VIDEO. «Je vous vois mes frères français d'origine africaine»... Trevor Noah répond aux critiques après sa blague sur «l'Afrique championne du monde»

APAISEMENT « Je ne dis pas Africains pour les exclure de leur nationalité française, je le dis pour les inclure dans mon identité africaine », a expliqué le présentateur…

Clémence Apetogbor

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Trevor Noah sur le plateau du
Trevor Noah sur le plateau du — PAUL ZIMMERMAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

« OK, je comprends, tout le monde n’apprécie pas toutes les blagues. » Dans l’émission américaine The Daily Show, le présentateur et comédien Sud-Africain Trevor Noah est revenu sur sa blague « L’Afrique a gagné la Coupe du monde » après la victoire des Bleus en Russie, qui lui a valu nombre de critiques. Avec dérision, humour, puis avec plus de sérieux, le présentateur a joué l’apaisement mais aussi la carte de l’humour face à ses détracteurs, parmi lesquels des sportifs français et même… L’ambassadeur de France aux Etats-Unis.

« La France a gagné la Coupe du monde. Et dans l’émission, nous avons célébré cette victoire et j’ai fait une blague "L’Afrique a gagné la Coupe du monde". J’ai été surpris par le fait que tant de Français puissent être en colère. "Oh Trevor comment as-tu pu dire ça ? C’est horrible" OK, je comprends, tout le monde n’apprécie pas toutes les blagues qui sont faites », explique le présentateur, avant de lire un courrier envoyé par Gérard Araud, l’ambassadeur de France aux Etats-Unis.

Ironie et colonialisme français

« J’ai entendu vos déclarations à propos d’une victoire africaine. Rien n’est moins vrai », lit à voix haute le présentateur avant d’ironiser « j’aurais pu dire qu’ils étaient Scandinaves, ç’aurait été moins vrai ».

Reprenant sa lecture, il poursuit : « Comme les joueurs ont pu eux-mêmes le dire, leurs parents peuvent venir d’un autre pays, mais la majorité d’entre eux sont nés en France (tous, sauf deux parmi les 23), ils ont été élevés en France, ils ont appris à jouer au football en France, ils sont citoyens français. Ils sont fiers de leur pays, la France. La richesse et la diversité des origines de ces joueurs sont un reflet de la diversité française ». Et le présentateur de lancer : « je n’essaye pas d’être un connard, mais je pense que c’est plutôt un reflet du colonialisme français. Tous ces joueurs ont quelque chose en commun. Si vous retracez leur histoire… Comment leurs ancêtres ont-ils commencé à parler français ? Oh… OK ».

Trevor Noah reprend alors un ton plus sérieux. « Je comprends (les arguments de l’ambassadeur) car certains utilisent ces origines africaines pour chier sur l’identité française de ces joueurs. "Vous n’êtes pas Français, retournez d’où vous venez". Mais, venant moi-même d’Afrique du Sud, d’Afrique, j’ai vu de nombreux Africains célébrer cette victoire de manière positive. Pourquoi (ces joueurs) ne pourraient-ils pas être Africains et Français ? Pour être Français, devez-vous effacer tout le reste ? J’adore ces joueurs. Je ne leur retire pas leur identité française, mais il ne faut pas non plus leur retirer leur identité africaine. »

« Je ne dis pas ça pour exclure leur identité française mais pour les inclure dans mon identité africaine »

« Ce qui me vexe, pour être honnête, quand je lis des articles à propos de certains Africains, quand j’écoute les politiques parler des migrants africains, et notamment en France, c’est que quand ils sont sans emploi, ou qu’ils commettent un crime, on parle d’eux comme de migrants africains. Mais quand leurs enfants gagnent une Coupe du monde pour la France, il ne faudrait parler d’eux que comme des Français », explique Trevor Noah.

Avant de revenir sur l’histoire de Mamoudou Gassama, qui s’est vu attribuer la nationalité française après avoir sauvé un enfant. « Quand il était au sol, il était africain. Mais quand il a escaladé l’immeuble et sauvé l’enfant, il est devenu Français. Alors s’il fait tomber le bébé, c’est l’Africain qui fait tomber le bébé ? »

Et Trevor Noah de conclure son explication de huit minutes : « Quand je dis qu’ils sont Africains, je ne le dis pas pour exclure leur identité française, mais je le fais pour les inclure et partager avec eux l’identité africaine qui est la mienne. Je leur dis : je vous vois mes frères français d’origine africaine. »