Que ressentent exactement ces fous furieux se lançant sur l'Ultra-Trail du Mont-Blanc?

SPORT EXTRÊME Comédien et amateur de trail, Yohann Métay décrypte pour « 20 Minutes » la mythique course de 170 km qu’il a finie en 2006. La 14e édition part ce vendredi (18 heures) de Chamonix...

Jérémy Laugier
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Yohann Métay va reprendre à la Comédie de Paris à partir du 22 septembre son spectacle « La Tragédie du dossard 512 ».
Yohann Métay va reprendre à la Comédie de Paris à partir du 22 septembre son spectacle « La Tragédie du dossard 512 ». — Fabienne Rappeneau

Quand Yohann Métay n’est pas sur les planches en train de jouer son one-man-show La Tragédie du dossard 512, il se prépare souvent à des courses de trail. Après avoir conclu jeudi dans les Alpes la TDS [118 km et 7.200 m de dénivelé positif] en un peu moins de 24 heures, le comédien de 40 ans a accepté de revenir pour 20 Minutes sur ses deux participations à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, en 2006 et 2008.

Cette course mythique, à laquelle il consacre son principal spectacle [à l’affiche à la Comédie de Paris à partir du 22 septembre], réunit plus de 2.300 coureurs ce vendredi (18 heures) à Chamonix. On a cherché à savoir auprès de Yohann Métay ce qui pouvait bien passer par la tête de ces grands malades au moment de s’aventurer pour 170 km et plus de 10.000 m de dénivelé positif.

Ce qu’on ressent en s’inscrivant à l’UTMB

« Nous sommes envahis par l’appel de l’aventure et de l’inconnu. C’est une excitation qu’ont pu ressentir les hommes s’en allant découvrir de nouveaux territoires. »

Ce qu’on ressent si on n’est pas tirés au sort pour cette édition

« Personnellement, ça ne m’est jamais arrivé sur l’UTMB. Mais j’ai vu des coureurs être extrêmement déçus et même effondrés en apprenant qu’ils ne seraient pas retenus. Certains voient l’UTMB comme le Graal absolu. Pour eux, leur vie serait ratée s’ils ne participaient pas à cette course. J’avais beau leur conseiller d’autres belles courses, comme le Grand Raid des Pyrénées, ils étaient dans l’optique '' UTMB ou rien ''. Chacun veut sa part de légende en courant ici. »

>> L’édition 2016 de l’UTMB est à suivre ici en direct à partir de 18 heures ce vendredi

L'Espagnol Kilian Jornet a écrit une partie de sa légende en remportant l'UTMB à trois reprises, avec un premier succès ici en 2008, à seulement 20 ans.
L'Espagnol Kilian Jornet a écrit une partie de sa légende en remportant l'UTMB à trois reprises, avec un premier succès ici en 2008, à seulement 20 ans. - FAYOLLE/SIPA

Ce qu’on ressent sur la ligne de départ

« C’est un mélange d’excitation et de trouille. Est-ce qu’on va vraiment en chier ? Mais on a surtout les jambes qui fourmillent. On a envie d’en découdre. »

Ce qu’on ressent à la première crampe

« En 2006, j’étais tellement peu préparé que j’ai ressenti des crampes aux Contamines, après seulement 30 bornes. L’avantage quand on est en pleine course, c’est qu’on n’a plus trop le temps de paniquer. On deviendrait presque philosophe. J’ai eu l’impression d’avoir une conversation tranquille avec mes mollets, normal. »

Ce qu’on ressent au beau milieu de la nuit

« Il y a une immense différence entre la première et la deuxième nuit. Généralement, on trouve la première nuit magnifique, on apprécie les étoiles et la lune qui éclaire le Mont-Blanc. Franchement, c’est magique car on a entamé la course à 18 heures et qu’on n’est pas encore fatigués. Par contre, la deuxième nuit, tu ne fais que lutter contre le sommeil, un peu comme dans Marche ou crève de Stephen King. Vers 5 ou 6 heures du matin, je me souviens même avoir marché en fermant les yeux et en m’accrochant à mon pote sur une portion plate. »

Ce qu’on ressent en arrivant au refuge au moment de la deuxième soirée

« Ça te fait un bien fou d’enfin te poser dans un endroit chaud. Et en même temps, chaque seconde passée là te donne envie de rester bien plus longtemps. C’est un peu comme la tentation du chant des sirènes, il ne faut pas s’en approcher de trop près. J’avais fait le choix de manger un peu et de dormir trente minutes mais il a fallu que je m’arrache pour sortir de là. L’appel du lit est encore plus fort aux endroits où un bus vient récupérer les coureurs préférant abandonner. »

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Ce qu’on ressent à la première hallucination

« On peut par exemple se rendre compte qu’on voit des traces d’autres chemins qui n’existent pas. Ton cerveau crée des images, un peu comme quand tu frôles l’endormissement au volant sur un très long trajet. Personnellement, j’ai vu une Twingo pendue à une branche. Quant à mon pote, il assurait voir des petits Pères Noël sortant des sacs à dos de tous les coureurs ! »

Ce qu’on ressent quand la ligne d’arrivée se rapproche

« Au 130e kilomètre, j’ai senti que ça allait être bon pour moi en 2006. C’est un sentiment de plénitude et de fierté. Le plus kiffant, c’est justement les 15 derniers km. A l’époque, ils étaient au fond de la vallée et j’avoinais vraiment avec des ailes dans le dos. En voyant toute cette foule à l’arrivée, tu as l’impression d’être un héros. »

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Ce qu’on ressent les jours qui suivent son nouveau statut de finisher de l’UTMB

« On se sent remplis, comme si on rangeait un nouveau beau dossier dans sa bibliothèque intérieure. En plus, tout le monde t’en parle pendant un moment. Pour moi, ça a duré 40 heures au total mais j’ai tellement de souvenirs que j’ai l’impression d’être parti 15 jours en vacances. »