OM : Le son et lumière du Vélodrome, une « catastrophe » pour les virages ou une « modernisation sympa » ?

START-UP STADIUM Les supporters de l’OM sont partagés depuis l’installation au Vélodrome de puissantes « LED », utilisées pour une sorte de mini-spectacle son et lumière dans l’avant-match

Propos recueillis par Jean Saint-Marc

— 

Le Vélodrome est plongé dans l'obscurité à quelques instants du coup d'envoi.
Le Vélodrome est plongé dans l'obscurité à quelques instants du coup d'envoi. — Photo : C. Simon / Montage : J.S.-M.
  • Certains supporters de l’OM, notamment ultras, estiment que les animations son et lumière de début de rencontre perturbent l’ambiance.
  • D’autres sont bienveillants sur cette innovation, déployée d’ailleurs dans de nombreux stades européens.

C’est la querelle des Anciens et des Modernes, sauf qu’ils ne portent pas, cette fois, d’improbables perruques. Plutôt des maillots ciel et blanc. Pour la réception de Strasbourg, ce dimanche au Vélodrome (21h), les supporters marseillais vont revoir le spectacle son et lumière inauguré par la direction pour OM-ASSE, le 1er septembre. Le club nous indique que l’animation aura lieu pour tous les matchs, pas seulement pour les grosses affiches – en tenant compte, bien sûr, « de la luminosité et du temps. »

Rien de révolutionnaire en soi : l’OL fait le même genre de choses depuis l’été 2017 et de nombreux grands clubs européens, la Juve par exemple, font aussi frôler la crise d’épilepsie à leurs supporters. Ceux de l’OM sont très partagés : on vous propose donc une sorte de débat entre Peter, membre assidu du Commando Ultra 84 et Omar Keddadouche, fondateur de l’AS Vivaux-Sauvagère, chroniqueur sur France Bleu et animateur de l’émission Parlons Ballon.

Qu’avez-vous pensé de ces « LED » utilisées lors d’OM-Sainté ou OM-Rennes ?

Peter : C’est une horreur ! C’est bon pour une boîte de nuit, pas pour un stade. Pour moi, c’est la grande idée d’américaniser le club avec des idées NBA, comme la fameuse « bisou cam ». Jacques-Henri Eyraud ne tient pas compte du contexte marseillais… Qu’est-ce qu’il va mettre après, des pom-pom girls ?

Omar Keddadouche : Franchement, j’ai kiffé. Tu te dis « waouh », il y a l’effet de surprise : c’est particulier un stade qui s’éteint. Le fait de faire ça sur Bad Boys de Marseille (Akhenaton et la Fonky Family), c’est vraiment un morceau marseillais et ça reflète bien notre côte underground. Il faut dire aussi quand c’est bien, parce que tout ce que fait Eyraud, on critique.

Est-ce que cette animation peut voler la vedette aux groupes de supporters ?

Peter : J’étais à côté du capo du CU84 et je n’entendais même pas ses consignes, tant la sono est assourdissante. Il a même fini par lâcher le micro. On ne voyait rien, donc impossible de voir les dernières consignes pour le tifo. L’animation aurait pu échouer s’il avait fallu faire un ajustement à la dernière minute. Et quand on déploie une voile, par exemple, c’est beau de la voir arriver depuis le stade, ou de voir le dessin apparaître. Ça ne met pas du tout notre travail en valeur !

« Ooooh les gars, qui a encore marché sur la multiprise ??? »
« Ooooh les gars, qui a encore marché sur la multiprise ??? » - C. Simon / AFP

​Omar Keddadouche : Je comprends totalement que cela peut perturber l’installation mais je trouve que ça met en valeur les tifos des groupes, ça fait arène, ça fait vraiment spectacle. Je pense que c’est bien de moderniser en gardant les valeurs du supportérisme. Je trouve que c’est le cas et que c’est sympa. Il ne faut pas tout arrêter ce qui se faisait avant, il ne faut surtout pas toucher au Jump qui fait partie de l’ADN du Vélodrome, mais Bouga ou la Fonky, ça me va très bien. Le volume est élevé, mais on est au stade, pas au théâtre !

Pensez-vous que ces animations peuvent influencer l’ambiance du reste du match ?

Peter : L’entrée des joueurs, c’est le moment où on chauffe le stade entier, un moment stratégique pour que ce soit une explosion quand les joueurs rentrent. Ça nous coupe dans notre élan et c’est tellement assourdissant qu’on dirait que c’est fait pour couvrir nos voix. On doit attendre que cela se termine pour lancer nos chants. Ceux qui viennent en Jean-Bouin ou en Ganay (les tribunes latérales) viennent aussi pour l’ambiance et pour profiter des virages.

Omar Keddadouche : La musique ne dure pas tout le match non plus… Et ils ont choisi des morceaux adaptés : quand tu entends Belsunce Breakdown (Bouga) à l’échauffement, ça te met en conditions. Mais l’animation principale, ça doit rester les groupes de supporters. Ce que fait le club, ça ne doit être que des petits à-côtés. Et ça risque de perdre sa magie si c’est à chaque match…