Le quadruplé insatisfait de Mbappé, Choupo l'OVNI, la chanson de Rabiot... La saison du PSG en six anecdotes

FOOTBALL Anecdotes, petites histoires, ressentis, il y a peu de tout et ça résume pas si mal l’année parisienne

B.V, N.C, N.S, J.S-M, A. I

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Adrien Rabiot prend le micro pour chanter avec ses supporters
Adrien Rabiot prend le micro pour chanter avec ses supporters — Pascal GUYOT / AFP
  • Le PSG est officiellement champion de France après le match nul de Lille à Toulouse, dimanche après-midi. 
  • Entre la vie culturelle de Buffon, le perfectionnisme de Mbappé, l'inclassable Choupo et le feuilleton Rabiot, on vous raconte cette saison parisienne en six anecdotes.

Celui-là, on pourra pas dire qu’on l’a pas vu venir. En tête depuis la première journée ou presque, le PSG a survolé la saison toute la Ligue 1 pour s’offrir son sixième titre de champion de France de l’ère qatarie. A tel point même qu’au moment de faire les bilans, on ne sait pas trop quoi raconter. Les hommes du titre ? Toujours les mêmes, de Thiago Silva à Verratti en passant par la MCN, évidemment. Les dates-clés ? Il n’y en a pas vraiment, Paris a roulé sur tout le monde de A à Z. Alors quoi ? Alors on a décidé de vous raconter ce que nous, journalistes, avons retenu d’un peu spécial dans cette saison parisienne en Ligue 1. Anecdotes, petites histoires, ressentis, il y a peu de tout. Et ça résume pas si mal l’année parisienne.

Le béret de Gigi Buffon

Gianluigi Buffon aime les tableaux. Lui-même racontait en 2004 s’être sorti de la depression en tombant amoureux d’un Chagall, « La promenade », qu’il ira contempler trois fois dans la même journée. Et si on n’oserait pas demander à une telle légende du ballon s’il a choisi Paris au moins autant pour son offre culturelle que pour jouer dans notre belle Ligue 1, on a parlé à un certain Hervé, qui a croisé Gigi béret sur la tête un dimanche après-midi à Orsay. « Il était accompagné par un gars qui lui a fait la visite. Il ressemblait à un étudiant des Beaux-Arts ou un truc comme ça. Buffon est bien resté avec lui pendant trois heures. Il a fait tout Picasso, puis certaines salles qui devaient l’intéresser. Je me rappelle qu’il est resté dix minutes devant La Nuit étoilée de Van Gogh, comme intensément absorbé par l’œuvre. »

Gigi Buffon, son béret, sa baguette, et Hervé.
Gigi Buffon, son béret, sa baguette, et Hervé. - Capture d'écran/D.R.

Tout ça pour dire quoi ? Que s’il n’a pas particulièrement brillé sur le marché des transferts cette saison, le PSG s’est quand même offert l’été dernier une sacrée star. Un mec à part dans le monde du foot. Et que si ses performances sur le terrain ont été plutôt quelconques, Gigi a amené son aura, sa sagesse et son professionnalisme au PSG. Il a joué le jeu de la rivalité avec Areola sans amertume. Il a pris Mbappé sous le bras un soir de bouderie au Velodrome. Il n’a jamais dit un mot plus que l’autre. Gigi, c’est la classe. Et avec lui, c’est le PSG qui est un peu plus classe.

Mbappé, le quadruplé insatisfait

L’Olympique lyonnais ou l’art de se mettre dans le foin quand tout va bien. Paris est dominé chez lui et réduit à 10 lors du choc de la saison, début octobre ? Tousart trouve le moyen de se faire expulser à la 45e. Une mi-temps à 10-10, c’est une mi-temps avec deux joueurs en moins sur le terrain, et donc plus d’espaces sur le terrain. Un suicide mathématique quand, de l’autre côté, un Neymar au pied de velours s’amuse à distiller des pralines pour lancer dans les meilleures conditions la fusée Kylian 4.

Mbappé vs Denayer
Mbappé vs Denayer - ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Qui aurait pu être Kylian 5 ou 6 sans un grand Lopes pour l’empêcher de dépasser le quadruplé. Cette deuxième mi-temps sur mesure pour Mbappé, c’était presque de la triche, la même sensation que de prendre l’Inter d’Adriano dans PES 6. La branlée un peu trop facile. Et donc, la victoire modeste pour le MVP du soir, qui préférera se flageller en zone mixte à la mémoire de ses occasions ratées. « C’est sept occasions et quatre buts. C’est pas mal mais on peut faire mieux. » Le culot du gamin.

La chanson de Rabiot

Tout début septembre, il fait encore beau et chaud dans le bouillonnant stade des Costières de Nîmes. Les Parisiens viennent d’arracher une belle victoire dans le dernier quart d’heure (2-4). Leur quatrième d’affilée, qui leur permet de prendre le large, déjà, en tête du championnat. Au coup de sifflet final, les Parisiens s’offrent un joli moment de communion avec leurs supporters. Areola, Thiago Silva, Marquinhos et Kimpembe sont survoltés, mais pas autant que Rabiot. Le titi parisien assume la fonction de capo du groupe et, mégaphone en main, mène la danse.

♪♫♪♫ « Paris SG, tous ensemble on chantera / Cet amour qu’on a pour toi / Qui ne cessera jamais
Après tant d’années / De galères et de combats / Oh pour toi PSG / On va se casser la voix » ♪♫♪♫

A cette période, la question de la prolongation du milieu de terrain est déjà d’actualité. On pense voir dans cette scène de joie un signe fort. Les supporters aussi. Une caméra de Canal + capte une conversation entre Rabiot et un membre du Collectif Ultras Paris. « Reste avec nous ! T’es un putain de Parisien, t’as ça dans le sang ! La vie de ma mère, t’es le seul Parisien ! », dit le supporter au joueur. 

