« L’idée de Juice est de réinventer l’audio », estime le créateur d’objets connecté Rafi Haladjian

INTERVIEW Juice se présente comme une application proactive capable d'offrir d’innombrables contenus audio selon vos envies

Christophe Séfrin
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Nous avons testé Juice, l'application qui veut révolutionner le monde de l'audio — 20 Minutes
  • Considéré comme le père des objets connectés avec son lapin Nabaztag, Rafi Haladjian se lance dans le monde des applications audio avec Juice.
  • Développé avec Stéphane Dadian et Arié Selinger, Juice agrège d’innombrables contenus audio présentés par des voix des synthèse, dont des news et des podcasts.
  • Avec Juice, les associés veulent réinventer le monde de l’audio qui, selon eux, est passé à côté de la révolution du web 2.0.

Une application, 21 présentateurs virtuels, des brèves, des articles, des podcasts et de la musique en continu : avec l’application Juice, le monde de l’audio subit une vraie cure de jouvence. En « poussant » dans nos écouteurs ou casques audio du contenu que chacun pourra doser selon différents thèmes, Juice propose une expérience unique. Fondé par Rafi Haladjian, le père des objets connectés auquel on doit le lapin Nabaztag, avec Stéphane Dadian et Arié Selinger (deux jeunes fondus de techno), Juice allume la radio 3.0, une radio que chaque auditeur pourra rendre unique. 20 Minutes a rencontré Rafi Haladjian et Stéphane Dadian.

Que peut-on faire avec Juice ?

Stéphane Dadian : La première chose à faire avec l’application est d’appuyer sur Play ou de dire « Vas-y, Juice ». Dès lors, Juice déroule un flux audio de manière personnalisée. Soit tous vos contenus audio favoris : news, musique, mais aussi la météo, l’heure… Si vous n’aimez pas, vous pouvez décider de zapper, de supprimer telle ou telle thématique, de la doser. Tout ce qui est écrit, comme un article de presse, est lu avec une voix de synthèse.

Stéphane Dadian et Rafi Haladjian ont créé Juice avec Arié Selinger.
Stéphane Dadian et Rafi Haladjian ont créé Juice avec Arié Selinger. - CHRISTOPHE SEFRIN

Rafi Haladjian : Le principe de Juice, c’est qu’il s’agit d’une application proactive. L’algorithme construit tout pour que l’expérience soit agréable. Mais on peut toujours interagir avec puisqu’il s’agit d’un flux dynamique, zapper un sujet, avancer… D’un autre côté, on peut demander le développement d’un sujet, en épingler un pour l’écouter plus tard…

Comment fonctionne Juice ?

SD : Comme une table de mixage. Il y a 11 familles de sujets. Il ne s’agit que de contenus libres et publics émanant de médias sérieux, dont 20 Minutes. Quand aux podcasts, ils durent moins de 10 minutes.

RH : Quand on écoute la radio, on écoute toujours les mêmes stations et émissions. Là, on va vraiment découvrir de nouvelles choses. L’idée n’est pas de faire un player de podcasts de plus. Il n’y a que pour la musique que l’on ne fait rien découvrir puisque Juice ne joue que des choses que vous aimez, issues de vos playlists.

Comment est née l’idée de Juice ?

R.H. : Un soir de mai 2017, je dîne avec un ami qui me révèle porter un appareil auditif. Ce fut mon « Hara moment », une révélation ! Cet appareil quasi invisible lui permettait à la fois d’entendre des bruits environnants et des sons amplifiés, avec une autonomie de 16 heures environ. Naît l’idée de faire quelque chose qui, au départ, s’appelait Jiminy Cricket. Soit le fait d’avoir sur « mon épaule » quelque chose qui me souffle à l’oreille en permanence ce que j’ai besoin de savoir, une information contextuelle.

Comme de la réalité augmentée en audio ?

R.H. : A l’époque, on parlait encore des Google Glass, de cette idée permise d’avoir une information que je superpose à l’expérience que je suis en train de vivre. Je me suis dit que l’on faisait fausse route avec ces lunettes et qu’avec une technologie audio fiable, avec une acceptabilité sociale, on pouvait imaginer autre chose.

