Violences à Bastia, Lyon-Besiktas, Euro 2016... Pourquoi la France n'arrive pas à gérer les supporters?

FOOTBALL Les violences lors de Bastia-OL, ce dimanche, posent une énième fois cette question...

Jean Saint-Marc

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Un officier de police sur la pelouse du Parc OL, avant OL-Besiktas

Un officier de police sur la pelouse du Parc OL, avant OL-Besiktas — Laurent Cipriani / AP / SIPA

Alors comme ça, tout va très bien? Dans une interview au Parisien, la présidente de la LFP Nathalie Boy de la Tour a affirmé que face aux violences dans les stades, la France « a un dispositif de sécurité performant par rapport aux autres nations européennes ». Après les bagarres qui ont éclaté à Bastia et à Lyon cette semaine, six mois après un Euro marqué lui aussi par des affrontements… Elle reconnaît quand même « que rien n’empêche d’améliorer le dispositif ». C’est le moins que l'on puisse dire. 

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A force d’interdire les déplacements, les forces de l’ordre ont perdu la main

Lundi de Pâques : le microcosme du foot tourne en boucle sur les conséquences des violences à Bastia. Et au milieu de tout ça, un énième arrêté préfectoral tombe : la préfecture de Moselle interdit le déplacement des supporters du PSG à Metz pour le match de mardi soir.

Après les violences lors du match OL-Besiktas, le sociologue Nicolas Hourcade, interrogé par RMC, avait établi un lien direct entre ces interdictions, quasi systématiques, et les violences qui se multiplient : « C’est difficile de gérer 20 ou 25.000 supporters visiteurs quand on n’a pas pris l’habitude de gérer régulièrement 2 ou 3.000 personnes (…) Il n’y a pas de routine de travail, pas d’expertise en la matière. »

Le commandant de police Christophe Rouget, porte-parole du syndicat SCSI-CFDT affirme au contraire à 20 Minutes que « les forces de l’ordre sont habituées à ces interventions. » Il évoque notamment les SIR, les Services d’intervention rapides, créés en 2010. Leurs agents, en survêt, sont en virage et sont chargés de désamorcer les situations difficiles avant qu’elles ne dégénèrent.

Sur le cas spécifique du Lyon-Besiktas, l'ancien commissaire divisionnaire Michel Lepoix, auteur d'un livre sur le hooliganisme, affirme « qu'il y a eu zéro coopération policière avec la Turquie ! La police avait très peu d'éléments sur les supporters turcs. »

Les forces de l'ordre ont des méthodes d’un autre temps

Pendant l’Euro, le chercheur anglais Geoff Pearson s’était montré très critique vis-à-vis des méthodes de la police française : dans le Guardian, il prenait l’exemple d’une « petite confrontation » devant un bar du Vieux-Port. « Deux ou trois chaises ont été lancées, des bouteilles volées, mais la police a eu une réaction complètement disproportionnée (…) La première interaction avec un supporter ne devrait pas être de jeter du gaz lacrymogène ou de lever sa matraque ! »

« L’utilisation de la force se fait vraiment en dernier recours. Mais quand vous avez en face de vous des gens violents, comme à Bastia, vous n’avez pas le choix », répond le commandant de police Christophe Rouget. « Le maintien de l’ordre français est reconnu partout, nos experts CRS mènent des formations dans le monde entier », abonde Yves Lefebvre d’Unité SGP Police-FO, précisant que « les Anglais n’ont pas de leçons à nous donner ».

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Les leçons, toujours pendant l'Euro, venait aussi d'outre Rhin : l’ancien chef de la sécurité de la Fédération allemande de football a par exemple déclaré dans Bild qu'il est « un peu effrayant de voir que la police française n’a pas adapté ses méthodes aux évolutions des quinze dernières années ». En gros : tout dans la réaction, rien pour la prévention.

Des stadiers pas toujours très pros

Les images des incidents lors de Bastia-OL n’ont pas encore été totalement analysées, mais une chose est sûre : des stadiers (!) ont porté des coups. L’un d’eux va d’ailleurs être licencié, selon France Bleu. Le directeur de la sécurité du Sporting est aussi mis en cause par les Lyonnais.

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Rien d’étonnant pour Yves Lefebvre, qui, avant d’être policier, a été arbitre de foot une dizaine d’années en Ligue 2. « Dans certains clubs, quand on voit le “Monsieur Sécurité”, ça fait peur ! Et certains stadiers… Rien que physiquement, ils n’ont pas le profil ! »

Pour lui, « la sécurité, c’est un métier. Les CRS ont des techniques que les agents de sociétés privées ne connaissent pas. » Sauf que les CRS (pas toujours assez nombreux, puisque c’est le club qui doit payer), sont stationnés en dehors du stade : « Quand on les déploie, il y a déjà le feu ! Ce serait plus dissuasif de les faire intervenir en amont. Faut tout revoir », insiste Yves Lefebvre.

Un dialogue brisé entre la Ligue, l’Etat et les supporters

C’est aussi un des événements du week-end, à l’actu décidément chargée sur cette question : au coup d’envoi d’OM-ASSE, le bas du virage Sud du Vélodrome a déployé un tifo « Fuck LFP ». Les groupes de supporters français, globalement, sont très remontés contre une Ligue qu’ils jugent répressive : un simple fumigène peut donner lieu à de lourdes sanctions.

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Le dialogue est par ailleurs très compliqué entre la LFP et les fans, ce que déplore l’Association nationale des supporters, qui rassemble plusieurs groupes :

« Je fais partie de ceux qui pensent qu'il faut tenter d'instaurer un dialogue avec les Ultras », commente Michel Lepoix, qui avait lancé, à la fin des années 2000, une commission qui n'a pas survécu bien longtemps. « On voulait notamment tenter d'encadrer l'usage de fumigènes », reprend celui qui prone aussi un durcissement de l'arsenal législatif pour sanctionner les délits.

En 2013, le sociologue Nicolas Hourcade dénonçait dans Le Monde un phénomène de cercle vicieux : « on institue une contrainte sur les petits actes (fumigènes, banderoles, déplacements), ce qui conduit à des actions plus violentes des ultras, ce qui aboutit à encore plus de répression. » Et ça continue, encore et encore.