PSG-OM : L’agressivité, la seule arme qui reste aux Marseillais pour enfin gagner le Classico ?

FOOTBALL-FRISSON L’OM est l’équipe la plus sanctionnée de Ligue 1. Pour enfin gagner un Classico, après huit années de disette, André Villas-Boas doit-il envoyer des bouchers face au PSG ?

Jean Saint-Marc

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Un petit Classico à l'ancienne, pour voir la première victoire marseillaise depuis 2011 face à Paris ?
Un petit Classico à l'ancienne, pour voir la première victoire marseillaise depuis 2011 face à Paris ? — B. Horvat / AFP et D. Cole / AP / SIPA
  • Très loin du PSG sur le plan technique, l’OM aborde le Classico sans certitude.
  • Plusieurs anciens joueurs de l’OM estiment que les Marseillais devront être belliqueux pour enfin remporter un Classico, qui leur échappe depuis novembre 2011.
  • Mais pas sûr que Marseille dispose de joueurs suffisamment agressifs pour cela.

Combat, sacrifice, « valeurs ». La sainte trinité des situations désespérées dans le monde du rugby. Les Olympiens auraient pu s’inspirer des éléments de langage de leurs collègues du XV de France pour la conf' de presse d’avant Classico. Mais ils sont restés sobres : « Même si Paris est au-dessus, on y va avec de l’ambition et de l’envie », a lâché Steve Mandanda. André Villas-Boas a été sobre aussi («Tu vas à Paris avec tes armes, tu défends, tu mouilles le maillot »). C’est en fait le petit jeune, Boubacar Kamara qui s’est le plus chauffé, après OM-Strasbourg : « A nous montrer notre valeur aux Parisiens, de ne pas nous chier dessus. » Voire de leur taper dessus ?

L’OM est dernier du classement du fair-play (28 jaunes, deux rouges). Et les souvenirs des Classicos saignants des années 1990 nous laissent penser que l’agressivité peut être la principale arme marseillaise au Parc, dimanche. Manuel Amoros, qui n’a perdu qu’un seul Classico en cinq saisons à l’OM, se souvient :

« Ça marchait comme ça à l’époque : Bernard Tapie nous mettait la pression, c’était le seul match qui importait pour lui, ou presque. Il faisait monter cette rage en nous et savait nous galvaniser. »

Du banc de touche adverse, l’ex-Parisien (puis Olympien) Patrick Colleter a le même sentiment : « On ne peut pas résumer toutes leurs victoires de l’époque à l’agressivité, ils avaient aussi beaucoup de qualité dans l’équipe. Mais c’étaient aussi 11 guerriers, ça envoyait, et cet engagement total les a souvent aidés. »

Zambo avait bien « titillé » Neymar

André Villas-Boas va-t-il réussir à susciter cet « engagement total » chez ses joueurs ? « Tu n’as pas besoin de faire de causerie avant ce genre de choc, les mecs sont à 120 %, sourit l’ancien olympien Victor Zvunka, entraîneur du SC Toulon (National). Il partage notre postulat de départ : « Le principal ingrédient à mettre, c’est l’agressivité sur le porteur de balle. Car avec les Parisiens, si tu les regardes et tu les attends, tu vas avoir des problèmes. »

Ce qui ne signifie pas, bien sûr, que l’OM va dégoupiller et que le Classico va tourner à la boucherie comme celui de 1992, haché par 55 fautes dont plusieurs attentats des Di Meco, Boli ou Casoni. « Je ne pense pas que les Marseillais peuvent se servir de cette victoire (0-1) comme modèle, reprend Amoros. Déjà, car les arbitres et le VAR protègent davantage les joueurs aujourd’hui. Il faut mettre une agressivité plus maîtrisée que celle de 1992, montrer à l’adversaire que ce n’est pas lui qui va sortir gagnant de tous les duels, mais toi. »

« Des soldats qui savent mettre le bleu de chauffe »

André-Franck Zambo Anguissa l’avait parfaitement fait, en octobre 2017, jusqu’à faire craquer Neymar, expulsé (2-2). « Je devais le piquer […] Alors, sans grosse faute, avec des petits trucs, en le mettant parfois au sol, je l’ai titillé », racontait, après coup, le milieu de terrain. Mais l’OM n’a plus Zambo, ni Gustavo, d’ailleurs : « Marseille n’a pas cette puissance physique au milieu de terrain, cette capacité à imprimer un pressing haut », estime Jean-Philippe Durand.

« L’OM d’aujourd’hui manque de grognards », embraye Marcel Dib, qui n’était pas le dernier quand il fallait tacler sec. Un joueur trouve toutefois grâce à ses yeux : « Alvaro, qui est bon sur l’homme… et dur sur l’homme. Face à Paris, on a besoin de soldats qui savent mettre le bleu de chauffe. »

Le défenseur espagnol, qui a repris l’entraînement collectif ce jeudi, est encore très incertain. Il « manque beaucoup à l’OM depuis sa blessure », estime Victor Zvunka, qui considère qu’Alvaro est un « joueur à l’ancienne, un méchant ». Moins impérial, son remplaçant Duje Caleta-Car a tout de même été solide face à Strasbourg et s’est montré à son aise dans la baston à la fin d’OM-Montpellier.

Les Parisiens « prêts à mettre le pied »

« C’est quand même réducteur, voire catastrophique de limiter l’OM à des coups et des cartons », soupire l’ancien olympien Brahim Hemdani, qui estime que « la jeunesse et la mentalité des joueurs de l’OM ne les amènent de toute façon pas à jouer cette carte-là. » Mais contre un PSG ultra dominateur, ne faut-il pas dégainer les jokers honteux ?

Les Parisiens, en tout cas, n’auront pas peur de le faire. C’est ce que Thomas Meunier confiait à 20 Minutes, avant sa blessure : « C’est toujours assez physique avec eux. Au Vélodrome, il y a un peu d’intimidation, mais là, c’est à domicile… On a des joueurs qui sont prêts à mettre le pied, ce ne sera pas un problème. »