PSG: «Il est cash, et c'est rassurant»... Comment Thomas Tuchel a séduit son monde malgré les coups durs

FOOTBALL Alors que sa première saison sera marquée par l'élimination contre Manchester United, le coach allemand va en sortir renforcé, avec une très bonne image auprès de tout le monde

Nicolas Camus

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Thomas Tuchel a séduit son monde pour sa première saison à la tête du PSG.
Thomas Tuchel a séduit son monde pour sa première saison à la tête du PSG. — Paul ELLIS / AFP
  • Le PSG pourrait être sacré champion de France dimanche face à Strasbourg.
  • Il s'agirait du premier titre de Thomas Tuchel sur le banc parisien, en attendant un éventuel doublé avec la Coupe de France.
  • Le coach allemand, malgré l'élimination face à Manchester United en Ligue des champions, a réussir à séduire tout le monde pour sa première saison. 

Le tour de force est impressionnant. Trois semaines seulement après la plus grande désillusion de l’ère qatarie, Thomas Tuchel va prolonger son contrat d’une saison (jusqu’en 2021) à la tête du PSG. L’annonce n’a ému personne - à part un ou deux consultants qu’on n’écoute plus depuis longtemps -, bien au contraire. Elle est passée comme un bon digeo après un repas trop lourd. C’est que l’entraîneur allemand a su séduire son monde, en même pas une saison.

« On en a discuté entre nous, et personne ne veut qu’il parte, rapporte Anwar, membre du Collectif Ultras Paris (CUP). C’est inédit cette unanimité, depuis l’arrivée du Qatar on n’avait jamais connu un tel consensus. » Là où on ne comprenait pas toujours où Unai Emery voulait en venir, par exemple, l’Allemand a réussi à embarquer dirigeants, joueurs et supporters avec lui. Les médias, plus distants par nature, l’ont à la bonne également. Comment s’y est-il pris ? Avant le possible match du titre dimanche contre Strasbourg, tentons de décortiquer sa méthode, avec l’aide de Markus Kaufmann, auteur du livre Thomas Tuchel, faire grandir Paris.

La réussite de Tuchel est d’abord celle de sa prise de fonction. « Il a confiance en la vision qu’il développe depuis le début de sa carrière d’entraîneur. Du coup, dès qu’il s’exprime c’est pour parler de foot, de jeu, des joueurs, de leurs profils et des différentes options qu’ils peuvent lui offrir, pose Kaufmann. Les médias et les supporters ont été réceptifs à ça : des concepts de football très clairs, qu’il a su communiquer en parlant bien français rapidement. Même avec le peu de vocabulaire qu’il avait au début, il arrivait à faire passer ses idées. »

« C’est vrai que comparé aux précédents coachs, Tuchel est cash, et c’est rassurant, confirme Anwar. Il n’hésite pas à communiquer sur les problèmes internes du groupe. Sur Rabiot, la plupart aurait esquivé le truc en disant que c’est une décision des dirigeants et point barre. Lui a expliqué les choses. Il assume ses choix, ses propos. »

Qui veut parler tactique ?

Le coach allemand aime parler ouvertement. A Mayence, où il a commencé au haut niveau (2009-2014), il invitait les journalistes dans son bureau tous les mardis pour parler foot, expliquer ses méthodes et répondre à toutes les questions. La tradition n’a pas perduré, mais son passage dans l’émission Breaking Sport, sur RMC, dans laquelle il a longuement expliqué ses principes de jeu, est révélateur. Là où la majorité des entraîneurs en France esquive le débat parce qu’« on n’a pas le temps » et/ou que « c’est compliqué », lui y va en courant.

« Il maîtrise tellement le travail réalisé par son staff derrière qu’il est très à l’aise pour en parler, explique Kaufmann. Contrairement à d’autres entraîneurs, il n’a pas peur de parler en détail du jeu et de son propre travail, de la dynamique tactique de son équipe. »

Autre exemple, comme ça. En novembre, alors qu’il avait commencé à jouer parfois à trois défenseurs centraux, et a installé Marquinhos dans un nouveau rôle un peu hybride, il n’avait pas hésité à lâcher les tenants et les aboutissants de son projet :

