Un avocat lance un appel sur Twitter pour identifier un bouchon dans une affaire criminelle et innocenter son client

ENQUÊTE L'avocat Patrice Reviron a lancé lundi un appel sur son compte Twitter pour identifier un bouchon figurant dans un dossier criminel... 

Helene Sergent

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Capture d'écran du message envoyé par l'avocat Patrice Reviron sur Twitter.
Capture d'écran du message envoyé par l'avocat Patrice Reviron sur Twitter. — Patrice Reviron/Twitter
  • En trois jours, le message lancé par l’avocat a reçu plus de 1.000 réponses et a été partagé près de 5.000 fois sur le réseau social Twitter.
  • L’identification du bouchon en question pourrait «innocenter» son client.
  • L'avocat entend démontrer que l'usage de ce bouchon peut être différente de celle avancée par l'accusation.

« Identifier l’origine de ce bouchon (retrouvé en 2010) et son usage pourrait sauver un innocent empêtré dans un dossier criminel. Pouvez-vous m’aider à avancer ? ». C’est avec ces quelques lignes que l’avocat Patrice Reviron a lancé lundi une enquête atypique. Posté sur le réseau social Twitter, son message a suscité plus de 1.000 commentaires en quelques jours et a été partagé à ce jour 6.000 fois.

« L’instruction n’a pas permis de répondre à la question : à quoi servait ce bouchon. Je ne suis pas spécialiste, j’ai cherché autour de moi, j’ai cherché sur Internet mais je n’ai pas trouvé de bouchon équivalent, je me suis dit "pourquoi pas essayer sur Twitter"? Je ne pensais pas que ça allait prendre une telle ampleur », confie-t-il à 20 Minutes.

Experts en emballage et techniciens en laboratoire

« Ce bouchon est vital. L’accusation subodore un usage particulier et on fait comme si c’était la réalité. Moi je veux pouvoir opposer un autre usage à cet objet central dans ce dossier criminel », poursuit l’avocat. Selon lui, c’est la « décontextualisation » de son annonce qui a poussé les utilisateurs de Twitter à réagir. Sur ce bouchon, on ne sait effectivement que peu de chose. Rouge, strié, 4,5 cm de diamètre, il aurait été retrouvé au sol puis déplacé. Patrice Riveron ne dira rien de plus : « Je ne demande pas de prendre parti. Je demande juste aux internautes s’ils ont déjà vu ce bouchon ».

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Sa requête a été prise très au sérieux par les internautes qui rivalisent d’hypothèses. Dans les commentaires, très peu de moqueries ou de pistes fumeuses. « Expert en emballage » ou « technicien de laboratoire », les profils des cyber-enquêteurs amateurs varient. « Les gens qui participent ont des arguments très précis et des réflexions intéressantes. L’ambiance est respectueuse, correcte et bienveillante. C’est vraiment sympathique », salue l’avocat.

Des précédents récents

Si la forme choisie par Patrice Reviron peut surprendre, ce n’est pas la première fois que les utilisateurs de réseaux sociaux sont sollicités pour mener l’enquête. L’exemple le plus récent remonte au 18 février dernier. A Marseille, le descendant d’un poilu, destinataire d’une lettre écrite sur le front de la Somme le 27 mai 1915, a pu être contacté par la police locale grâce à la mobilisation de toute une communauté connectée de généalogistes et de passionnés de la Première Guerre mondiale.

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Les réseaux sociaux sont devenus un « levier important » pour les enquêteurs souligne Charlotte, community manager de la police nationale. « On les utilise de plus en plus dans le cadre d’enquêtes de cambriolage. Une fois l’enquête terminée, les forces de l’ordre vont se retrouver avec tout un tas d’objets sur les bras. On va solliciter les internautes en publiant des catalogues d’objets, qui pourront ensuite contacter les policiers pour que les objets soient restitués ». Si la diffusion des avis de recherche de personnes disparues s’est démocratisée dans la communication policière, les appels à témoins ou les demandes d’expertises aussi précises que ce cas du « bouchon » sont rares.

« L’une des toutes premières fois où on a publié un appel à témoins [différent d’un avis de recherche], c’était après les attentats du 13 novembre 2015 sur Salah Abdeslam et la demande de diffusion émanait directement de la police judiciaire. La publication a fait le tour du monde en quelques heures et a été vue par 33 millions de personnes sur notre page Facebook », poursuit la jeune femme. Très encadrés par la procédure judiciaire et nécessitant l’aval d’un magistrat, les appels à participation lors d’une enquête pourraient toutefois se développer.

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En juin 2017, l’office européen des polices Europol a publié sur Internet des photos d’objets du quotidien, repérés à l’arrière-plan d’images pédopornographiques. Faute d’éléments permettant d’identifier ou de localiser les victimes, l’initiative devait permettre aux enquêteurs d’orienter les investigations dans des pays européens spécifiques. A ce jour, grâce à la participation des internautes, 70 objets auraient été identifiés et 25 d’entre eux ont donné lieu à l’ouverture d’enquêtes.

Une démarche longue et fastidieuse qui ne décourage pas l’avocat Patrice Reviron : « Plus on potentialise, plus on médiatise, plus j’ai de chance qu’on découvre l’origine de ce bouchon. Je ne désespère pas, au contraire. Si on me donne la bonne réponse dans six mois, ça me va même si, évidemment, j’aimerais que ça arrive avant ».