OL-PSG: «Il ne faut pas nous enterrer tout de suite»… Les Lyonnaises étaient vraiment remontées contre Paris

FOOTBALL FEMININ Si l’OL est apparu à ce point transcendé, samedi face au PSG (5-0), c'est aussi en raison de déclarations parisiennes « vexantes » dans la presse avant cette « finale » du championnat 

Jérémy Laugier

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Saki Kumagai, Wendie Renard et les Lyonnaises ont fait exploser la défense parisienne, samedi au Parc OL (5-0).
Saki Kumagai, Wendie Renard et les Lyonnaises ont fait exploser la défense parisienne, samedi au Parc OL (5-0). — JEFF PACHOUD / AFP
  • Les Lyonnaises sont parvenues à atomiser le PSG samedi (5-0) et à filer tout droit vers leur 13e sacre consécutif en D1.
  • L’OL a en partie puisé cet éclatant succès en découvrant des déclarations pleines d’ambition de joueuses parisiennes dans la presse, Grace Geyoro en tête.

Il y avait le 7-0 d'avril 2016 en demie de Ligue des champions. Il y a désormais aussi le 5-0 d'avril 2019 en « finale » de D1. Ces deux éclatantes démonstrations, dans un Parc OL bien garni (22.050 puis 25.907 spectateurs), prouvent à quel point les Lyonnaises survolent encore ce PSG, tout ambitieux soit-il. Avant deux derniers matchs à Dijon et contre Metz, l'OL a ainsi pris trois points d’avance sur son rival parisien et quasiment l’assurance d’un 13e sacre consécutif en D1.

Ce groupe, également vainqueur des trois dernières Ligues des champions (demi-finale aller contre Chelsea dimanche prochain), n’avait pas besoin d’une extra-motivation pour aborder pareil sommet. Mais la milieu internationale du PSG Grace Geyoro lui en a offert une sur un plateau en raison de ses propos avant le match dans Le Monde, en faisant référence à la finale de Coupe de France remportée (1-0) la saison passée.

« Cette victoire a forcément été une libération après plusieurs années sans titre, surtout face à Lyon. On s’est dit entre nous que l’on pouvait battre les Lyonnaises. Cela a été un déclic. On se sent de plus en plus puissantes face à elles. On a l’impression de leur tenir tête. Notre état d’esprit change : on ne part plus avec cette peur. »

« Il n’y a pas eu photo ce soir, comme toute l’année »

Comme Aminata Diallo en a rajouté une couche sur France Bleu Paris («Plus les années passent et moins je les vois imbattables »), les effets ont été saignants : un OL piqué au vif a étouffé d’emblée le PSG samedi et a inscrit trois buts dans une première période de rêve. « Il n’y a pas eu photo ce soir, comme toute l’année, glisse Sarah Bouhaddi. Sans être prétentieuses, on sait qu’on est meilleures qu’elles et on l’a prouvé. Elles ne nous voyaient plus imbattables comme il y a quelques années. Ça nous a fait tilt, ça nous a vexées et on savait où on voulait aller. Nous, on n’a pas parlé dans la presse, on préfère travailler en silence. »

A l’image de tout le vestiaire, la gardienne lyonnaise n’est pas mécontente d’avoir « mis un gros coup derrière la tête » au PSG. « On a montré qu’on était encore là, il ne faut pas nous enterrer tout de suite, complète Eugénie Le Sommer, qui a signé le deuxième but samedi. Ça nous avait embêté de perdre un trophée l’année dernière. » Et cette fois, on retrouve un Lyon lancé sur la voie royale pour un prestigieux triplé. « Il fallait avoir un minimum de respect pour tout ce qu’on a fait. On n’a pas volé nos titres et on n’a rien voulu leur laisser ce soir », confie la capitaine Wendie Renard, auteure de son 100e but sous le maillot lyonnais.

« Chez nous, il n’y a aucune arrogance »

Vous l’aurez compris, les Parisiennes auraient mieux fait de la jouer profil bas avant de défier une telle machine à gagner, toujours plus redoutable dans les gros rendez-vous. « On a l’habitude de jouer des grandes affiches, confirme Sarah Bouhaddi. On bascule en mode Ligue des champions. On l’a prouvé contre Wolfsburg [2-1 et 2-4 en quart de finale européen] et encore ce soir. On sait que beaucoup de gens aimeraient que l’OL tombe et on a prouvé que notre équipe est toujours là. »

Reynald Pedros a bien senti ces derniers jours que ses joueuses étaient piquées par l’ambition du PSG de les renverser au Parc OL.

« Ça faisait un moment qu’on nous disait que les Parisiennes étaient proches de nous, comme en février en Coupe de France [1-0]. Les filles avaient à cœur de montrer qu’on avait encore de la marge. Chez nous, il n’y a aucune arrogance, il y a beaucoup de joie de vivre et de détermination. Si l’OL en est là aujourd’hui, c’est parce que les filles ont toujours respecté leurs adversaires, sans jamais les prendre de haut, et on l’a encore vu ce soir avec ce match plein. »

« Les filles avaient envie de remettre les choses au point »

Même après tous ses triomphes, cette équipe féminine continue de bluffer son président. « Les filles se transcendent et elles arrivent à contourner tous les obstacles, constate Jean-Michel Aulas. Ce sont de vraies guerrières qui se remettent toujours en cause. Le PSG a peut-être exprimé de manière trop forte son ambition et les filles avaient envie de remettre les choses au point. »

Et quand la bande à Hegerberg, Le Sommer et Marozsán se met en route, personne ne parvient à lui résister. Leur régularité au plus haut niveau tranche évidemment avec l'autre actualité du jour à l’OL, consécutive à un troisième revers de rang des joueurs de Bruno Genesio. « Nous sommes tristes de ce qui se passe en ce moment chez les garçons, explique Reynald Pedros. Si on peut donner un peu de sourire à notre président et à tous les gens du club, c’est tant mieux. » Au vu du festival de samedi, l’objectif a été rempli haut la main.