Luzenac: Justice, appel aux dons… Sonné mais pas KO, le club ariégeois poursuit son combat

FOOTBALL Ebranlé par des décisions judiciaires dont il a fait appel, le Luzenac Ariège Pyrénées se tourne vers ses supporters et ses nombreux sympathisants…

Nicolas Stival

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Des supporters du club ariégeois de Luzenac devant le tribunal administratif de Toulouse, le 25 avril 2017.
Des supporters du club ariégeois de Luzenac devant le tribunal administratif de Toulouse, le 25 avril 2017. — N. Stival / 20 Minutes
  • Quatre ans après s’être vu interdire d’accession en Ligue 2, le petit club ariégeois évolue en sixième division.
  • Le LAP multiplie les actions coups de poing, sur le terrain et les réseaux sociaux.

 

Ce week-end sur les terrains, les trois équipes seniors du Luzenac Ariège Pyrénées (LAP) ont évolué avec un brassard noir et brandi la même banderole barrée d’un message martial : « Rejoignez le combat. »

Via sa page Facebook, le LAP a en effet lancé un appel aux dons pour se tirer d’une passe financière délicate, avec un déficit de 25.000 euros. « Le brassard noir, c’est pour montrer notre mécontentement, notre déception », explique Christophe Rodriguez.

L’actuel président de l’association (50 ans) était directeur sportif du club à l’été 2014 lorsque les instances du foot français lui ont barré l’accès à la Ligue 2 gagné sur la pelouse.

Repartie en septième division, l’équipe fanion du petit village de 650 habitants évolue cette saison un cran au-dessus, en Régional 1 (ex-Division d’honneur). Quatre ans après un feuilleton qui a passionné et parfois révolté la France, y compris le président de la République d'alors François Hollande, la cicatrice n’est pas refermée.

« 2.000 balles, ça tue un club »

Pire, elle s’est rouverte le 20 septembre. Ce jour-là, le tribunal administratif (TA) de Toulouse a condamné la LFP à verser 2.000 euros de préjudice moral au LAP, qui en réclamait 39,5 millions… « 2.000 balles, ça tue un club », a aussitôt réagi le club sur les réseaux sociaux, en montrant une cible sur la tête de son isard, ce petit chamois pyrénéen symbole du club.

Une pétition doit voir le jour, pour « recueillir un maximum de signatures contre ce jugement » selon Christophe Rodriguez. Et le feuilleton judiciaire n’est pas terminé : les dirigeants ariégeois ont fait appel de la décision du TA de Toulouse devant la cour administrative d’appel de Bordeaux, également saisie dans le cadre de l’affaire qui oppose le LAP à la FFF, condamnée à verser 15.000 euros au club en mai 2017.

Christophe Rodriguez et Frédéric Carol, l'avocat du club, le 16 mai 2017 au tribunal administratif de Toulouse.
Christophe Rodriguez et Frédéric Carol, l'avocat du club, le 16 mai 2017 au tribunal administratif de Toulouse. - N. Stival / 20 Minutes

« Aujourd’hui, tout le monde sait où se trouve l’Ariège et Luzenac, le soufflé n’est pas retombé, juge le président Rodriguez. Tout le monde est déçu de ce qui s’est passé et a constaté que l’éthique sportive avait été bafouée. »

Le club ariégeois souhaite que les très nombreux témoignages de sympathie reçus depuis quatre ans sur son site et sa page Facebook se transforment en dons financiers. Car certes, les collectivités locales (communauté de communes, département, région) sont au soutien. Les partenaires privés aussi.

Mais le long combat judiciaire a ébranlé le LAP et ses quelque 400 licenciés, dont 50 filles et une école de foot de 250 enfants. De par la situation géographique et démographique de la Haute Ariège, Luzenac rayonne de L’Hospitalet-près-l’Andorre à Saint-Paul-de-Jarrat, aux portes de Foix. Près de 60 km et plus d’une heure de route (à la belle saison) séparent ces deux communes. Le club pousse aussi sa corne jusqu’à Auzat, au fond de la vallée de Vicdessos.

« Nous faisons du ramassage avec des cars, mais c’est très onéreux », observe le président, qui compte à terme sur ces jeunes pour « venir titiller les équipes seniors », tout en avançant à pas de sioux.

« Nous voulons reconstruire un nouveau projet, nous pérenniser à ce niveau et on verra dans les trois ans à venir si on peut avoir de nouvelles ambitions. » Une prudence qui peut s’expliquer, après une saison dernière compliquée en National 3 (cinquième division), conclue par une descente et le départ de l’emblématique entraîneur Sébastien Mignotte.

Pédemas-Fauré, deux anciens pros aux commandes

Cet été, les clés du camion ont été confiées à Olivier Pédemas, manager général, épaulé notamment par Cédric Fauré. Deux anciens joueurs professionnels. Battu lors de son premier match de R1, le LAP a gagné les deux suivants, avec un éclatant 7-0 ce week-end aux dépens des Haut-Garonnais du Girou, dans son antre de Paul-Fédou, à 640 mètres d’altitude.

Samedi, il essaiera de franchir le cinquième tour de la Coupe de France à Tournefeuille (R1) en banlieue toulousaine, chez une équipe qui l’avait éliminé l’an dernier. Un parcours en Coupe permettrait à Luzenac de ressortir de l’anonymat. Si on peut dire que le club ariégeois y est vraiment tombé depuis quatre ans.