Grégory Tadé, le «tricheur» du mercato

A Nantes, David Phelippeau
— 
Grégory Tadé (à g.), footballeur français évoluant dans le club roumain CFR Cluj.
Grégory Tadé (à g.), footballeur français évoluant dans le club roumain CFR Cluj. — no credit

Il a un avis tranché sur les entraîneurs français. «Ils sont cons. Ils ne regardent que les CV. Il y a pourtant beaucoup de joueurs qui ont des gros palmarès mais qui restent toujours sur le banc… Que tous ces coachs prennent certains joueurs à l’essai, qu’ils donnent la chance à des mecs qui ont faim.» Grégory Tadé, attaquant de 26 ans, n’a pas sa langue dans sa poche mais la mémoire un peu courte. Le CV, c’est sans doute ça pourtant qui l’a propulsé vers une carrière professionnelle. Son parcours, en plein mercato, raconte que le marché des transferts se déroule la plupart du temps loin des stars comme Edinson Cavani.

«Je me suis dit que jamais je n'y arriverai»

Retoqué de nombreux clubs (Sedan Nantes, La Roche-sur-Yon, Le Mans…) vers 17-18 ans, le cousin d’Emerse Fae, ex joueur de Nantes et Nice entre autres, n’abdique pas. Même après un ultime essai infructueux à Guingamp.  «Mon frère m'avait dit que c'était ma dernière cartouche. J'étais en dernière année de moins de 18 ans. Et là, j'ai pris une grosse claque... Il ne restait plus que trois joueurs et ils en prenaient deux». L'issue est terrible pour Grégory.  «Je me suis dit que jamais je n'y arriverai», confie-t-il.

Il s’invente une formation à la Jonelière et des sélections ivoriennes

Eté 2006, tout va basculer. Grégory rencontre une femme lors de vacances en Ecosse. Cette dernière lui présente un agent écossais: Scott Hume. L’attaquant multiplie les essais, les échecs, les mésaventures en Ecosse. Un jour, Sylvanus (ancien footballeur du FCN), son frère, l’incite à mieux se vendre. A gonfler son CV. «Il connaît les rouages du métier mon frère. Il a roulé sa bosse. Quand il a vu que j’avais vraiment quelque chose sur le terrain, il a décidé de m’aider.» Grégory ajoute deux lignes à l’ensemble de ses expériences. Et pas des moindres. Il y inscrit: «formation au FC Nantes» et «des sélections jeunes avec la Côte d’Ivoire dont il est originaire».

De l’Ecosse à la Roumanie

S’en suit une véritable odyssée dans le championnat écossais. Grégory fera six clubs au total. La saison dernière, il joue avec Saint Johnstone pour la première fois de sa vie la Ligue Europa. Il y a quelques semaines, il quitte enfin l’Ecosse pour s’engager trois ans avec le club roumain de Cluj. Grégory, qui est actuellement en stage en Autriche, savoure. «Je n’ai jamais pris le boulard et j’ai toujours cru en mes capacités. C’est vrai que j’ai failli tout arrêter mais je n’ai finalement jamais lâché. J’étais plus déterminé que certains sans doute.» Et ne regrette-t-il pas d’avoir triché sur son CV pour réussir? «Quand on le voit comme ça c’est de la triche oui, mais regardez où ça m’a amené! Si je gagne le championnat roumain, je jouerais la Ligue des Champions la saison prochaine. Ca serait un beau pied de nez aux clubs qui ne m’ont pas gardé en France et au FC Nantes par exemple.»