Que nous jouions à quatre ou cinq défenseurs, ce sont eux qui font la structure pour les joueurs offensifs. Afin de leur permettre d’exprimer leur créativité au maximum, sans devoir trop se soucier de leur positionnement. Et nous devons faire en sorte de fermer les espaces pour ne pas concéder de contre-attaque. C’est notre système. Et nos éléments offensifs, sur les pertes de balle, doivent mettre un pressing intense pendant six ou sept secondes pour pourvoir ainsi récupérer le ballon aussi vite que possible. »

Tout cela a contribué à lui façonner une bonne image. A vrai dire, on n’aurait pas imaginé écrire ça lorsqu’en mai dernier, au moment de sa nomination, on se penchait sur la personnalité de l’Allemand. Un ancien joueur nous l’avait dépeint comme « un dictateur ». D’autres avaient carrément refusé d’en parler. Mais d’autres encore étaient dithyrambiques. On allait voir ce qu’on allait voir, en tout cas. Dix mois plus tard, le coach perfectionniste jusqu’à l’intoxication et ingérable semble loin, malgré ses relations tendues avec le directeur sportif Antero Henrique.

« On a exagéré certains côtés de lui, dans le positif - en disant qu’il était un ingénieur tactique, un nouveau geek du foot, alors qu’il met plus l’accent sur la force humaine de son groupe - comme dans le négatif - quelqu’un de froid, calculateur, avec tous les préjugés qui colle aux Allemands », estime Markus Kaufmann. Qui met là le doigt sur la vraie réussite de Thomas Tuchel : l’adhésion d’un vestiaire autrement plus compliqué à gérer qu’à Mayence et Dortmund, où il est resté de 2015 à 2017.

« Le truc qui m’a convaincu, c’est Mbappé »

« Là où il m’a le plus impressionné, c’est la rapidité avec laquelle il a réussi à devenir proche de Neymar et de Dani Alves, reprend-il. Alves, il a connu beaucoup de grands clubs, avec de grands entraîneurs, mais très rapidement il a été séduit par Tuchel. Ça c’est très fort. Il a aussi réussi à gagner la confiance de Buffon, tout en étant également convaincant avec Diaby ou Kimpembe. » Bref, il a su faire avec toutes les composantes de son groupe, entre top joueurs, contingent brésilien et titis parisiens.

« Perso, le truc qui m’a convaincu, c’est quand il a sanctionné Mbappé sur le match à Marseille, ajoute Anwar. Cette façon de marquer le coup sur un match important, ça rassure pour un supporter. Tu te dis qu’il tient ses gars. »

«Allez, viens faire un calin»
«Allez, viens faire un calin» - J.E.E/SIPA

Cet assentiment transpire dans les paroles des joueurs eux-mêmes. On a encore en tête leurs mots dans la venteuse zone mixte d’Old Trafford après le 8e de finale aller de la Ligue des champions. Ils avaient tous souligné en rouge et avec beaucoup de traits l’énorme boulot de Tuchel et son staff dans la préparation du match. Et c’est sûrement ce qui a permis au technicien de survivre au crash du match retour.

« Le cadre avait été posé avant, pour tout le monde. Chacun sait où Tuchel veut en venir avec cette équipe et ces joueurs, dit Kaufmann. Là, ça a dépassé le cadre de l’explication footballistique. Il a parlé d’accident, c’est rare. Si quelqu’un était venu le voir pour lui dire "c’est à cause de ça et ça que vous avez perdu", je suis persuadé qu’il aurait écouté. »

Les supporters ont grondé lors du match suivant au Parc face à l’OM, mais « c’était vraiment contre les joueurs », assure Anwar. « Ils sont les premiers responsables, on a l’impression qu’ils ne se donnent pas les moyens de réussir, qu’il y a un problème de motivation. Si le responsable était Tuchel, ça ne se serait pas passé comme ça ensuite avec les joueurs et les dirigeants. C’est la première fois qu’un coach garde une confiance totale au lendemain d’une telle défaite », ajoute le membre du CUP.

Il est vrai qu’on n’a pas entendu de petites piques cachées dans les jours qui ont suivi. Les joueurs ne l’ont pas lâché. Les dirigeants ont suivi. « C’est un entraîneur jeune, en train de grandir à l’échelle du foot européen. Comme Paris, en fait, note Markus Kaufmann. C’est intéressant pour ce club d’être aligné en termes d’ambitions avec son coach, qui est la figure qui le représente le plus à l’extérieur. » L’espoir qu’ils grandissent ensemble semble réciproque, pour le moment.