Comment se fabrique et se propage une «fake news»?

RÉSEAUX SOCIAUX Les boîtes mail de responsables du mouvement En Marche ! auraient été hackées il y a plusieurs semaines…

H.S. avec AFP

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Illustration virus informatique.

Illustration virus informatique. — DURAND FLORENCE/SIPA

  • Vendredi, les équipes d’En Marche ! se sont dites victimes d’un piratage « massif et coordonné »
  • Un millier de relais suffisent pour qu’une rumeur monte en « trending topics » sur Twitter

C’est l’ultime rebondissement d’une campagne présidentielle marquée par la propagation de « rumeurs » et ponctuée d’affaires visant les candidats. Vendredi soir, moins de 48 heures avant le second tour de l’élection, l’équipe d’Emmanuel Macron s’est dite victime d’un piratage « massif et coordonné » visant des documents confidentiels. Un contexte de défiance sans précédent en France, alimenté par des pirates étrangers.

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Si les 9 giga octets de données piratées et publiées en ligne n'ont pas été authentifiés pour l'heure, le candidat a été accusé de fraude fiscale il y a quelques jours via un document qui s'est finalement avéré être un montage. Comment sont fabriquées et propagées les « fake news » qui infestent la campagne présidentielle ? Comme pour les virus, les experts savent désormais traquer les origines de ces rumeurs, relayées par des activistes sur les réseaux afin d’influencer l’opinion.

Toucher un maximum d’internautes

La technique est devenue standard : des attaques coordonnées lancées sur certains forums désormais connus, puis relayées par des activistes assez nombreux pour toucher une bonne partie des internautes. Un millier de relais suffisent pour qu’une rumeur monte en « trending topic » – les sujets les plus commentés – sur Twitter, jugent les experts.

Grâce à cela, un sujet au départ cantonné à des cercles militants devient visible par tous les internautes, car son hashtag apparaît sur la liste des sujets populaires en première page de Twitter. « Pendant la campagne, la principale cible de ces fake news a été Emmanuel Macron, et un peu aussi Jean-Luc Mélenchon avant le premier tour », souligne Gaël Favennec, chargé à l’AFP du site de vérification CrossCheck, réalisé en partenariat avec une trentaine de rédactions.

Des thématiques récurrentes

« Ces rumeurs viennent souvent de sites proches de l’extrême droite, et les thématiques tournent beaucoup autour de l’immigration », souligne-t-il, comme dans l’exemple des accusations contre Alain Juppé sur une supposée grande mosquée de Bordeaux.

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« Sur Macron, on a eu droit à tout, c’est sidérant », remarque-t-il : « Ce serait le candidat de la CIA, il serait financé par l’Arabie saoudite, voudrait rétablir la charia à Mayotte, supprimer les allocations familiales, taxer les propriétaires, se lave les mains après avoir serré celle des ouvriers… » Autant d’allégations fausses démontées par CrossCheck.

Nicolas Vanderbiest, de l’université de Louvain, spécialiste des rumeurs sur internet, a analysé mercredi soir, en temps réel, la diffusion de la rumeur sur le supposé compte aux Bahamas d’Emmanuel Macron, citée pendant le débat par Marine Le Pen. Le candidat d’En Marche ! a déposé plainte jeudi contre X pour « faux, usage de faux et propagation de fausse nouvelle ».

Tout démarre vers 19h00 sur le forum américain « 4Chan », très fréquenté par des militants d’extrême droite ou pro-Trump. C’est aussi sur ce forum qu’au lendemain du premier tour, des activistes organisaient un brainstorming pour lancer des calomnies contre Emmanuel Macron, par exemple pour « persuader les gens qu’il est d’accord avec le terrorisme islamiste ».

Mercredi sur 4Chan, deux heures avant le débat, un internaute anonyme proposait, en anglais, de faire émerger un hashtag évoquant une fraude fiscale du candidat, et joint à l’appui de ses dires un document attribué à une banque des Caraïbes.

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Des comptes pro russes

L’assertion est reprise par un site américain de soutien de Marine Le Pen, « Anime Right », puis dans un tweet en anglais publié à 20h37 par le site conspirationniste Disobedient Media de William Craddick, qui appartient au courant de l'« alt-right », l’extrême droite américaine.

Le tweet de Disobedient a aussitôt relayé en boule de neige par d’autres comptes de la même tendance, comme le montre une cartographie de Nicolas Vanderbiest, puis sur des comptes américains très influents, comme celui de Jack Posobiec, un site conspirationniste, où le message est retweeté 4.000 fois.

A 21h07 apparaissent les premiers tweets en français, rediffusés par des milliers de comptes, explique Nicolas Vanderbiest, largement par des comptes pro-Trump et pro russes, ou par des comptes créés le soir même.

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« Sur cette rumeur, j’ai identifié aux alentours de minuit 213 comptes francophones qui avaient partagé l’information. Dans ces comptes, 88 font partie des internautes régulièrement actifs » pour relayer des médias comme Russia Today (RT) ou Sputnik, a expliqué le chercheur à France24.

Sur 10 millions de liens concernant la campagne électorale française provenant des 800 sites les plus partagés, 20 % sont des sites qui contestent les médias traditionnels et 7 % proviennent de sites qui republient la version française de RT, ou de Sputnik News, ainsi que bon nombre d’autres blogs russes écrits en français.