VIDEO. OM-PSG: Affrontements et projectiles sur Neymar... Comment éviter que les matchs virent au pugilat à Marseille?

FOOTBALL Le bouillant Classico OM-PSG a été très chaud autour (et à l’intérieur) du stade Vélodrome. Des responsables politiques marseillais s’alarment…

Jean Saint-Marc

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Des supporters de l'OM s'en prennent à une voiture immatriculée 75, avant le match OM-PSG.
Des supporters de l'OM s'en prennent à une voiture immatriculée 75, avant le match OM-PSG. — L. Urman / SIPA
  • Seize personnes ont été interpellées lors d’affrontements entre CRS et supporters, devant le Vélodrome, ce dimanche.
  • Pris pour cible par des fans de l’OM, Neymar a dû être protégé par les boucliers des policiers sur les coups de pieds arrêtés.

Le parfum des grands matchs, à Marseille, c’est un étonnant mélange : l’odeur de shit, celle de sueur, la poudre des fumis… et le fumet âcre des lacrymos. Une habitude lors des Classicos. Ce dimanche, des affrontements sporadiques ont encore éclaté entre supporters de l’OM et CRS, sur le boulevard Michelet.

Deux policiers et un gendarme ont été légèrement blessés. Seize personnes ont été interpellées, pour jets de projectiles sur les policiers ou détention de fumigènes. Une voiture immatriculée à Paris a également été caillassée. Et dans le stade, Neymar a été la cible d’objets en tout genre - cette image des policiers brandissant leurs boucliers pour le protégé a marqué le premier Classico du Brésilien.

Alors, comment éviter un tel bordel aux abords et à l’intérieur du stade Vélodrome, lors des gros matchs ? On y a réfléchi…

>> Des sanctions contre les intéressés ? Evidemment, mais ce n’est pas si facile que ça. « On interpelle dans le feu de l’action, mais il faut voir ensuite comment les faits sont établis », confie à 20 Minutes une source policière. En clair, pas de poursuites pénales sans responsabilité précisément établie. « Ça dépend d’éventuelles blessures des victimes, de la durée des ITT et du casier judiciaire des auteurs », précise l’avocat Pierre Barthélemy. Selon lui, il n’est pas certain que ces fauteurs de troubles soient interdits de stade. « Le lien avec la manifestation sportive n’est pas toujours évident à caractériser quand ça se passe hors du stade. »

« Il faut être impitoyable avec eux, c’est de la casse pure et simple », s’énerve le maire de secteur Yves Moraine (LR), qui a réclamé l’organisation, en urgence, d’une réunion, avec le préfet de police, les responsables de l’OM et des représentants des groupes de supporters. « Les groupes doivent virer leurs brebis galeuses, insiste l’élu, et l’OM doit exclure lui-même les fauteurs de trouble. »

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« Beaucoup d’incidents et de tension pourraient être évités par un travail en amont avec les associations sérieuses de supporters et les clubs », confirme Pierre Barthélemy. Qui précise que les spectateurs qui ont jeté des projectiles sur Neymar seront eux assez facilement identifiables, sur les images de vidéosurveillance et des diffuseurs télé. Ils risquent gros : entre 24 et 36 mois d’interdiction administrative de stade, jusqu’à trois ans de prison et 15.000 euros d’amende.

Où est Charlie - niveau facile.
Où est Charlie - niveau facile. - V. Hache / AFP

>> De nouvelles méthodes pour les CRS ? Sans doute. Ce dimanche, il y avait au maximum une trentaine ou quarantaine de supporters qui jetaient des projectiles sur les CRS. Mais ce sont des centaines d’entre eux qui ont été touchés par les gaz lacrymogènes. « Cons de flics », entendait-on, même chez les plus calmes (et les plus âgés) des supporters marseillais, massés sur le parvis du Vélodrome, en attendant de pouvoir rentrer.

« Beaucoup de ces comportements sont difficiles à anticiper », rappelle Pierre Barthélemy. « On pourrait essayer des solutions plus ciblées, sans lacrymo, avec des policiers en civil pour appréhender les vingt sauvages qui ont mis le bazar au début, avant que ça ne dégénère », tente toutefois un responsable politique marseillais. Des policiers spécialisés dans la lutte contre les violences urbaines étaient bel et bien déployés, ce dimanche, notamment dans le cortège de supporters qui a défilé entre la Canebière et le Vélodrome. Pas assez ?

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« La police française n’a pas adapté ses méthodes aux évolutions des quinze dernières années » : c’est l’ancien chef de la sécurité de la Fédération allemande de football, qui faisait cette très sèche critique, après les affrontements lors de l’Euro 2016. « La police a une réaction complètement disproportionnée », abondait le chercheur anglais Geoff Pearson, « la première interaction avec un supporter ne devrait pas être de jeter du gaz lacrymogène ou de lever sa matraque. » Des critiques internationales qui ont provoqué une remise en question chez les policiers français ? Apparemment pas. « Les Anglais n’ont pas de leçon à nous donner », a répondu à 20 Minutes le policier Yves Lefebvre, d’Unité SGP Police-FO.

>> Couper la circulation autour du Vélodrome ? Ça pourrait aider, mais ce n’est pas la panacée. C’est un serpent de mer, à Marseille. Pas mal d’incidents avaient éclaté lors du Classico de 2017, avec des voitures « piégées » au milieu de supporters déjà très chauds. « Il est impossible de bloquer la circulation sans créer des troubles énormes pour les riverains et les Marseillais. D’autant que la majorité des gens viennent en voiture », avait alors déclaré le préfet de police Laurent Nunez. Selon La Provence, son successeur, Olivier de Mazières, est en train de réfléchir à une fermeture partielle du boulevard Michelet lors des gros matchs.

Le maire de secteur Yves Moraine « ne veut pas rajouter de contraintes à des riverains qui en subissent déjà largement », mais « reste ouvert à une fermeture pour les gros matchs, pour éviter cette situation quasi insurrectionnelle. » N’exagérons rien, et rappelons, de toute façon, que le boulevard a de fait été fermé ce dimanche, aux alentours de 17 heures, après que les premiers heurts ont éclaté. Ça n’a pas vraiment calmé les choses. Mais encore plus de voitures aux milieux des chahuteurs, ça les aurait sans doute aggravées…