VIDEO. Marseille: Comment la police utilise de plus en plus les réseaux sociaux dans ses enquêtes

RESEAUX SOCIAUX Les enquêteurs de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône ont lancé un appel sur les réseaux sociaux pour retrouver les descendants d’un poilu…

Adrien Max
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Les descendants de Jean Soulagnes, au centre, entourés des enquêteurs de la sécurité publique 13.
Les descendants de Jean Soulagnes, au centre, entourés des enquêteurs de la sécurité publique 13. — Sécurité publique 13
  • Après avoir retrouvé la lettre d’un poilu mort au front lors d’une perquisition, les policiers de la sécurité départementale des Bouches-du-Rhône ont lancé un appel sur Twitter pour retrouver sa famille.
  • En moins de trois jours, et grâce à la mobilisation des internautes, l’arrière-petit-neveu de ce poilu a été identifié.
  • La police s’appuie de plus en plus sur les réseaux sociaux dans leur travail quotidien.

C’est un véritable jeu de piste que les enquêteurs de la direction départementale de sécurité publique des Bouches-du-Rhône (DDSP13) viennent de résoudre. Ou plutôt les internautes. Lors d’une perquisition chez un receleur dans le IIIe arrondissements de Marseille, les policiers tombent sur la dernière lettre d’un poilu.

La lettre de Jean Soulagnes à son ami
La lettre de Jean Soulagnes à son ami - Boris Horvat / AFP

Jean Soulagnes, un Marseillais de 24 ans, écrit au « meilleur, au seul de ses amis » Jean Audiffen, et lui lance un « appel suprême » : « Vous ne refuserez pas le pénible service, en cas d’événement grave, d’avertir ma famille et ma fiancée qu’avant de mourir, après avoir donné ma vie au pays, mon âme ne pense qu’à eux ».

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Une recherche menée en trois jours

Après quelques recherches sur le site du ministère des Armées, les enquêteurs comprennent que le matricule 3336 est mort deux semaines après avoir écrit cette lettre « prémonitoire », le 8 juin 1915. Touchés par cette découverte, ils lancent un appel sur le compte Twitter @PoliceNat13 pour retrouver des descendants de ce poilu.

Le 18 février, soit de trois jours plus tard, Stéphane Drouhot, un agent de maîtrise de la SNCF qui vit en Côte d’Or, est identifié comme l’arrière petit-neveu de Jean Soulagnes. Sur demande de sa mère, il avait bien tenté de retrouver cet aïeul.

« Quand j’y étais enfin arrivé, après avoir cherché tous les Soulagnes depuis Monaco jusqu’aux Pyrénées, ma mère était déjà décédée. Je n’ai jamais pu réaliser son rêve. Pouvoir lire cette lettre, aujourd’hui, cette prose d’un autre temps, c’est extrêmement émouvant… »

Ce sont finalement une bonne dizaine de généalogistes amateurs, avertis par le message sur Twitter, qui ont permis d’identifier ce descendant.

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Plus de proximité

Une incroyable histoire rendue possible par les réseaux sociaux, donc. Un moyen de communiquer de plus en plus apprécié et utilisé par la police nationale, comme l’explique Jean-Marie Salanova, directeur de la DDSP13 « C’est une nouvelle façon de travailler, qui permet de renforcer les relations entre policiers et citoyens. Le ministre de l’Intérieur a récemment présenté la police de sécurité du quotidien, c’en est un aspect. »

Au sein du service de communication, l’usage des réseaux sociaux a déjà fait ses preuves.

« Nous lançons des avis de recherche sur les réseaux sociaux, nous pouvons toucher toutes les couches de la société. C’est un relais rapide qui nous permet de cibler et d’avoir plus d’agilité », explique le major Arnaud Louis, chargé de communication à la DDSP13.

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La limite des réseaux sociaux

récemment, la police d’Avignon avait lancé un appel sur Facebook et Twitter pour retrouver les propriétaires de près de 700 œuvres d’art, dérobées au cours des 20 dernières années dans la région. La présence sur les réseaux sociaux est une volonté globale de la police nationale.

« Le compte Twitter est suivi par plus de 400.000 personnes ce qui permet aux internautes de nous poser directement une question, de nous demander des conseils. Cela créer une interaction qui est très précieuse », explique une membre du service communication de la police nationale, venue spécialement pour diffuser sur Twitter la remise de la lettre à la famille. « Tout est parti de Twitter donc on boucle la boucle en permettant aux abonnés de suivre ce dénouement », ajoute-t-elle.

Même si les réseaux sociaux ne permettent pas tout. « Il y a le travail d’enquête judiciaire et le travail de communication. On ne peut pas se permettre de livrer tous les éléments sur les réseaux sociaux, pour le bien de l’enquête », précise Jean-Marie Salanova. Preuve de cette limite, les descendants de Jean Soulagnes ont été identifiés, mais la personne à qui a été volée la lettre reste, pour l’instant, introuvable.