Procès FIFA: Pots-de-vin, droits TV... Un témoin balance sur la corruption en Amérique latine

FOOTBALL Ça va des pots-de-vin pour obtenir les droits de diffusion du mondial aux pressions pour voter pour le Qatar en 2022…

W.P., avec AFP

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A gauche de Sepp Blatter, l'ancien patron de la CBF, Ricardo Teixeira, fait partie des personnalités accablées par ces nouveaux témoignages
A gauche de Sepp Blatter, l'ancien patron de la CBF, Ricardo Teixeira, fait partie des personnalités accablées par ces nouveaux témoignages — Silvia Izquierdo/AP/SIPA

Ça commence bien, voire très bien. Le premier témoin dans le procès Fifa a été amené à décrire la corruption dans le football sud-américain, et c’est pas joli-joli. L’intéressé, un dénommé Alejandro Burzaco, dirigeait, entre 2006 et 2015 - date de son inculpation par la justice américaine - une puissante société argentine directement impliquée dans de multiples contrats de droits télé en Amérique du Sud, et au cœur de ce système.

Des présidents de fédérations de football auraient reçu 600.000 dollars

Interrogé par le procureur Samuel Nitze, Alejandro Burzaco - qui était proche du très puissant président de la fédération argentine de football Julio Grondona, décédé en 2014 - a expliqué comment sa société avait participé des années durant au paiement de millions de dollars de pots-de-vin aux responsables de la confédération sud-américaine du football.

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Ces millions permettaient d’obtenir ou de conserver, face à une concurrence féroce, de juteux contrats de droits télé pour la diffusion internationale de ce sport-passion. Les montants de ces contrats n’ont cessé d’augmenter ces dernières années. Devant les jurés, Burzaco a aussi affirmé que de nombreuses chaînes télévisées et sociétés audiovisuelles payaient ces pots-de-vin, dont la brésilienne TV Globo, l’américaine Fox Sports ou l’espagnole Mediapro.

Le président de la Conmebol, le Paraguayen Nicolas Leoz, et ses lieutenants, Julio Grondona et Ricardo Teixeira, ex-président de la CBF, auraient reçu notamment quelque 600.000 dollars par an en échange de contrats liés aux tournois de la Copa Libertadores et de la moins prestigieuse « Copa suramericana ». Et plusieurs millions supplémentaires pour des contrats ciblés.

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« Qu’est-ce que tu fais, tu ne votes pas pour le Qatar ? »

Evidemment, ce n’est pas tout. Membres du comité exécutif de la Fifa, ces trois hommes pouvaient aussi être rémunérés pour leur vote lors des choix des pays-hôtes des Coupes du monde, a laissé entendre Burzaco.

Il a ainsi raconté comment Teixeira et Grondona avaient « secoué » Nicolas Leoz dans les toilettes au siège de la Fifa à Zurich en décembre 2010, parce qu’il ne votait pas comme convenu pour le Qatar en 2022. « Qu’est-ce que tu fais ? Qui ne vote pas pour le Qatar ? » lui auraient-ils demandé. De retour dans la salle après ce rappel à l’ordre, la candidature du Qatar l’a finalement emporté.

Face à cette corruption endémique, les trois accusés du procès new-yorkais ne faisaient pas exception, a assuré Burzaco, qui a affirmé leur avoir versé des pots-de-vin : à savoir l’ex-président de la puissante fédération brésilienne, José Maria Marin, 85 ans ; Manuel Burga, qui dirigea la fédération péruvienne de 2002 à 2014 et ex-membre du comité de développement de la Fifa, 60 ans ; et Juan Angel Napout, ex-président de la fédération paraguayenne et de la Conmebol, 59 ans.

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Selon Burzaco, Marin aurait notamment reçu à partir de 2012 quelque 300.000 dollars par an de pots-de-vin, avant que cette somme ne soit augmentée à 450.000 dollars.

Aucun Européen cité par Burzaco

Sur les 42 personnes visées par la justice américaine dans ce scandale, les trois hommes - qui ont écouté avec attention l’interrogatoire de Burzaco - sont les seuls à être jugés dans ce procès censé durer six semaines. Ils risquent des peines de plus de 20 ans de prison. Vingt-quatre autres personnes, dont Burzaco, ont plaidé coupable. Les autres sont soit poursuivies par la justice de leur pays, soit luttent contre leur extradition aux Etats-Unis.

Le témoin n’a pas impliqué mardi de responsable du football européen, mais son interrogatoire se poursuit mercredi.