Marathon du Mont-Blanc: Comment allier travail intense et trail de haut niveau?

COURSE A PIED De nombreux coureurs amateurs à la vie professionnelle très chargée consacrent de longues heures chaque semaine au trail, au point de s’engager sur une épreuve majeure comme le marathon du Mont-Blanc

Jérémy Laugier

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Le marathon du Mont-Blanc va réunir environ 7.000 participants entre ses nombreuses courses de vendredi à dimanche.
Le marathon du Mont-Blanc va réunir environ 7.000 participants entre ses nombreuses courses de vendredi à dimanche. — Fabian Bodet
  • Le marathon du Mont-Blanc va se dérouler de vendredi à dimanche autour de Chamonix, avec notamment les deux distances phare de 42 et 90 km.
  • Il n'y a pas que des coureurs d'élite sur l'épreuve. 20 Minutes vous présente des profils amateurs à la vie professionnelle très chargée. 

Avez-vous déjà envisagé de participer un jour aux plus longues distances du marathon du Mont-Blanc, à savoir le 90 km (6.220 m de dénivelé positif, ce vendredi) ou le 42 km (2.730 m de D+ samedi) ? Laissez-nous deviner, vous n’avez absolument pas de temps à consacrer à la course à pied, entre un travail exigeant et une vie de famille bien remplie. 20 Minutes a échangé avec quatre coureurs amateurs ayant eux aussi ce profil, mais ayant chamboulé leur quotidien pour se consacrer à leur passion, jusqu’à s’aligner à Chamonix cette semaine. On vous voit venir, pourquoi et comment s’infligent-ils cela ?

François Perrin (46 ans) a parcouru 10.000 bornes pour être présent sur la ligne de départ du 90 km, à 4 heures ce vendredi. Responsable d’un fonds d’investissement suédois en Asie, il vit à Hong Kong depuis dix ans. Ce père de deux enfants en bas âge profite de sa première participation au marathon du Mont-Blanc pour passer quelques jours chez ses parents à Chamonix. S’il est désormais habitué aux courses de (très) longue distance, après des 100 km à Pékin ou en Corée, ainsi que la TDS (145 km), il avait effectué un break total dans sa pratique du sport durant ses cinq premières années à Hong Kong.

« C’est un équilibre à trouver mais il vient assez naturellement »

« En reprenant la course, j’ai découvert une facette inconnue d’Hong Kong, des ambiances extrêmement sympas qui changent des gratte-ciel, explique François Perrin. C’est un équilibre à trouver mais il vient assez naturellement. Une routine s’installe avec des habitudes de vie saines. C’est un temps de recul bénéfique et courir 1 heure ou 1h30 trois matins par semaine, en plus d'une sortie longue de 25 à 45 km le week-end, me permet de toujours attaquer la journée du bon pied. » Laurent Caillet est moins adepte du jogging matinal. S’estimant « chanceux d’avoir tout sur place » en vivant à Chamonix, cet agent immobilier de 44 ans travaille six jours par semaine.

L'agent immobilier chamoniard Laurent Caillet a notamment fini l'exigeant parcours de l'OCC (56 km) l'an passé.
L'agent immobilier chamoniard Laurent Caillet a notamment fini l'exigeant parcours de l'OCC (56 km) l'an passé. - Laurent Caillet

« Mais je m’organise, j’accélère mon temps de travail pour filer en montagne courir une dizaine de kilomètres en fin d’aprem une fois la saison lancée », explique celui qui enchaîne depuis 2014 pas moins de six marathons de montagne par an, soit un par mois de mai à octobre. « Cette symbiose entre nature et sport a toujours été mon but premier dans la vie. Même si c’est parfois très dur de se lancer, ce break total me libère complètement l’esprit », indique ce passionné de vélo et de ski de rando, qui porte les couleurs de l'association Grégory Lemarchal.

