OL : « Séducteur » et « gros bosseur », Rudi Garcia est bien le roi de l’entretien d’embauche

FOOTBALL Rudi Garcia a su convaincre Jean-Michel Aulas et Juninho dans le sprint final, face au favori Laurent Blanc. Ce n’est pas la première fois de sa carrière que le nouveau coach de l'OL séduit ainsi ses dirigeants

Jean Saint-Marc et Jérémy Laugier

— 

Pour les grands malades, les réponses sont 73,9 millions d'euros et 17 août 2003.
Pour les grands malades, les réponses sont 73,9 millions d'euros et 17 août 2003. — Photo : R. Lafabrègue / AFP. Montage Paint : J.S.-M et J. Lau
  • Loin d’être considéré comme le favori pour succéder à Sylvinho sur le banc lyonnais, Rudi Garcia a notamment su devancer Laurent Blanc et Jocelyn Gourvennec pour être officialisé lundi.
  • L’ancien entraîneur chez le rival olympien a su faire la différence, notamment auprès de Jean-Michel Aulas et Juninho, lors d’un entretien rondement mené.
  • Il s’agit d’une spécialité maison, comme le révèle son parcours, de Dijon jusqu’à l’AS Roma.

La présentation officielle n’a pas suffi. Il fallait aussi faire le service après-vente. Le choix de mettre Rudi Garcia sur le banc de l’OL est surprenant. Alors Jean-Michel Aulas a tenté de convaincre une poignée de journalistes, lors d’une conversation informelle mardi : « Est-ce que vous avez essayé de savoir pourquoi Rudi [Garcia] avait déjà été choisi à la Roma par Sabatini, plutôt que Laurent Blanc ? ».

Car Rudi can’t fail en entretien d’embauche, pardi ! L’intéressé est sobrement revenu mardi sur cette récente réunion avec le groupe de décideurs lyonnais composé de Jean-Michel Aulas, Juninho, Gérard Houllier et Vincent Ponsot (directeur général adjoint juridique), qui lui a permis de doubler à nouveau l’ancien entraîneur du PSG mais aussi Jocelyn Gourvennec :

Bien évidemment, j’ai beaucoup regardé le football français et européen pendant ces quelques mois. J’ai suivi le parcours de beaucoup de clubs, dont l’OL. On a parlé librement et de manière très transparente de ce que j’avais vu, de ce que je ressentais et de ce que je pensais pouvoir apporter à l’institution. »

« A la Roma, il avait séduit tout le monde dans ses réunions avec les dirigeants »

Cet oral sans faute allait-il jusqu’à comprendre une ode aux performances de Maxence Caqueret avec l’équipe réserve de l’OL contre Jura Sud et Fréjus Saint-Raphaël (N2) ? Blague à part, il est en tout cas agrémenté, dès sa première réponse en conférence de presse, de l’utilisation du terme « institution » si cher à Jean-Michel Aulas.

La réussite en entretien du « combattant » Garcia, louée mardi par son nouveau président et par Juninho, est tout sauf une première dans sa carrière. « C’était pareil avec l’AS Roma en 2013, se souvient Andrea Di Carlo, journaliste pour la radio romaine TeleRadioStereo. Personne ne le connaissait en Italie. C’était une surprise totale de le voir nommé mais il avait séduit tout le monde dans ses réunions avec les dirigeants. »

« Aucun stress »

Elles n’ont pas été faciles pour autant : dans sa biographie*, Rudi Garcia raconte l’accueil glacial réservé par Walter Sabatini, l’ancien directeur sportif du club de la Louve : « Je vous vois aujourd’hui mais ce ne sera pas à vous que je demanderai de signer demain… ». Touché dans son orgueil, l’entraîneur sort alors le grand jeu : statistiques, tactique, analyse des saisons précédentes. « Il me poussa dans mes retranchements, (…), il me testait. Sans me démonter, je répondais du tac au tac », raconte-t-il encore. Le lendemain, Laurent Blanc se loupe en entretien et Garcia se retrouve dans un vol pour New York, pour rencontrer le big boss James Pallotta.

