NBA : « Il a construit toute la culture Spurs »… Quel rôle joue Gregg Popovich dans le renouveau de San Antonio ?
Forever « El Jefe »•Mythique entraîneur des San Antonio Spurs de 1996 à 2024, avec cinq titres de champion NBA à la clé, Gregg Popovich (77 ans) se remet d’un AVC subi en novembre 2024. Il reste un précieux conseil pour Mitch Johnson et ses joueurs durant ces play-offsJérémy Laugier
L'essentiel
- Emblématique entraîneur des San Antonio Spurs depuis 1996, Gregg Popovich a été victime d’un AVC en novembre 2024, qui l’a poussé à se retirer officiellement du banc de touche le 5 mai 2025.
- A 77 ans, l’Américain d’origine serbe continue d’influencer les Spurs en tant que président des opérations basket. Il vient notamment de participer à une séance vidéo avec Victor Wembanyama et ses coéquipiers durant ces play-offs.
- Alors que San Antonio se déplace dans la nuit de vendredi à samedi (3h30) sur le parquet des Minnesota Timberwolves, pour le 6e match de la demi-finale à l’Ouest (3-2 pour les Texans dans la série), 20 Minutes se penche sur l’impact de « la culture Spurs » chère à « Coach Pop ».
A quel point Gregg Popovich a-t-il été déterminant pour relancer les Spurs lors des matchs 2 et 5, juste après de rudes défaites contre Minnesota (3-2 pour San Antonio dans la série), alors que le game 6 se dispute dans la nuit de vendredi à samedi (3h30) ? Après le revers à domicile (102-104), en ouverture de cette passionnante demi-finale à l’Ouest, le légendaire ancien coach de la franchise texane, victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) en novembre 2024, avait en tout cas pris part à la séance vidéo de l’équipe.
Puis on l’a même vu mardi sur le tarmac de l’aéroport de San Antonio, à la descente de l’avion des Spurs, pour s’entretenir avec Victor Wembanyama au sujet de sa première expulsion en carrière, la veille, pour un étonnant coup de coude sur Naz Reid.
Et « Coach Pop » (77 ans) n’a visiblement rien perdu de son sens de la formule, à en croire « Wemby » la semaine passée : « Comme l’a dit "Pop" : "Quand on gagne, on n’est jamais aussi bon qu’on le croit, et quand on perd, on n’est jamais aussi mauvais" ». Juste avant le lancement des play-offs, les premiers des Spurs depuis 2019, le quintuple champion NBA avait déjà effectué un retour remarqué sur un entraînement de l’équipe, qu’il avait dirigée durant près de trois décennies.
« On ressent encore la puissance de sa dynastie »
« Que les matchs se passent bien ou mal, avec "Pop", on sait qu’il nous dira toujours la vérité », résumait alors l’arrière Stephon Castle. La page Popovich s’était officiellement tournée à San Antonio lors d’une conférence de presse, le 5 mai 2025, aux côtés de deux de ses cadres historiques, Tim Duncan et Manu Ginobili. Apparu très affaibli, l’entraîneur américain d’origine serbe avait ému toute la planète basket ce jour-là, intronisant pour de bon son jeune successeur Mitch Johnson (39 ans), qui avait assuré l’intérim durant les six mois post-AVC.
Mais quelle est concrètement son influence, en tant que président des opérations basket des Spurs, dans le bluffant renouveau de la franchise, en course pour un premier sacre depuis douze ans ?
« "Coach Pop" reste super important pour l’équipe, estime Carolina Teague, journaliste pour le site Spurfect. On ressent encore aujourd’hui la puissance de la dynastie qu’il a créée au sein des Spurs. Il n’y a qu’à voir l’exemple de Keldon Johnson, qui a remporté le prix du meilleur 6e homme NBA cette saison. C’était la décision de "Coach Pop" de le faire passer de titulaire à remplaçant de luxe. Ça montre son intelligence psychologique car c’est lui qui avait su gérer l’ego de Keldon à ce moment-là, et on se rend compte cette saison à quel point c’était une grande décision. »
« A ses côtés, on apprend la mentalité d’un champion »
Le mois dernier, ce même Keldon Johnson indiquait justement, tout comme Victor Wembanyama, « échanger chaque jour » avec « Pop » au téléphone. Tout en se réjouissant de l’amélioration de sa santé, même si un retour sur le banc n’est plus du tout d’actualité.
« Ses progrès sont très encourageants. C’est clairement le même homme, toujours aussi vif, c’est le "Pop" qu’il a toujours été », apprécie le précieux joker. Contacté par 20 Minutes, l’ancien ailier professionnel Daniel Nwalelele a pu côtoyer de près Gregg Popovich lors d’un camp d’entraînement des Spurs en 2007. Son admiration pour lui en dit long sur la stature de « Pop » outre-Atlantique.