Les AirPods d'Apple ont influencé la création de Juice.
Les AirPods d'Apple ont influencé la création de Juice. - CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES

L’arrivée des AirPods d’Apple a renforcé cette sensation. Dès lors, ce concept de Jiminy Cricket s’inscrivait dans la lignée de ce que j’avais fait avec Nabaztag qui véhiculait de l’information autrement que par un écran.

Quel est votre modèle économique ?

SD : On va faire de la publicité, mais pas comme à la radio. On a des voix de synthèse auxquelles on peut tout faire lire de manière dynamique. Alors qu’elles présentent tel ou tel sujet, on va pouvoir leur faire lire des pubs, mais plutôt à la manière d’un influenceur qui place un produit.

RH : Nous visons 35.000 téléchargements en France dans les 6 mois. C’est un cap au-delà duquel on peut commencer à facturer certaines choses. Le modèle de base restera gratuit avec des publicités.

20 Minutes intègre le flow de l'application Juice.
20 Minutes intègre le flow de l'application Juice. - CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES

Il y aura des abonnements premium sans pub et l’on réfléchit à des comptes « premium-premium » où l’on pourra choisir des topics très « niches » pour lesquels nous ferons de la veille.

Mais vous allez vous rémunérer avec du contenu que vous n’avez pas produit…

RH : On utilise du contenu qui existe par ailleurs gratuitement. Un podcast qui est gratuit sur Apple Music ou Spotify, il n’y a pas de raison qu’on le rémunère pour l’utiliser chez nous. D’autant que nous, on le donne à découvrir, alors que chez les autres il faut aller le chercher.

Vos voix de synthèse sont particulièrement convaincantes, presque naturelles…

RH : Pour qu’une voix de synthèse devienne agréable, il faut l’améliorer, lui apprendre à parler, qu’elle ne fasse pas de faute de prononciation, qu’elle n’écorche pas les noms. Et puis, il y a le design vocal autour. On s’est rendu compte que lorsque l’on appliquait à une voix de synthèse un fond sonore, comme le bruit d’un hall de gare, on avait moins l’impression que c’était une voix de synthèse. Cela crée de la chair autour de la voix.

SD : On a ainsi 21 speakers, influenceurs virtuels, mais avec tout un travail de démystification de ce qui est technologique. Ces « gens » là ont des noms, des personnalités, des caractères et l’on vit avec, sinon on ne les supporterait pas. ll y a aussi la façon d’écrire qui intervient. L’humour est important. On a le Monsieur météo le plus foireux du monde, il n’est pas sûr de ce qu’il dit !

Aucun rapport, donc, avec les assistants personnels sur enceintes connectées ?

RH : On a justement voulu faire l’inverse des assistants personnel qui attendent toute la journée qu’on leur demande des choses, alors que l’on ne sait pas quoi leur demander. Toute la technologie et le savoir-faire développés depuis le web 2.0, soit depuis 2003, n’est pas disponible en audio. Pourquoi ces 15 ans de décalage ?

Nabaztag, l'ancêtre des objets connectés créé par Rafi Haladjian en 2005.
Nabaztag, l'ancêtre des objets connectés créé par Rafi Haladjian en 2005. - DR

L’idée de Juice est donc de réinventer l’audio. Le sentiment que l’on avait était qu’il était resté à l’âge du Walkman : un contenu préenregistré est mis en boîte, je le glisse dans mon player et l’écoute. Ce n’est pas différent de la cassette, sinon que c’est dématérialisé. Même le podcast reste de la viande froide.

Ce que l’on en pense

L’idée de Juice est innovante, son approche technique très réussie. Les différentes voix de synthèse sont parfois troublantes de réalisme. Contrairement à celles des assistants personnels (Siri, Alexa, Google Home), on a tôt fait de se les approprier comme si elles étaient réelles. Très consistant de par le nombre de sources agrégées, le flow de Juice nécessite impérativement d’être dosé, aéré par des parenthèses musicales. L’impossibilité de choisir l’origine du contenu proposé est un « mal » pour un bien et invite à la découverte.