Stade Rennais : « Le pire souvenir de ma carrière »... On a retrouvé Severino Lucas

FOOTBALL Recrue la plus chère de l’histoire du club, le joueur brésilien revient sur son passage raté en Bretagne et sur les raisons de cet échec

Propos recueillis par Jérôme Gicquel

— 

Severino Lucas est retourné vivre au Brésil dans sa ville natale de Ribeirão Preto.
Severino Lucas est retourné vivre au Brésil dans sa ville natale de Ribeirão Preto. — DR
  • Recrue la plus chère de l’histoire du Stade Rennais, Severino Lucas n’a jamais réussi à briller lors de son séjour en Bretagne
  • Il revient pour 20 Minutes sur ce passage raté et sur les raisons de cet échec.
  • Assumant sa part de responsabilité, il estime que le montant du transfert lui a pourri la vie.

Son nom restera à jamais gravé dans l’histoire du Stade Rennais. Débarqué en Bretagne à l’été 2000 pour la coquette somme de 140 millions de francs (21,3 millions d’euros), Severino Lucas reste à ce jour la recrue la plus chère du club de François Pinault. Mais aussi l’un de ses plus gros flops avec seulement 11 buts inscrits en 84 matchs.

Au début du mois, son fantôme est revenu hanter les travées du Roazhon Park au moment de la signature de son compatriote Raphinha, débarqué du Sporting Lisbonne pour 21 millions d’euros. Quinze ans après son départ pour le Japon, où il a fait carrière, Severino Lucas a accepté de revenir pour 20 Minutes sur son passage raté dans la capitale bretonne. Avec beaucoup de saudade, la nostalgie brésilienne, mais aussi d’humour.

Vous avez raccroché les crampons fin 2013. Que devenez-vous depuis tout ce temps ?

Je suis revenu m’installer au Brésil il y a cinq ans. J’habite à Ribeirão Preto, ma ville natale, où je mène une petite vie tranquille avec ma femme, mes deux garçons et ma fille. J’ai monté une entreprise dans le bâtiment et l’immobilier, on construit des maisons et on les vend.

Vous continuez à jouer au foot ?

Un peu oui même si je ne suis plus dans le milieu. Tous les lundis, on se retrouve pour une petite partie entre anciens joueurs de ma ville. On a tous plus de 40 ans mais on se marre bien.

Revenons sur votre transfert à Rennes. Vous vous en souvenez ?

Bien sûr. Il n’y a pas moyen de l’oublier. Il y avait beaucoup d’attente autour de mon arrivée et c’était bien normal vu le montant du transfert pour un joueur de 21 ans. Mais tout le monde ne me parlait que de ces 140 millions (de francs), jamais de mes qualités de footballeur. Beaucoup pensaient d’ailleurs que j’avais empoché toute la somme. Alors qu’en vérité je n’en ai même pas touché 10 %. Et mon salaire n’était pas si élevé, c’était normal. Tout cela m’a rendu très triste.

Mais vous n’avez pas non plus brillé sur les terrains. Comment vous l’expliquez ?

Alors déjà c’est toujours compliqué la première année pour un Brésilien qui débarque dans un autre pays. Il faut s’adapter au climat, à la langue, à la culture. Pendant cette période en plus, j’ai participé aux Jeux Olympiques avec la Seleção, du coup j’ai enchaîné les déplacements. Je voulais pourtant me donner à fond pour le club mais je voyageais tout le temps. Et quand je revenais, l’équipe avait déjà trouvé son rythme. C’est pour cela que mon adaptation a pris un peu plus de temps même si j’ai quand même fait des bons matchs la première année.

La deuxième année n’a pas non plus été une grande réussite…

Je pense que si Paul Le Guen était resté entraîneur, les choses auraient pu se passer différemment. C’est facile de le dire maintenant mais je le pense sincèrement. Il avait une grande confiance en moi et sous ses ordres, j’aurais eu plus de chance d’évoluer et de grandir. Après je ne dis pas que Christian Gourcuff était un mauvais entraîneur, il était même excellent. Mais il avait des méthodes différentes et il a encore fallu m’adapter. Ce qui n’a pas été facile.

Surtout que la pression était très forte sur vos épaules.

J’étais le joueur le plus cher de l’équipe donc c’était normal. Mais à chaque défaite ou quand l’équipe perdait, c’était toujours de ma faute. Alors que j’aidais pourtant l’équipe, je faisais des passes décisives. Mais je ne marquais pas de but, ce qui m’a valu toutes ces critiques. A l’époque, il n’y avait personne pour me protéger. Pas comme aujourd’hui où les joueurs sont très entourés. Je devais moi-même répondre à ces critiques et sans cesse expliquer que je n’avais pas touché ces 140 millions.

Avez-vous aussi une part de responsabilité dans cet échec ?

C’est certain. Avec tous ces problèmes, j’ai un peu baissé la tête alors que j’aurai dû demander de l’aide au club. Et à l’entraînement, je n’ai pas non plus fait les efforts nécessaires pour muscler mon physique. C’est donc un peu de ma faute. Je n’ai fait qu’écouter les critiques sans rien faire pour changer cette situation.

Vous avez tourné la page depuis ?

Cela reste bien sûr le pire souvenir de ma carrière. Mais je crois beaucoup en Dieu et je pense que les choses devaient se passer comme ça. Après cela me dérange un peu qu’on se souvienne toujours de moi quand un Brésilien débarque à Rennes ou ne réussit pas en France.

Car il y a eu beaucoup de choses positives dans ma carrière au Brésil et au Japon où j’ai gagné beaucoup de titres. C’est là-bas aussi que j’ai retrouvé du plaisir à jouer au foot. J’aurais aimé que cela se passe autrement à Rennes, cela me rend triste, mais il n’y a pas moyen de revenir en arrière.

Votre transfert reste toujours le record du club.

Vous me l’apprenez. Cela aurait été bien que Raphinha batte ce record comme ça tout le monde m’aurait oublié ! Je ne le connais pas mais j’espère en tout cas que son passage sera différent du mien et qu’il aura beaucoup de réussite.

Vous n’êtes pas fâché avec le Stade Rennais ?

Bien sûr que non. Je n’ai plus de contacts avec les dirigeants ou les joueurs actuels mais je continue à suivre l’équipe. Je suis son premier supporter et j’étais très heureux quand ils ont remporté la Coupe de France. Et puis j’ai passé de très bons moments là-bas, c’est une ville très belle. J’aimerais bien y revenir un jour mais je ne sais pas si je serai bien reçu au club (rires).