Pourquoi Twitter a-t-il décidé de bannir définitivement le compte de Donald Trump ?

RESEAUX SOCIAUX Le compte Twitter du président américain, qui était son principal canal de communication, affiche désormais une page totalement vide

Hakima Bounemoura

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Twitter a décidé de bannir définitivement le compte de Donald Trump.
Twitter a décidé de bannir définitivement le compte de Donald Trump. — Olivier DOULIERY / AFP
  • Trois jours après les émeutes au Capitole, orchestrées par des militants pro-Trump, Twitter a décidé de bannir définitivement le compte du président américain.
  • Pour justifier sa décision, le réseau social pointe deux tweets de Donald Trump datés du vendredi 8 janvier, qui peuvent « inciter à la violence » et qui enfreignent donc ses règles internes.
  • « Nos règles sur l’intérêt du public existent pour permettre aux gens d’entendre directement ce que les élus et leaders politiques ont à dire (…) Ces comptes ne sont pas entièrement au-dessus de nos règles », a également fait savoir la plateforme.

« Account suspended »… Le compte Twitter du président des États-Unis, qui était son principal canal de communication, affiche désormais une page totalement vide. @realDonaldTrump a été suspendu ce vendredi de manière définitive, trois jours après les émeutes au Capitole orchestrées par des partisans pro-Trump. Avec plus de 88 millions d’abonnées, Twitter était jusqu’à aujourd’hui la plateforme de prédilection de Donald Trump, celle qui lui servait à faire des annonces politiques, fulminer contre les médias ou insulter ses adversaires au quotidien.

« Après une étude précise des récents tweets du compte @realDonaldTrump et de leur contexte – notamment dans la façon dont ils sont compris et interprétés sur et en dehors de Twitter – nous avons suspendu définitivement le compte en raison du risque de nouvelles incitations à la violence », a expliqué Twitter, faisant référence à l’invasion du Capitole, qui a fait cinq morts.

Deux messages visés par la plateforme

Pour justifier sa décision, le réseau social pointe deux tweets, datés du 8 janvier. « Les 75.000.000 de grands patriotes américains qui ont voté pour moi, America First, et Make America great again, auront une voix géante dans le futur. Ils ne seront ni méprisés ni traités injustement de quelque manière que ce soit !!! », a tweeté Donald Trump. Selon la plateforme, ce message peut inciter « à la violence ». « Nous avons estimé qu’ils étaient susceptibles d’encourager et d’inspirer des personnes à reproduire les actes criminels qui ont eu lieu au Capitole américain le 6 janvier 2021 », indique le réseau social, qui estime donc que ses règles internes ont été enfreintes.

La plateforme pointe également un second tweet, publié quelques minutes plus tard. « À tous ceux qui ont demandé, je n’irai pas à l’inauguration le 20 janvier », a également écrit ce vendredi le président américain. « La déclaration du président Trump selon laquelle il ne participera pas à l’inauguration est reçue par un certain nombre de ses partisans comme une confirmation supplémentaire que l’élection n’était pas légitime », explique Twitter, qui ajoute que l’absence du président Trump à l’inauguration peut faire de cette cérémonie une « cible sûre car il ne sera pas présent ».

« Les plans de futures manifestations armées prolifèrent déjà sur Twitter »

Twitter estime aussi que ces messages contredisent le précédent dans lequel Donald Trump assurait vouloir faciliter une « transition ordonnée ». Au contraire, ce serait le signe qu’il « envisage plutôt de continuer à soutenir, autonomiser et protéger ceux qui croient avoir remporté l’élection ». « Les plans de futures manifestations armées prolifèrent déjà sur et hors de Twitter, pour une deuxième attaque du Capitole le 17 janvier 2021 », relève la plateforme.

« Nous ne serons pas réduits au silence », a rapidement protesté Donald Trump via le compte officiel Potus (Président des Etats-Unis), à l’attention des « 75 millions de patriotes » qui ont voté pour lui. Il a évoqué des représailles contre le réseau qui « interdit la liberté d’expression » et le possible lancement de sa propre plateforme dans un futur proche, à travers une série de messages immédiatement retirés par Twitter. « Utiliser un autre compte pour éviter la suspension est contre nos règles », a expliqué un porte-parole de la société, qui va aussi prendre des mesures « pour l’imiter l’utilisation » des comptes gouvernementaux comme @Potus et @WhiteHouse.

Un compte « pas entièrement au-dessus de nos règles »

Le réseau des gazouillis avait déjà durci les mesures de rétorsion ce mercredi, en supprimant plusieurs messages du chef d’Etat, au lieu de simplement les masquer avec des notes d’avertissement. Jusqu’à cette semaine – et les violences au Capitole –, Twitter avait toujours assumé le fait de laisser à Donald Trump la possibilité de ne pas respecter les règles d’utilisation du réseau social, au même titre que les autres dirigeants du monde entier, et ce en raison de « l’intérêt public » de leurs messages. « Nos règles sur l’intérêt du public existent pour permettre aux gens d’entendre directement ce que les élus et leaders politiques ont à dire (…) Ces comptes ne sont pas entièrement au-dessus de nos règles, et ils ne peuvent pas utiliser Twitter pour inciter à la violence, entre autres choses », explique aujourd’hui l’entreprise californienne.

Le réseau de Jack Dorsey était jusqu’à ce vendredi, avec YouTube, une des rares plateformes où le président américain pouvait encore s’exprimer. Les autres plateformes sociales ont pris ces dernières 48 heures des sanctions contre le président américain. Après les manifestations violentes du Capitole, Donald Trump a notamment été banni de Facebook et Instagram (ses comptes ont été gelés pour une durée indéterminée), de Snapchat ou encore de Twitch, la plateforme spécialisée dans la diffusion de vidéos en direct.