Pourquoi le Stade Rennais va marcher sur Arsenal

FOOTBALL Rennes défie les Gunners ce jeudi en 8e de finale aller de Ligue Europa

Manuel Pavard

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La défense d'Arsenal avait pris le bouillon contre Liverpool (ici Lichtsteiner face à Wijnaldum), le 29 décembre 2018.
La défense d'Arsenal avait pris le bouillon contre Liverpool (ici Lichtsteiner face à Wijnaldum), le 29 décembre 2018. — Craig Galloway/ProSports/REX/SIPA
  • Le Stade Rennais accueille Arsenal ce jeudi en 8e de finale de Ligue Europa, avant le retour programmé le 14 mars à l'Emirates.
  • Si Arsenal est donné favori, Rennes a des raisons d'y croire.
  • De la fébrilité de la défense londonienne à l'envie de revanche de Ben Arfa en passant par le calendrier surchargé d'Arsenal, le duel est plus équilibré qu'il n'y paraît.

Après son exploit sur la pelouse du Betis il y a deux semaines, le Stade Rennais s’attendait à du lourd en 8e. Sur ce point, les Bretons ont été servis. Avec Arsenal, ils héritent à la fois d’une superbe affiche et de l’un des pires tirages possibles sur le papier. Un constat qui découle surtout du prestige de l’adversaire. Car les Gunners actuels ne sont plus qu’un pâle descendant de la glorieuse équipe qui terrorisait la Premier League au début des années 2000 avec les Henry, Bergkamp, Vieira, Cole, Pirès, Ljungberg, et Arsène Wenger sur le banc… Et même si les bookmakers donneront tous Arsenal favori, on va se mouiller un peu en annonçant le gros coup du Stade Rennais. Démonstration en cinq points (garantie sans trop de mauvaise foi).

Car Arsenal a une défense en carton

L’époque des grognards Sol Campbell, Kolo Touré et Martin Keown est bel et bien révolue. Aujourd’hui, la défense d’Arsenal – la pire du top 8 en Premier League avec 37 buts concédés en 26 journées – ressemble plus aux grands boulevards qu’à une forteresse. Koscielny passe désormais autant de temps à l’infirmerie que sur les terrains, Mustafi et Sokratis ne feront jamais partie du gotha mondial, tandis que Lichtsteiner traîne maintenant une charrette qui fait peine à voir. On en a d’ailleurs eu un aperçu, fin décembre, avec l'humiliation (5-1) infligée par Liverpool et le calvaire subi par les trois derniers nommés face à la vitesse des attaquants des Reds. Et lorsqu’on galère autant contre Salah, Mané et Firmino, comment espérer résister aux permutations du quatuor Sarr-Niang-Ben Arfa-Hunou ?

Car Arsenal a un calendrier démentiel

Aujourd’hui 5e, à seulement un petit point de Manchester United, 4e, Arsenal est encore à la lutte pour accrocher le dernier strapontin du «big four», synonyme de Ligue des champions. Et vu leur calendrier en Premier League, la double confrontation face au Stade Rennais pouvait difficilement plus mal tomber. Ce match aller est ainsi intercalé entre le derby londonien sur la pelouse de Tottenham, d'où les Gunners ont ramené un bon nul samedi dernier (1-1), et la réception de Manchester United prévue dimanche. Possible bonus : Rennes, qui aura un match a priori plus tranquille à jouer contre Caen, entre l’aller et le retour, pourra peut-être compter sur la poisse légendaire d’Arsenal pour voir l’infirmerie londonienne se remplir.

Car Ben Arfa a une revanche à prendre sur Emery

Mis au placard durant toute la saison 2017-2018, Hatem Ben Arfa a sans doute vécu lors de ses derniers mois au PSG la pire période de sa carrière. Autant dire que les retrouvailles avec son ancien coach Unai Emery ne manqueront pas de piment. Les deux hommes n'étaient en effet pas les meilleurs amis du monde à Paris. L’ex-Lyonnais aurait ainsi légèrement provoqué l’entraîneur espagnol qui en retour n’avait pas hésité à le remettre publiquement en place, lui conseillant « d’arrêter de se prendre pour Messi ». Orgueilleux et désireux de remporter la belle, Ben Arfa va se fâcher et transformer les défenseurs londoniens en plots avant de caler un doublé à Petr Cech. Joue-la comme Messi !

Car les supporters rennais seront chez eux à l’Emirates

Les supporters parisiens, qui ont fait plus de bruit que tous les fans de Man U réunis à Old Trafford, l’ont encore prouvé en LDC : les stades et supporters anglais sont très loin de leur glorieuse réputation. La globalisation de la Premier League et l’augmentation du prix des places ont fait fuir les classes populaires tout en attirant un nouveau public de consommateurs. Aujourd’hui, la plupart des stades de PL ressemblent à des parcs d’attraction pour Footix, à l’ambiance aseptisée. À l’Emirates, vous avez ainsi presque plus de chances de tomber sur un riche touriste asiatique faisant des selfies que sur un prolo anglais des docks de la Tamise. Et l’abandon d’Highbury, le mythique stade d’Arsenal, n’a pas arrangé les choses. À l’inverse, les supporters rennais, sevrés d’aventure européenne durant des décennies, ont mis une ambiance de dingue à Séville comme au Roazhon Park une semaine plus tôt. Après avoir investi le stade Benito Villamarin à plus de 3000, nul doute qu’ils feront de l’Emirates Stadium leur jardin !

Car les Gunners sont des losers en Coupe d’Europe

En sortant le Betis contre tous les pronostics, le Stade Rennais s’est sans doute débarrassé pour un temps de son image d’éternel loser. Mais alors, que dire d’Arsenal en Coupe d’Europe ? Depuis la Coupe des coupes 1994, son dernier et seul titre européen, le club a accumulé les déconvenues. Habitués des éliminations en 8e de finale de LDC face au Bayern ou au Barça – toujours avec les honneurs mais toujours éliminés -, les Gunners ont surtout perdu depuis trois finales de Coupe d’Europe, victimes à chaque fois de leur poisse légendaire. En 1995, Seaman se fait ainsi lober à la toute dernière minute sur une frappe de plus de 40 mètres, cédant la Coupe des coupes à Saragosse. Cinq ans plus tard, les Londoniens se font taper aux tirs aux buts par Galatasaray, en finale de Coupe Uefa. Enfin, leur seule finale de C1 disputée tourne au cauchemar en 2006, face au Barça : l’expulsion sévère de Lehmann au bout de 20 minutes enterre les derniers rêves de sacre de la génération dorée d’Arsenal. Rennes n’aura donc aucun complexe à faire sur ce terrain.