Ultra-Trail : « Il n’est jamais en souffrance »… Comment l’Italien Luca Papi peut-il enchaîner autant de courses XXL ?

PORTRAIT Le coureur italien de 39 ans a remporté en septembre la première édition du monstrueux Tor des Glaciers (450 km et 32.000 m de dénivelé positif) en 134 heures

Jérémy Laugier

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Luca Papi, ici en juillet sur l'ultra marathon Beira Braixa au Portugal (281 km), qu'il a terminé à la troisième place.
Luca Papi, ici en juillet sur l'ultra marathon Beira Braixa au Portugal (281 km), qu'il a terminé à la troisième place. — Matias Novo
  • L’un des phénomènes actuels du monde de l’ultra-trail travaille comme opérateur-animateur d’attraction à Disneyland Paris.
  • Arrivé en France en 1998, l’Italien Luca Papi (39 ans) s'est distingué cet été en s’adjugeant le Tor des Glaciers (450 km et 32.000 m de dénivelé positif) en 134 heures.
  • 20 Minutes vous présente cet athlète atypique, qui va boucler l’année 2019 avec pas moins de 10.000 km parcourus.

Depuis quelques semaines, à Disneyland Paris, certains visiteurs ne veulent pas se prendre en photo aux côtés de Mickey mais avec un certain  Luca Papi. Il faut dire que cet Italien reconnaissable à sa chevelure bouclée, opérateur-animateur d’attraction depuis 20 ans là-bas, a marqué les esprits cet été en remportant la première édition du  Tor des Glaciers (450 km et 32.000 m de dénivelé positif, le tout non-balisé) en 134 heures. Un défi fou dans la vallée d’Aoste (Italie) que cet ultra-trailer atypique de 39 ans a préparé en enchaînant durant les trois semaines précédentes l’Echappée Belle (144 km et 11.100 de D +) en Isère et Savoie puis la TDS (145 km et 9.100 m de D +) en Haute-Savoie.

« C’était sincèrement mes footings d’avant grosse course ciblée, sourit l’intéressé, qui est sereinement retourné à son travail trois jours après le Tor des Glaciers. Je n’ai pas fait ces épreuves à bloc mais ça m’a permis d’avoir du volume dans les jambes. » Une stratégie qui fascine Cyril Cointre, son ancien manager au sein de la Team WAA : « Sa capacité à enquiller les courses est hallucinante. Au début, on le prenait tous pour un fou tant c’est un boulimique de l’ultra. Mais là où la plupart des coureurs ont besoin de se régénérer après chaque épreuve, lui n’est jamais en souffrance. Dire qu’on pensait tous qu’il arriverait cuit sur le Tor des Glaciers… »

« En fait, 450 km, c’est mon format »

Lorsqu’il s’est mis à la course à 30 ans, cet ex-ado gymnaste ne soupçonnait pourtant pas de telles facilités d’endurance. « En 2011, j’ai participé à une trentaine de courses en augmentant à chaque fois les distances car je me sentais régulier, raconte Luca Papi. Et en fait, 450 km, c’est mon format. » Ancien pompier volontaire (jusqu’en 2013), il court quasiment chaque jour entre 20 et 40 km pour se rendre à son travail à Disneyland. Et il participe désormais à environ 50 compétitions par an, pour un total cumulé de bientôt 10.000 bornes avalées en 2019, entre entraînements et courses. Avec comme principal moteur « le plaisir ».

« J’ai découvert pour la première fois Luca en 2012 sur le défi de l'Oisans [200 km, 12.000 m de D +], confie Cyril Cointre. Alors qu’on fait tout pour courir le plus léger possible en trail, il avait des grappes de raisin dans les poches, ça m’avait marqué. On sentait déjà bien que l’esprit de compétition n’était pas l’essentiel pour lui. Il était dans son monde mais il avait quand même fini deuxième ce jour-là. » Une performance parmi tant d’autres, entre des succès sur la Montagn’hard en 2015 (108 km, 8.800 m de D +), la Trans Gran Canaria en 2017 et 2019 (265 km et 13.000 m de D +), et donc le Tor des Glaciers.

Luca Papi a savouré le plus grand succès de sa carrière, en septembre sur le Tor des Glaciers.
Luca Papi a savouré le plus grand succès de sa carrière, en septembre sur le Tor des Glaciers. - Roberto Roux

Il compte enchaîner près de 900 km non-stop pendant huit jours à Monaco

Pourrait-on l’imaginer se donner un jour les moyens de se frotter aux références de l’ultra Kilian Jornet, François D’Haene ou encore Xavier Thévenard, sur des formats « plus courts » comme l’Ultra Trail du Mont-Blanc (UTMB) 2020 ? « J’ai pu y penser mais ce n’est pas ce qui m’intéresse », répond ce jeune père, qui compte passer son diplôme d’accompagnateur de moyenne montagne.

Son truc à lui, c’est clairement plus un challenge pour la bonne cause comme la No Finish Line à Monaco samedi. Sur un tracé d’1,4 km, Luca Papi compte parcourir au moins 886 km en huit jours (sa performance en 2015) et ainsi faire bénéficier des enfants défavorisés ou malades d’une importante somme (un euro reversé par kilomètre couru).

« Je vois des choses bizarres comme des poissons dans les arbres »

« C’est un super terrain de jeu pour travailler le mental », glisse celui qui n’a dormi que sept heures au total durant ses six nuits passées sur le Tor des Glaciers en septembre. Comment le natif de Varese, venu en région parisienne en 1998 pour « apprendre le français », parvient-il à éviter de se blesser avec un tel enchaînement d'ultra-trails ? « Il préfère se préserver et ne pas exploiter 100 % de son potentiel de performance, estime Cyril Cointre. Tout le monde lui a toujours prédit des blessures, et au final on en a tous eu sauf lui. Je ne sais donc pas où sont ses limites. »

Luca Papi redoute-t-il quand même parfois de les repousser trop loin ? « Je ne vais pas attendre d’avoir 60 ans pour faire ce que j’aime, assume-t-il. Si un jour ça doit péter, ça pétera. Bon, parfois sur des courses, je me retrouve confronté à des hallucinations. Je vois des choses bizarres comme des poissons dans les arbres ou des cailloux que je prends pour des refuges. Mais ce n’est pas pour ça qu’il faut s’arrêter. » Ce Papi fait de la résistance, qu’on se le dise.