Marseille : Pourquoi le musée de l’OM met-il si longtemps à voir le jour ?

SERPENT DE MER Annoncé depuis des années, le musée de l'OM est en bonne voie, selon les dirigeants du club... Ils n'annoncent toujours pas de date d'inauguration

Jean Saint-Marc

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L'exposition « Nous sommes foot » au Mucem a rencontré un grand succès.
L'exposition « Nous sommes foot » au Mucem a rencontré un grand succès. — Agnès Mellon / Mucem
  • Le musée de l'OM tarde à voir le jour, malgré une très forte demande des supporters de Marseille.
  • L'OM prend le temps de réfléchir au contenu du musée... Et, surtout, n'a pas encore tranché la question de sa localisation. 

Le grand succès de la semaine, au stade Vélodrome, n’est pas la piètre victoire face à Strasbourg. C’est plutôt la file d’attente pour les visites du stade. Pendant les vacances d’automne, entre 200 et 300 personnes se baladent chaque jour dans le vestiaire, la pelouse et les travées de la tribune présidentielle. Depuis qu’il a repris en main cet « OM Tour », en avril 2019, le club a dénombré 40.000 visiteurs – presque autant que sur l’année 2018 complète, quand les visites étaient gérées par l’office de tourisme. Même à 18 euros par tête (35 les jours de match), l’OM attire le chaland.

Tous, ou presque, repartent avec une photo du trophée de la Ligue des champions… Mais ils ne peuvent pas dire qu’ils ont vu un vrai musée consacré à l’OM. Celui-ci est toujours en projet, vrai serpent de mer olympien. « On en est à la phase de conception, on n’a pas de dates à communiquer », lâche à 20 Minutes Laurent Colette, directeur général de l’OM.

« Beaucoup trop long »

Evoqué depuis 2014 (au moins), le projet était même censé voir le jour en 2020, selon un article de L'Express, publié en début d’année. Les supporters s’impatientent, donc : « C’est beaucoup trop long, mais j’ose espérer que c’est parce que les dirigeants font tout pour s’appliquer à ce que le musée représente le mieux l’histoire du club », lance Maxime, Marseillais de 29 ans. Patience, répond Laurent Colette :

Ce n’est pas facile de faire un musée ! On ne veut pas mettre 50 coupes derrière une vitrine, on veut aller bien plus loin, avec un concept interactif, des expériences qui ne soient pas uniquement visuelles. On veut aussi expliquer ce qu’est Marseille… On travaille d’arrache-pied. »

La conception est entre les mains de l’entreprise espagnole Mediapro (futur diffuseur de la Ligue 1), qui a refusé de répondre à nos questions, se bornant à nous indiquer que la société a déjà conçu de nombreuses expositions et une quinzaine de musées, dont celui de l’Athletic Bilbao et le « Tour Bernabeu » du Real Madrid.

Avant de décider ce sera exposé, encore faut-il trouver un lieu où installer ce musée de l’OM. « On a un certain nombre d’options, qui sont très proches du stade, le lieu où bat le cœur de l’OM », lâche Laurent Colette, sans plus de précision. Le club est candidat pour obtenir l’exploitation du Parc Chanot, qui serait, clairement, un écrin idéal, à quelques mètres du Vélodrome. L’OM vient d’ailleurs d’ajouter « la gestion de tous biens immobiliers » et la « construction d’immeubles » à ses statuts, comme l’a révélé Football Club de Marseille.

« Dans le foot, la culture de l’instant est totale »

En attendant, l’OM prend du retard sur ses principaux rivaux : Saint-Etienne a son musée depuis 2013, Nice depuis 2014, Lyon depuis 2018 et le PSG depuis l’été 2019. « C’est peut-être trop long à Marseille, mais c’est un super projet », analyse Florent Molle, conservateur au Mucem et commissaire de l’exposition « Nous sommes Foot », en 2017-18. Le succès de celle-ci (76.000 visiteurs) prouve qu’il y a un public pour des expositions foot à Marseille. « Les exemples de Saint-Etienne, Manchester ou Barcelone prouvent que les supporters sont heureux et qu’en termes de fréquentation, ça fait des bons chiffres », poursuit Florent Molle, qui conseille à l’OM « d’aller au-delà du cadre strictement sportif. »

Les dirigeants marseillais évoquent en effet un musée qui parlera de Marseille autant que de son Olympique, ce qui peut rendre le projet encore plus difficile à concevoir. « C’est toujours compliqué d’ouvrir un musée sur le sport », embraye Jean-Christophe Hembert, qui a conçu le « vestiaire », une des salles du musée de l’OL. Le metteur en scène et acteur (connu notamment pour son rôle dans Kaamelott) développe :

Un club de foot est une machine à laver, une machine pour organiser des matchs toutes les semaines, mais pas quelque chose qui a une mémoire, qui regarde le passé. Dans le foot, la culture de l’instant est totale. Et pour faire un musée, il faut un peu se poser. »

Plus de cinq ans, en l’occurrence : ça commence à faire une belle pause.