« On lui a fait passer ce message pour qu’il reste, raconte aujourd’hui Anwar, qui était du déplacement à Nîmes. Ça voulait dire qu’il avait notre confiance, qu’on était derrière lui, vraiment. » Finalement, le feuilleton a duré, l’ambiance s’est dégradée et Rabiot a fini au placard, se mettant tout le club à dos. « On l’aimait, et d’ailleurs on n’a jamais rien dit en tribunes contre lui au début des tensions entre lui et les dirigeants, reprend Anwar. Mais bon, après, il a franchi le point de non-retour. Il n’est plus le bienvenu, il n’y a pas le droit de manquer de respect à tout le monde comme ça. » De quoi lui faire regretter, encore plus, ce « super moment » de la fin d’été dernier.

La victoire triste à Marseille

Son air juvénile, multiplié par mille. En voyant Mbappé faire la gueule sur le banc de touche du Vélodrome, le 28 octobre dernier, on a eu une révélation. Ce gamin, tout champion du monde qu’il est, n’a que 20 piges. Et comme tous les minots de son âge, Mbappé est parfois un peu glandeur - en l’occurrence, il s’est pointé en retard à la causerie pré-Classico de Thomas Tuchel. Sanction logique : une mi-temps sur le banc…

Mais à 0-0 à l'heure de jeu, Tuchel a dû se décider et Mbappé est entré. Trois minutes lui ont suffi pour débloquer le match, d’une magnifique accélération dans la profondeur, avant de fusiller Mandanda. Le démarrage en zone mixte était tout aussi sec : impossible de tendre un dictaphone au prodige français. Vexé comme un pou par la sanction de son entraîneur, il tirait toujours la gueule. Tuchel aussi, d’ailleurs : « Ce n’est pas une bonne soirée, pas du tout (…) Je déteste jouer sans Kylian, c’était un peu difficile aujourd’hui. » C’est parfois pénible de gérer un ado puéril.

Mbappé lors du Clasico OM-PSG le 28 octobre 2018.
Mbappé lors du Clasico OM-PSG le 28 octobre 2018. - Boris HORVAT / AFP

Quand Neymar se blesse et que Strasbourg le vit très mal

Dans un Paris-Strasbourg a priori anodin en 16e de finale de Coupe de France du mois de janvier, Neymar se blesse. Un forfait lourd de conséquences pour le reste de la saison du PSG… et aussi pour le Racing. Dans la foulée du match, le coach Thierry Laurey créé la polémique en lâchant que Neymar a «le droit de se faire attraper» après avoir rendu fou le milieu Anthony Gonçalves par ses chambrages. L’histoire est connue. Ce qui l’est moins, c’est qu’à Strasbourg, cet épisode a laissé des séquelles. Pendant plusieurs semaines, Laurey a usé des laconiques « oui »/« non » pour répondre aux questions en conférence de presse et a fait savoir que les journalistes l’énervaient. Avant de s’expliquer plus longuement (mais bien plus tard) dans quelques médias sur ce chapitre.

Neymar sort blessé
Neymar sort blessé - FRANCK FIFE / AFP

A l’heure des retrouvailles au Parc entre les deux équipes, les Strasbourgeois se sont montrés plutôt mutiques. En zone mixte quelques jours avant le match, Bingourou Kamara a prévenu d’emblée : « Je ne parle pas du PSG ». Les journalistes auront tenté par des tournures alambiquées de faire causer les joueurs sur Paris et les faits extra-sportifs : « Ah non, je ne savais pas », se sauvera Adrien Thomasson. Avant que l’on ne souffle aux médias que l’on obtiendra aucune autre réponse sur ce sujet. Comme à chaque fois que l’un d’entre eux à demander une interview à un joueur Strasbourgeois pour évoquer la question.

Choupo l’OVNI

« On dit "Toulousains", c’est ça ? » Il est 23 heures largement passées ce 31 mars, dans la zone mixte du Stadium. Interrogé par deux journalistes, Eric Choupo-Moting interrompt sa réponse pour ne pas commettre d’impair. Un PSG-bis vient de battre sans gloire le TFC (0-1), avec d’excellents Areola, double sauveur, et Mbappé, buteur. L’international camerounais né en Allemagne sort, lui, d’une nouvelle prestation médiocre, symbolisée par un incroyable raté à six mètres des buts de Reynet. Le type de match qui suscite chez le footballeur l’envie irrépressible de rejoindre le car de son équipe en sautant la case « médias ». Pourtant, « Choupo » est le seul Parisien avec Marquinhos, capitaine du soir, à s’arrêter devant les plumitifs - comme il le fera encore une semaine plus tard après son improbable arrêt sur la frappe de Nkunku qui allait faire but face à Strasbourg.

Choupo Moting «arrête» le tir de Nkunku lors de PSG-Strasbourg, le 7 avril 2019.
Choupo Moting «arrête» le tir de Nkunku lors de PSG-Strasbourg, le 7 avril 2019. - John Spencer/SIPA

Il n’est pas pressé, et accepte de se répéter lorsque nos collègues qui en ont fini avec le Brésilien viennent vers lui. Il ne dit rien de transcendant, mais il le dit calmement, dans un doux sourire, pendant qu’il se fait massacrer sur les réseaux sociaux pour son niveau si peu galactique. Malgré ses 30 ans et son 1,91 m, son sac à dos le fait ressembler à un lycéen en voyage scolaire. Comme un intrus dans l’univers clinquant et aseptisé du PSG. Ce n’est certainement pas grâce à sa qualité de pied, mais on comprend pourquoi Choupo est devenu cette saison le chouchou du Parc.