Stade Rennais-Arsenal: «À Rennes, Petr Cech préfigurait déjà le gardien moderne», se souvient Christophe Lollichon

FOOTBALL L’actuel entraîneur des gardiens de Chelsea a accompagné les premiers pas de Cech chez les Rouge et Noir, de 2002 à 2004

Propos recueillis par Manuel Pavard

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Petr Cech fait ses adieux au public breton après son dernier match sous le maillot rennais, le 23 mai 2004 contre Montpellier.
Petr Cech fait ses adieux au public breton après son dernier match sous le maillot rennais, le 23 mai 2004 contre Montpellier. — V. Hache / AFP
  • Petr Cech fera son grand retour à Rennes ce jeudi avec Arsenal, à l'occasion des 8e de finale de Ligue Europa.
  • Le gardien tchèque a évolué deux saisons au Stade Rennais de 2002 à 2004.
  • L'entraîneur des gardiens Christophe Lollichon a eu Cech sous ses ordres à Rennes, avant de le suivre à Chelsea.

Il a accueilli ce tirage au sort avec une joie non dissimulée. Quinze après son départ, Petr Cech sera de retour à Rennes ce jeudi à 19h avec Arsenal, en 8e de finale aller de Ligue Europa. Le gardien tchèque a passé deux saisons au Stade Rennais, de 2002 à 2004, en provenance du Sparta Prague. C’est dans les buts de l’ex-stade de la route de Lorient (aujourd’hui Roazhon Park) qu’il a glané ses galons de top gardien. Et qui de mieux placé que Christophe Lollichon pour parler de son ancien poulain ? Aujourd’hui coach des gardiens de Chelsea, celui-ci a suivi pas à pas l’ascension de Petr Cech qu’il a entraîné à Rennes, avant de le suivre chez les Blues. Il revient sur cette expérience bretonne fondatrice dans la carrière du portier tchèque.

Quels sont vos premiers souvenirs de Petr Cech à Rennes ?

Quand il est arrivé en 2002, je m’occupais du centre de formation mais avant de le recruter, on m’avait demandé de jeter un œil sur une cassette. Il venait d’être sacré champion d’Europe espoirs et ce n’était pas très difficile de deviner le talent de ce jeune homme. Il préfigurait tout ce que je recherchais pour l’avenir : un gardien de plus d’1,90m avec un équilibre morphologique exceptionnel et des qualités d’explosivité. On a souvent pensé que les grands étaient des lents mais Petr démontrait l’inverse. Quand je l’ai vu, je me suis dit : quel équilibre, quelle vitesse au sol, quel démarrage, quelle mobilité !

Aviez-vous détecté une petite marge de progression chez lui ?

À 20 ans, il avait déjà une certaine expérience du haut niveau en ayant disputé la Ligue des champions avec le Sparta Prague. Et pour les qualités techniques, il était très complet : c’est l’école tchèque. Mais il y a un petit truc qui me choquait, c’était sa position sur le terrain. Du coup, lors de l’une de nos premières conversations, par hasard sur un parking, je lui ai dit : « Je pense que tu peux être beaucoup plus influent en jouant plus haut. » Je l’ai interpellé et je sentais qu’il était intéressé mais rien ne s’est passé : Rennes était en grande difficulté et luttait pour se maintenir, ce n’était pas vraiment le moment d’innover.

Pour la deuxième saison de Cech en 2003-2004, vous prenez en charge l’équipe première. Vous avez alors pu mettre en pratique vos conseils ?

Oui, on a commencé très rapidement dès sa deuxième année. Je me souviens d’un match de préparation contre Le Havre. En première mi-temps, Petr se retournait sans arrêt et n’était pas à l’aise. À la pause, j’ai donc demandé à l’arbitre s’il m’autorisait à utiliser de l’élasto (bande adhésive) sur la pelouse. Depuis le but, j’ai prolongé la ligne des 5,50m jusqu’au point de penalty et j’ai dit à Petr d’essayer de se placer en fonction de ça. Je cite cette anecdote car ça a eu un effet déclencheur. De toute façon, c’est quelqu’un de très intelligent qui s’adapte très vite. Il avait une telle volonté d’avancer et d’apprendre le français ! On a bouffé de la vidéo, travaillé sur le placement… Un vrai bonheur pour un entraîneur.

On a beaucoup parlé de Manuel Neuer au Mondial 2014 mais Petr Cech n’a-t-il pas été un précurseur de cette nouvelle école des « gardiens liberos » ?

Tout à fait, pour moi, c’est un des premiers gardiens ayant commencé à jouer très haut. Je cherchais le gardien moderne, je l’avais trouvé. J’avais eu Mickaël Landreau à Nantes, qui avait la même lecture du jeu mais Petr avait un gabarit qui se prêtait encore plus à ce que je recherchais. On ne peut pas imaginer l’influence d’un gardien sur un match et celle qu’a eue Petr dans toutes ses équipes.

À l’époque, vous l’imaginiez réaliser une telle carrière et devenir un gardien de classe mondiale ?

Si je le dis aujourd’hui, ça peut paraître facile mais oui, il est devenu ce qu’on pensait qu’il deviendrait. Il avait toutes les caractéristiques pour réussir en Angleterre. En plus, il a une espèce d’aura, de rayonnement invisible, qui le rend encore plus fort. À son top niveau, il était monstrueux ! Mais selon moi, il n’a pas été reconnu à sa juste valeur à cause de sa nationalité. France Football ne l’a même pas classé dans son top 10 des plus grands gardiens de l’histoire. S’il avait été Allemand, Italien, Espagnol, Anglais ou même Français, je pense que ça aurait été différent.

Comment sera-t-il accueilli par le public rennais ?

À mon avis, il va recevoir une ovation exceptionnelle. Les Rennais ne l’ont pas oublié. En deux ans, il a laissé une sacrée trace à Rennes. C’est tout simplement le meilleur gardien de l’histoire du club !