Stade Rennais-CFR Cluj : Comment le club de la Transylvanie est devenu la place forte du foot roumain

FOOTBALL Le club entraîné par Dan Petrescu affronte ce jeudi le Stade Rennais dans un match décisif en Ligue Europa

Jérôme Gicquel

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En tête de leur championnat, les joueurs du CFR Cluj se déplacent ce jeudi soir sur la pelouse du Stade Rennais.
En tête de leur championnat, les joueurs du CFR Cluj se déplacent ce jeudi soir sur la pelouse du Stade Rennais. — ALEX NICODIM/SIPA
  • Le Stade Rennais reçoit le CFR Cluj ce jeudi soir pour la troisième journée de Ligue Europa.
  • Le club roumain domine son championnat depuis une dizaine d’années.
  • Sa réussite s’explique par la fortune de son ancien président mais aussi par l’arrivée massive de joueurs étrangers.

Une ville d’un peu plus de 300.000 habitants où il fait bon vivre, étudier et faire la fête. Nichée au cœur de la Transylvanie, Cluj-Napoca présente beaucoup de similitudes avec Rennes. Mais malheureusement pour eux, les joueurs du CFR (prononcer « tchéféré ») n’auront pas le temps de goûter aux charmes de la capitale bretonne avec une rencontre décisive qui les attend ce jeudi soir face au Stade Rennais en Ligue Europa (21h).

Régulièrement présent sur la scène européenne, le club des cheminots reste pourtant assez méconnu en France, où le championnat roumain ne passionne il est vrai pas les foules. Dans son pays, le CFR s’est pourtant imposé comme le big boss, remportant cinq titres ces dix dernières années, dont les deux derniers au nez et à la barbe du tout-puissant Steaua Bucarest. Mais comment ce club, qui croupissait depuis sa naissance en 1907 dans les divisions inférieures, a-t-il déboulé en force dans le championnat roumain ? Avec de l’argent, comme souvent.

Un mécène nommé Arpad Paszkany

Au début des années 2000, alors que le CFR est en troisième division, un homme d’affaires au passé assez trouble a décidé d’injecter plusieurs dizaines de millions d’euros dans le club. « C’est la fortune d’Arpad Paszkany qui a permis au club de décoller », indique le journaliste roumain Emanuel Rosu. « Il est aussi arrivé à une période où les grands clubs historiques, notamment ceux de la capitale, étaient en crise et n’avaient plus trop de moyens », poursuit Pierre-Julien Pera, spécialiste du foot roumain pour le site Footballski.

Arpad Paszkany a investi beaucoup d'argent dans le club du CFR Cluj, contribuant à son ascension rapide.
Arpad Paszkany a investi beaucoup d'argent dans le club du CFR Cluj, contribuant à son ascension rapide. - Capture d'écran YouTube

En plus d’avoir de l’argent, Paszkany a aussi eu du flair. « Il a eu une stratégie habile en faisant signer de nombreux joueurs étrangers, notamment des Portugais et des Sud-Américains », indique Pierre-Julien Pera. On parle là de joueurs de seconde zone comme Ricardo Cadu, Manuel José, Nuno Claro, Didi ou du savoureux Paolo Frangipane. Mais la mayonnaise avec les joueurs locaux a vite pris et le CFR a décroché en 2008 son premier titre ainsi qu’une qualification historique en Ligue des Champions. « Tout le monde en Roumanie a été surpris par cette ascension aussi rapide », reconnaît Emanuel Rosu.

Une période noire après les premiers titres

Surtout que le club du CFR ne déchaîne pas les foules, même dans sa ville. « L’Universitatea, l’autre club, est beaucoup plus populaire », souligne Pierre-Julien Pera. « C’est vrai que c’est tranquille comme club, il y a beaucoup plus de pression à Bucarest », abonde Grégory Tadé, qui a joué deux saisons au CFR (de 2013 à 2015) avant de rejoindre le Steaua Bucarest.

Désormais copié en Roumanie, le modèle du CFR va continuer de prospérer pendant cinq années avant que le club ne traverse une grosse période de turbulences, marquée par le départ de son grand argentier. « Le club n’est pas passé loin de la liquidation, il y avait de gros problèmes financiers avec des salaires qui n’étaient pas payés à temps », se souvient l’attaquant français.

Une légende du foot roumain sur son banc

Privé de coupe d’Europe à l’époque par l’UEFA en raison d’impayés trop important, le CFR a finalement réussi à redresser la tête avec à sa tête un nouveau président, l’homme d’affaires Iuliu Muresan. Double champion en titre, il s’appuie désormais sur une équipe solide composée de bons joueurs roumains comme Ciprian Deac, George Tucudean mais aussi sur quelques revanchards passés par la Ligue 1 comme Billel Omrani (OM) ou Lacina Traoré (Monaco).

Mais la star de l’équipe, c’est sans conteste l’entraîneur Dan Petrescu, véritable légende du foot roumain passée par Chelsea. « Ce n’est peut-être pas très beau à voir mais avec lui, l’équipe est bien en place et très soudée », analyse Emanuel Rosu. Jeudi soir, le CFR Cluj pourra en tout cas compter sur le soutien de son ancien joueur Grégory Tadé, désormais installé en Ecosse et qui sera devant sa télévision. « Je suis Nantais donc je serai doublement pour Cluj ! ».