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Recenser les insectes ou identifier des espèces… Quand la science fait appel au public

Identifier les espèces, recenser les insectes, prendre en photo… Quand la science fait appel au public

faites le bzzDepuis des décennies, des organismes de recherche proposent des programmes destinés aux citoyens afin de les aider à collecter des données ou à traiter de grandes quantités d’informations
Quel est ce phénomène qui tue nos abeilles en masse ?
Manon Minaca

Manon Minaca

L'essentiel

  • Les sciences participatives permettent aux citoyens de prendre part à la recherche scientifique, comme le programme « Bugs Matter », lancé ce lundi par le Muséum national d’histoire naturelle.
  • Celui-ci consiste à recenser la quantité d’insectes que vous écrasez lors de vos trajets, des données précieuses pour les scientifiques qui ont besoin de données nombreuses sur tout le territoire.
  • D’autres programmes, comme « Espions des océans » de l’Ifremer, ne consistent pas à recueillir des informations mais à identifier des espèces présentes sur des photos prises par des chercheurs.

Et si vous profitiez de vos balades du dimanche et de vos trajets quotidiens pour contribuer à la science ? Quand on parle de recherche, on pense labos, chercheurs et jargon complexe. Mais dans certains domaines, le grand public est une partie intégrante du processus et un allié précieux des scientifiques, qui font appel à nous, passionnés ou curieux, pour les aider. Compter les oiseaux, identifier des espèces marines, photographier les insectes… Bienvenue dans le vaste monde des sciences participatives.

Le programme Spipoll consiste à observer et photographier les insectes pollinisateurs sur le territoire.
Le programme Spipoll consiste à observer et photographier les insectes pollinisateurs sur le territoire. - Magali Evanno / MNHN

« L’engagement citoyen apporte un maillage territorial qu’on ne peut pas avoir avec la recherche publique, ainsi qu’une profondeur temporelle, sur des dizaines d’années », explique Gilles Bloch, président du Museum national d’histoire naturelle (MNHN). L’institution est un incontournable des sciences participatives, avec une quarantaine de programmes chapeautés par son portail Vigie-Nature, en partenariat avec l’Office français de la biodiversité (OFB).

Compter les insectes pour estimer leur population

Les sciences participatives, « inscrites dans les gènes de l’histoire naturelle », sont en constante évolution. Si certaines expériences datent du siècle dernier, comme le « suivi temporel des oiseaux communs » lancé en 1989 et toujours actif, le nombre de programmes du MNHN ne cesse d’augmenter. Le petit dernier de la famille : « Bugs Matter » - « les insectes, ça compte » - que le Muséum lance ce lundi.

L’objectif : mesurer l’abondance des populations d’insectes à partir des traces laissées par leurs impacts sur les plaques d’immatriculation. « On a des programmes dans lesquels on demande aux gens d’observer des espèces particulières, mais on manque d’informations sur ce qui se passe d’une manière générale, alors qu’on a des signes alarmants sur l’état de santé des populations d’insectes », décrit Grégoire Loïs, codirecteur de Vigie-Nature et responsable de « Bugs Matter ».

« L’idée est que le plus grand nombre participe »

Ouvert à tous, le dispositif est simple : après avoir téléchargé l’application « Bugs Matter, les insectes, ça compte », il vous suffit de nettoyer votre plaque d’immatriculation, la prendre en photo, lancer l’appli, rouler puis reprendre une photo de votre plaque à la fin de votre trajet. Une intelligence artificielle (IA) se chargera ensuite d’estimer le nombre de pauvres bêtes écrasées sur votre plaque.

« L’idée est que le plus grand nombre participe », encourage Grégoire Loïs. Grâce à ce programme, les scientifiques disposeront de toutes les données de votre trajet, notamment les milieux parcourus. « On aura donc une indication de la biomasse d’insectes ainsi que son évolution, selon la date et l’heure, mais aussi selon les habitats et les régions parcourues. » Des données qui seront ensuite mises à disposition des chercheurs et croisées avec différents paramètres pour essayer de comprendre ce qui les affecte, comme l’utilisation de pesticides.

Des milliers d’espions des océans

L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) fait aussi appel aux citoyens à travers divers programmes comme « Espions des océans ». Cette fois, c’est le public qui analyse des images collectées par les scientifiques. « On demande aux gens de trouver les espèces présentes dessus, ce qui nous permet d’accélérer l’analyse d’un très grand nombre de photos et de constituer des bases de données qui vont nous permettre d’entraîner l’IA », décrit Catherine Borremans, coordinatrice du portail.

Pour ça, rien de plus simple : une fois sur le site, il suffit de sélectionner l’environnement marin que vous souhaitez analyser (récifs profonds, côtes, sources hydrothermales…) et d’utiliser les exemples et les outils à votre disposition pour reconnaître les espèces. Aucune connaissance n’est nécessaire : « On ne fait pas annoter des choses trop compliquées et chaque image est notée plusieurs fois, donc il ne faut pas avoir peur de se tromper ! » rassure la biologiste marine.

Des citoyens qui se « prennent au jeu »

Environ 4.500 personnes ont déjà participé à l’expérience, qui souffle cette année sa dixième bougie. Au MNHN, les chiffres parlent aussi d’eux-mêmes : le programme permettant d’observer les papillons et les bourdons dans les jardins a, par exemple, recueilli plus de 225.000 participations en près de vingt ans. Et ceux qui jouant le jeu prennent souvent leur mission très à cœur. Didier Thevenin, 69 ans, participe depuis 2018 au Spipoll, qui étudie les insectes pollinisateurs à travers des photos prises par les citoyens. « J’espère que ça contribuera à de vraies politiques de protection des espaces et des insectes », explique ce retraité de l’immobilier.

Passionné de photo et des insectes qu’il a « toujours trouvés photogéniques », le sexagénaire s’est vraiment « pris au jeu ». Il se connecte tous les jours pour valider des observations d’autres participants et sort prendre des clichés dès que le temps le permet. « C’est aussi une opportunité d’aller se promener et de regarder les fleurs et les insectes », assure le Rémois.

Des perspectives « enthousiasmantes »

C’est un autre objectif des sciences participatives : « pousser les gens à aller passer du temps dehors et se reconnecter à la nature », poursuit Gilles Bloch. « C’est aussi un bon outil de sensibilisation », complète Catherine Borremans, pour qui le programme « Espions des océans » permet de faire découvrir aux gens « des endroits auxquels ils n’auront jamais accès ».

Faire participer le public permet aussi « de lui faire comprendre ce qu’est une méthode scientifique et comment fonctionne la science », souligne Gilles Bloch. Un point essentiel, alors que les programmes du MNHN, bien aidés par les outils numériques, « marchent de mieux en mieux », notamment auprès des jeunes générations. « Tout ça nous donne une puissance nouvelle et absolument enthousiasmante », se réjouit le directeur. Alors à vos claviers, la science vous attend.

Quelques programmes pour s’amuser

Outre le Muséum national d’histoire naturelle, de nombreux instituts proposent des programmes de sciences participatives. Vous pouvez en retrouver une partie sur le portail Science ensemble, ainsi que sur le site des différentes organisations scientifiques.