Trail: Qui sont ces «extraterrestres» qui vont s’enchaîner deux SaintéLyon dans le week-end?

COURSE À PIED Vingt coureurs vont comme chaque année partir de Lyon à l'aube samedi, pour y revenir le lendemain après avoir rejoint le peloton de la SaintéLyon. Voici le concept de la 180, une aventure assez dingue de 144 km...

Jérémy Laugier
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Chaque année, 20 coureurs se lancent avec la 180 dans un défi digne d'un ultra.
Chaque année, 20 coureurs se lancent avec la 180 dans un défi digne d'un ultra. — Anthony Garron

Pour la plupart des 7.150 participants de l’épreuve phare (72 km dans la nuit de samedi à dimanche), conclure la SaintéLyon sera un aboutissement sportif. Mais pour une vingtaine d’autres, il ne s’agira que de la deuxième moitié de leur incroyable défi, la 180. « Le nom est venu de l’addition des départements traversés, le 69, le 42, puis à nouveau le 69, avec aussi l’idée de 180 degrés », explique Jean-François Cuinet, qui s’est lancé dans l’aventure en 2009. Avec un ami partageant son « plaisir de courir et de faire des trucs à la con », cet amateur de longues distances est parti de Lyon le samedi à l’aube pour rejoindre Saint-Etienne.

Après quelques heures de repos, les deux compères ont enchaîné la SaintéLyon avec les autres concurrents, pour un total de 144 km et 3.900 m de dénivelé positif (et autant de négatif) en un peu plus d’une journée. « Comme souvent en ultra, on marche en montée et on trottine quand il y a du plat et des descentes. En général, il nous faut 11 heures pour l’aller et entre 8 et 11 heures pour le retour selon le niveau de chacun », annonce celui qui est plus connu sous le pseudo d’Arthur Baldur dans le monde de la course.

Jean-François Cuinet, alias Arthur Baldur, lors de l'édition 2015.
Jean-François Cuinet, alias Arthur Baldur, lors de l'édition 2015. - Anthony Garron

« On perçoit la course autrement en journée et dans le sens inverse »

« J’aime le côté décalé de vivre la course en petit comité le jour avant de me retrouver dans la masse la nuit, un peu déphasé par rapport au peloton qui est totalement frais », confie le président de Lyon Ultra Run. Cette association, qui a repris le concept lancé par les Ultras-fondus entre 2003 et 2005, se limite à 20 participants sur la 180 « pour bien rester en groupe jusqu’à Sainté », tout en laissant quelques places à des coureurs venant de loin.

C’est le cas de Jérôme Bégon (40 ans), qui débarquera ce week-end d’Indre-et-Loire pour participer à sa deuxième 180 consécutive. « On perçoit la course autrement en journée et dans le sens inverse. Je trouve vraiment mon compte dans cette formule plus conviviale. Le midi à Sainte-Catherine, on fait par exemple découvrir aux autres les spécialités culinaires de sa région », apprécie celui qui a mis environ 11 heures l’an passé, à l’aller comme au retour.

Tous les coureurs de la 180, ici lors de la précédente édition, se donnent chaque année rendez-vous le samedi, à 6h30, devant la Halle Tony-Garnier (Lyon).
Tous les coureurs de la 180, ici lors de la précédente édition, se donnent chaque année rendez-vous le samedi, à 6h30, devant la Halle Tony-Garnier (Lyon). - Olivier Roualdes

« Pour une belle édition, il faut que ça cogne avec de la neige et du verglas »

S’il redoute quelque chose pour cette 180, outre « la gestion des quelques heures à Saint-Etienne, entre repos et copain », c’est bien le climat qui s’annonce… plutôt clément. « Courir toute la nuit ma première SaintéLyon en 2012 dans des conditions assez dingues était un peu un rêve, assure Jérôme Bégon. Pour une belle édition, il faut que ça cogne avec de la neige et du verglas. La boue, c’est quand même moins folklorique. » Autant vous dire qu’il ne s’étonne pas d’être « vu comme un extraterrestre » par le grand public, tout en suscitant avec la 180 « l’admiration » du peloton, qui l’a vu remonter environ 3.000 places sur la deuxième partie de la course en 2015.

L'année 2012 reste l'une des dernières éditions de la SaintéLyon particulièrement gâtées par la neige.
L'année 2012 reste l'une des dernières éditions de la SaintéLyon particulièrement gâtées par la neige. - Jean-François Cuinet

« Des copains me chambrent en me disant que je suis radin et que je veux juste économiser le prix de la navette entre Lyon et Saint-Etienne », se marre Jérôme Bégon. Pour la première fois depuis le début de l’aventure en 2009, Jean-François Cuinet (52 ans) n’est pas certain de participer en raison de douleurs au dos. « Des fois, je me dis que ça ne serait pas mal de me limiter à la seule SaintéLyon. Mais je pense qu’il me manquerait quelque chose », conclut cet accro à la 180.