D’habitude, « aucun stress n’habite » Garcia. Mais cette fois, il est décontenancé et doit se « concentrer à 200 % pour discuter en anglais ». En réalité, le match était déjà plié : Pallotta voulait un « Mister n’ayant aucun passé en Italie ». Trois ans plus tard, Rudi Garcia saura convaincre un autre milliardaire américain, Frank McCourt. Après s’être mis Jacques-Henri Eyraud dans la poche, Garcia sort sa carte maîtresse : l’ambition. « Rudi m’a tout de suite dit qu’il voulait gagner la Ligue des champions. J’ai immédiatement su que ce serait l’homme pour le poste », a raconté McCourt.

Un « séducteur » qui s’adapte à son interlocuteur

A un niveau bien inférieur, l’ambition de Rudi Garcia avait déjà convaincu Bernard Gnecchi, dont le DFCO ferraillait en National. Nous sommes au printemps 2002 et le chef d’entreprise a un paquet de noms sur sa short list. Rudi Garcia fait du zèle, observe des matchs bénévolement et fait même un déplacement à Pau pour voir jouer sa potentielle équipe. L’affaire se boucle lors d’un improbable repas, décrit par Rudi Garcia comme un « entretien d’embauche déconcertant », « avec une ambiance de kermesse » et des « questions déroutantes entre la poire, le fromage et le bon vin de Bourgogne ». Bernard Gnecchi se souvient de l’essentiel et nous le raconte.

Rudi est un séducteur. Il sait séduire, et tout de suite. Il sait s’adapter aux besoins de son interlocuteur et il surfe sur le moment présent. Je suis sûr que face à Aulas, qui ne veut pas trahir Juninho, il s’est adapté à ce discours, tout en pensant que petit à petit, il prendrait le dessus comme avec Zubizarreta à l’OM. Car il a aussi tendance à oublier le cahier des charges (rires) ! »

Il convainc Nouzaret de le prendre comme préparateur physique

A Saint-Etienne, par exemple, il débarque en juin 1998 comme préparateur physique, puis il devient analyste vidéo, puis adjoint, puis entraîneur en tandem avec Jean-Guy Wallemme (2001). Coach des Verts entre 1998 et 2000, Robert Nouzaret garde un regard très positif sur l’ascension de son poulain. « Je le connaissais comme joueur mais on s’était perdus de vue, glisse-t-il. Quand Rudi est venu me voir en entretien à Montpellier, la partie était gagnée d’avance pour lui, puisque c’est Gérard [Soler, alors néo-président délégué de l’ASSE], qui m’avait dit de le voir. »

Garcia espérait un poste d’adjoint mais il découvre que la place est prise. Alors il tente, à l’intox, de se vendre comme préparateur physique. Quand Robert Nouzaret lui demande « s’il s’y connaît un peu », l’ancien milieu de terrain lâche avec aplomb « qu’il s’y connaît en tout ». « Je lui ai fait confiance sans savoir ce qu’il valait sur le plan professionnel, reconnaît aujourd’hui Nouzaret. Il m’a paru attachant, sérieux et sympathique. Et il avait quand même préparé son plan, il avait ses idées. »

« Il a cette capacité à être bon dans les moments déterminants »

« Rudi est un très gros bosseur, un grand professionnel, donc il est certain qu’il sait préparer au mieux pareille rencontre », analyse Michel Seydoux, qui n’a pas eu à lui faire passer ce genre d’oral au LOSC en 2011, ses conseillers lui ayant prémâché le travail. Selon l’homme d’affaires nordiste, « Rudi est extrêmement à l’aise dans beaucoup de situations, donc celle d’un entretien en fait forcément partie ».

Surtout si celui-ci est décisif, ajoute, ou plutôt persifle, un ancien boss du nouvel entraîneur de l’OL : « Il a cette capacité à être bon dans les moments déterminants. Enfin pour les entretiens, hein. Pas pour les matchs de Ligue des champions… »

* Tous les chemins mènent à Rome, Rudi Garcia et Denis Chaumier, Hugo Sport, 2014.