« « Coach Pop » est un homme exceptionnel, très attentionné, intelligent, drôle, discipliné, et un véritable leader, animé d’une immense soif de victoires. J’ai eu cette chance d’être entraîné par lui et j’en suis très fier, c’est un moment marquant dans ma carrière. A ses côtés, on apprend avant tout ce que sont la culture et la mentalité d’un champion. « Coach Pop » a construit toute cette culture Spurs et c'est encore aujourd’hui la clé de leur succès. On voit à quel point ce qu’il a bâti à San Antonio a une influence positive sur toute la Ligue. Il est « El Jefe » (le chef), ça dit tout de lui. »
« Pop » a des disciples en pagaille en NBA
Car Mitch Johnson est loin d’être le seul « disciple » de Popovich à avoir émergé en entraîneur principal à succès en NBA. De Mike Budenholzer (champion avec Milwaukee en 2021) à Ime Udoka (Houston, ex-Boston) en passant par Mike Brown (New York Knicks), on ne compte plus les ex-assistants des Spurs ayant ensuite fait carrière. Aux abords de River Walk, leur ancien guide est toujours aussi vénéré par les fans. « "Pop" est encore dans les parages, on le repère facilement aux matchs, assis dans sa loge », glisse Mario Moreno, l’un des leaders du groupe « ultras » des Spurs Jackals créé par « Wemby ».
Il aimerait lancer un chant lui rendant hommage. « Mais "Pop" est tellement discret que c’est comme si je ne voulais pas lui imposer ça, sourit le fan des Spurs de 35 ans. Il ne veut jamais être sous les projecteurs. Son credo, c’est de travailler dur et de laisser son travail parler pour lui. L’été dernier, on a voulu organiser une soirée en son honneur après l’annonce de sa retraite. Tout le monde voulait faire ça… sauf "Pop" ! Sa culture du travail acharné et de la victoire plutôt que de la notoriété résonne encore dans les vestiaires ici. »
A défaut d’une fiesta, sa franchise a installé tout en haut du Frost Bank Center une bannière avec le nombre de victoires de Gregg Popovich en carrière (1.390 entre 1996 et 2024), un record dans toute l’histoire de la NBA pour un coach. Le tout à côté du maillot retiré de Tony Parker. Une présence inspirante que vient de décrypter l’ex-ailier des Rockets et des Mavs Chandler Parsons durant l’émission TV Run it back.
Popovich derrière l’altruisme de Fox ?
« S’il y a bien une personne que j’écouterais encore plus que Mitch Johnson, c’est "Pop", indique-t-il. Ce type est tellement sage et il sait comment gagner. Il a déjà vécu ça. C’est une légende et on sent que "Wemby" s’imprègne de tout ce savoir qu’il peut lui transmettre ».
Si Victor Wembanyama a été accueilli puis façonné par Gregg Popovich à San Antonio de 2023 à 2024, le meneur de jeu des Spurs De’Aaron Fox (28 ans) n’a été dirigé que par Mitch Johnson, depuis son trade en février 2025. Mario Moreno est pourtant certain que l’ancienne star des Sacramento Kings est elle aussi influencée par « Coach Pop ».
« Fox est arrivé avec son calibre de joueur All-Star, il a signé un contrat max à 57 millions de dollars par saison, rappelle notre supporteur. Et on voit qu’il partage le ballon à la mène avec un rookie [Dylan Harper] et un deuxième année [Stephon Castle]. Quiconque avec son CV voudrait normalement tout contrôler dans une équipe NBA, mais pas à San Antonio. Il a le sourire, il forme et encadre les jeunes et il est l’exemple parfait de la culture que Popovich a toujours souhaité instaurer. »
Mitch Johnson se pose en successeur idéal
Et que Mitch Johnson perpétue à sa manière, comme le confirme à 20 Minutes l’ailier américain John Holland. Celui-ci avait disputé la saison 2018-2019 avec les Austin Spurs en G-League, aux côtés d’un Mitch Johnson alors entraîneur assistant. « Mitch était en plein développement à la sauce Spurs, se souvient-il. On sentait un bon coach en devenir. Je n’imaginais pas alors qu’il succède un jour à Popovich, mais les Spurs savent toujours ce qu’ils font. Et quand on voit qu’il a à disposition les conseils de l’un des meilleurs coachs de l’histoire, ça ne peut qu’être bénéfique dans son quotidien. »
Notre dossier sur la NBADurant sa fameuse dernière prise de parole publique il y a un an, Gregg Popovich avait annoncé : « Nous ne vous décevrons pas. Nous ne gagnerons pas tous les matchs mais nous essaierons de le faire. Et toujours avec classe, dans la victoire ou dans la défaite ». Après trois ans dans les bas-fonds de la NBA, les Spurs font de nouveau honneur à la ligne fixée par leur mentor éternel.



















