journalistes présents. Les mots n’auraient pas de sens dans ce moment tragique, estiment-ils sans doute. Ceux d’Emiliano résonnent en revanche dans la tête de beaucoup de gens qu’il avait croisés la veille. « Vous vous rendez compte, dans quelques jours, je vais jouer à l’Emirates Stadium contre Arsenal… » Un rêve envolé dans la soirée du 21 janvier 2019.
Les supporters se rassemblent dans le souvenir
Alors que le club tente d’encaisser le choc, un hommage à Sala est en train de prendre forme sur les réseaux sociaux. L’association à la nantaise est à la manoeuvre. « Quelqu’un de chez nous a dit qu’il fallait qu’on se rassemble et qu’on fasse un truc public, se souvient Jean-Pierre Clavier, administrateur de l’asso. Il y avait un lieu symbolique de la ville qui s’imposait : la place Royale. »
Le rendez-vous est pris pour 18h30 sur la place du centre-ville, d’ordinaire réservée à l’euphorie des victoires récentes de l’équipe de France, et plus lointaines, du FC Nantes. Plus d’un millier de personnes répondent à l’appel pour rendre hommage à Sala. Souvent parés d’un maillot ou d’une écharpe jaunes, les supporters du FCN déposent au sol des dizaines de bouquets, quelques photos, des dessins d’enfants aussi. Très émus, ils n’ont de cesse de briser le silence pesant en répétant les chants à la gloire de l’Argentin de 28 ans, arrivé à Nantes en 2015.
C’est d'ailleurs sur la place Royale, ce soir-là, que le chant hommage à Sala a résonné pour la première fois. Il est désormais repris à la 9e minute de chaque match des Canaris. Pour que le peuple nantais n'oublie jamais.


