« Mon exutoire se trouvait plutôt dans les sorties entre amis »

Médecin spécialiste en maladies infectieuses à Lyon, Marine Dutertre (35 ans) travaille « au minimum 70 heures par semaine ». Elle est tout de même parvenue à intégrer le trail dans sa vie après une ascension déclic de l’Aconcagua (près de 7.000 m en Argentine) en 2018 puis un stage de trail UCPA à Chamonix. « Avant, quand j’étais submergée de boulot en post-internat, mon exutoire se trouvait plutôt dans les sorties entre amis. Là, j’ai changé, je ne sors plus jusqu’à 3 heures du matin afin de rester en forme en vue de week-ends à la montagne. C’est une vie plus saine. Le trail, c’est vraiment mon moment à moi, je suis dans ma bulle. »

La médecin Marine Dutertre participe ici à un entraînement de trail à l'aiguillette de Houches (Haute-Savoie) en mai.
La médecin Marine Dutertre participe ici à un entraînement de trail à l'aiguillette de Houches (Haute-Savoie) en mai. - Marine Dutertre

Outre l’aspect « ressourçant » de la montagne, Marine Dutertre, qui s’entraîne trois soirs par semaine au parc de Parilly (Vénissieux) en vue du 42 km de samedi, voit une autre conséquence bénéfique majeure dans le trail : « On expérimente le fait de se surpasser. Personne n’aime vraiment souffrir en courant mais on aime se donner confiance en constatant qu’on peut tout surmonter ».

« Ça m’apporte beaucoup d’équilibre dans la vie »

Un sentiment partagé par Frédéric Brognart, qui va prendre part au 42 km samedi, quatre mois avant de tenter son premier ultra sur la Diagonale des Fous (165 km et près de 10.000 m de dénivelé positif à La Réunion). A 50 ans, ce directeur général d’une grande entreprise agroalimentaire avait arrêté la pratique du sport pendant une vingtaine d’années. Piqué au vif par une remarque de sa fille, il s’y est remis il y a cinq ans, au point de vite perdre dix kilos. « J’étais essoufflé après vingt minutes de course au parc de Saint-Cloud et tous ces défis me semblaient alors inimaginables. Puis j’ai arrêté de fumer, de boire des sodas et de mal manger, et je me suis fixé de participer à l’UTMB. »

Frédéric Brognart a pris l'habitude de courir dans le monde entier, comme ici aux Émirats arabes unis.
Frédéric Brognart a pris l'habitude de courir dans le monde entier, comme ici aux Émirats arabes unis. - Frédéric Brognart

Frédéric Brognart a depuis fini la redoutable SaintéLyon, le marathon de Paris puis celui de Marrakech, la CCC et le marathon des Sables. « Mes quatre ou cinq séances d'une heure par semaine sont calées dans mon agenda et elles organisent ma charge de travail, confie-t-il. Le trail, c’est d’abord de la gestion, ça m’apporte beaucoup d’équilibre dans la vie. Ça me permet d’être calme, de m’inscrire sur la durée. C’est une pause privilégiée dans laquelle je ne pense pas à mes mails ni à la pression du travail. C’est un peu mystique. » Déçu de ne pas avoir été tiré au sort pour l’UTMB cette année, le chef d’entreprise parisien va plus loin dans sa nouvelle connexion avec le trail.

Mon corps commençait à être foutu à 45 ans et j’ai dû faire plus attention. Il n’y a pas que le travail dans ma vie d’homme. Le trail m’a aussi appris à mettre mon ego de côté. Vous ne pouvez pas bien vous occuper des autres si vous n’êtes pas bien vous-même. »

« Le plus compliqué est d’optimiser le sommeil et la récupération »

Thibaut Baronian (30 ans) s'est mis sérieusement au trail bien plus tôt. Kiné durant plus de cinq ans dans un cabinet libéral, ce membre du célèbre Team Salomon a parallèlement mené sa vie de trailer de haut niveau de 2012 à 2017. « Tout le monde est capable de trouver deux heures par jour pour s’entraîner, assure ce spécialiste des marathons de montagne. Mais le plus compliqué pour moi était d’optimiser le sommeil et la récupération. » C’est pourquoi il a lâché son poste de kiné l’année passée.

« Il y a des moments où j’ai trop tiré sur la corde en enchaînant entraînements, cabinet et course, se souvient-il. Je devais aussi refuser de participer à certains stages de trail. Il n’y a pas de hasard, mon rythme de vie est beaucoup moins speed aujourd’hui. » Et ses résultats s’en ressentent. Thibaut Baronian vient de signer le 2 juin la meilleure performance française de l’histoire lors du Zegama Trail (Espagne), avec une troisième place. Quatrième sur le précédent marathon du Mont-Blanc à seulement six minutes de Kilian Jornet, il pourrait profiter de l’absence de la star espagnole pour s’adjuger une course de prestige. Bon, pas d’enflammade. Planter son job demain dans un excès d’enthousiasme n’est pas foncièrement une bonne idée.