L’improbable histoire de Galileo, le GPS européen

PROJET Il aura fallu plus de 20 ans à l’Union européenne pour développer Galileo

Jennifer Mertens pour 20 Minutes

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5 choses que vous ignoriez sur Galileo
5 choses que vous ignoriez sur Galileo — Geeko

Lancé à la fin des années 1990, le projet d’un GPS made in Europe a pris près de 10 ans de retard. A l’origine, l’Union européenne s’était donnée comme objectif de mettre en service son système de positionnement par satellite en 2010.

Dans les faits, le service n’a été partiellement opérationnel que 6 ans plus tard et ne devrait être terminé que dans le courant de l’année. Un retard qui s’explique à travers les nombreux défis auxquels a dû faire face Galileo.

Surréalisme à l’européenne ?

A l’origine, l’Union européenne voulait financer le projet avec des entreprises privées à hauteur de deux tiers. Malheureusement, après plusieurs années de négociations, cela n’a pas abouti, et ce, bien que des entreprises se soient montrées intéressées.

Au-delà de l’organisation du financement, la structure en elle-même du projet était beaucoup trop complexe. Une commission avait été mise en place, la Galileo Joint Undertaking, pour piloter le projet et mener les appels d’offres, sauf que la GJU n’a pu mener à bien sa mission. Elle a été incapable de trancher entre les deux consortiums de financement en lice. Les deux offres furent finalement fusionnées pour mieux exploser quelque temps après, en 2007, tant les intérêts de chacun divergeaient. Les pays membres ne cessaient d’intervenir « dans l’intérêt de leurs industries nationales et ont bloqué les décisions », assure la Cour des comptes européenne.

Finalement, l’Union européenne a décidé de financer entièrement le projet avec ses fonds propres – bien que des pays extérieurs aient investi dans le projet –, devenant ainsi le seul propriétaire de Galileo. Un mal pour un bien.

Des choix étonnants

Après les problèmes de financement et de structure sont apparus les soucis techniques. Les premiers lancements de satellites expérimentaux ont été réalisés en 2005, grâce à une fusée russe Soyouz. Les premiers « vrais » satellites Galileo ont été envoyés en 2011 seulement, de nouveau avec une fusée Soyouz, ce qui peut paraître surprenant puisque l’Union européenne dispose de sa propre agence spatiale (ESA) et de ses propres fusées (Ariane). Mais les fusées russes coûtaient moins cher à l’Union européenne.

Tout n’a pas roulé comme sur des roulettes avec les lanceurs russes. En 2014, après un lancement raté dû à des problèmes techniques, des satellites envoyés avec des lanceurs Soyouz se sont retrouvés sur la mauvaise orbite, ce qui a de nouveau ralenti le projet.

Un budget doublé

Le budget prévu pour le développement et le lancement de Galileo était à l’origine de 3,4 milliards d’euros. Or, le retard cumulé, l’échec de mise en orbite et les différents désaccords entre les pays membres ont presque doublé le budget. Une jolie somme à laquelle il faut rajouter les frais d’entretien annuels, 200 millions d’euros, et nous voilà avec un projet à plus de 10 milliards d’euros.

Une défaillance du système à un stade avancé

En juillet 2019, le système européen de navigation par satellite est tombé en panne pendant plusieurs jours. Une défaillance qui a touché les 25 satellites de 26 appareils en orbite à l’époque. Seul le service de recherche et de sauvetage avait encore un accès au GPS européen. Une panne qui intervient à un stade très avancé du projet puisque Galileo doit compter 30 satellites à terme.

A l’époque, sur les 26 en orbite, 22 étaient en activité. De quoi poser des questions sur la fiabilité du système. Espérons que ce genre de panne n’arrive plus à l’avenir.