Investiture de Donald Trump: Twitter, l'arme de destruction massive du président Trump

WEB Le nouveau président américain investi ce vendredi va devoir faire preuve de retenue, sous peine de déclencher une crise majeure en 140 signes...

Philippe Berry

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Donald Trump utilise son téléphone Samsung pour tweeter.
Donald Trump utilise son téléphone Samsung pour tweeter. — M.ROURKE/AP/SIPA

Deux Américains sur trois souhaitent que Donald Trump ferme son compte Twitter personnel et utilise uniquement le compte officiel de la présidence @POTUS. Cela n’arrivera pas. Le président américain « utilisera sans doute les deux », a indiqué le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, début janvier. Et avec cet immense pouvoir de communication viennent de grandes responsabilités.

Plus de « retenue », vraiment?

Pendant la campagne, Donald Trump avait promis qu’il ferait preuve de plus de « retenue » sur Twitter une fois président. On attend de voir. Au cours des deux mois de la transition, il a personnellement attaqué des citoyens, des journalistes, des acteurs et des entreprises. Mais il a aussi réagi au quart de tour après des attaques terroristes, provoqué la Chine, menacé la Corée du Nord, remis en cause les conclusions des services de renseignement sur les cyberattaques russes et milité pour une course à l’armement nucléaire. Le tout en 140 signes, sans filtre, contexte ni analyse.

Un simple tweet peut déclencher une crise majeure

Selon Julian Zelizer, professeur d’histoire et de sciences politiques à Princeton, Trump « va devoir adopter des règles strictes » de bonne conduite. Sous peine de provoquer des crises majeures avec un simple tweet nocturne.

Zelizer a plusieurs conseils de bon sens pour le nouveau président qu’il a détaillés sur CNN :

  • Ne tweete pas sur la politique internationale ou des leaders étrangers.
  • Ne menace pas des individus, des médias ou des entreprises.
  • Ne répands pas de fausses informations.
  • Ne réagis pas hâtivement au terrorisme.

Sur Twitter depuis 2009

Donald Trump a compris le potentiel de Twitter assez tôt. Il crée son compte en mai 2009, deux semaines après le cap du million de followers atteint par Ashton Kutcher et CNN. Alors hommes d'affaires et homme de médias, il utilise le service comme un outil d’autopromotion pour construire la marque « Trump ». Son premier message : « N’oubliez pas de regarder Donald Trump chez David Letterman ce soir. »

Depuis, il a publié plus de 34.000 messages, soit 12 par jour en moyenne. Pendant la campagne, il a anéanti ses rivaux à coups de tweets contre « Low energy Jeb » (Bush), « Lyin' Ted » (Cruz), « Little Marco » (Rubio) et surtout « Crooked Hillary » (Clinton).

Dan Scavino, son directeur des réseaux sociaux, affirme que Trump tweete le plus souvent lui-même ou dicte ses messages à un assistant s’il est trop occupé. Cela semble confirmé par l’étude du data scientist David Robinson. Selon ce dernier, environ la moitié des messages sont publiés depuis le téléphone personnel de Trump, un Galaxy de Samsung, et la moitié depuis un iPhone.

« J’ai failli déchaîner mon beau compte Twitter contre toi »

Aujourd’hui, Trump jure qu'il «n'aime pas tweeter» et qu'il «a d'autres choses à faire». Mais selon lui, ce « canal direct de communication avec les Américains » lui permet de court-circuiter les «médias malhonnêtes».

Avec près de 20 millions de followers, il dispose surtout d’une armée de fidèles toujours prêts à harceler une cible désignée par leur général. Dans son livre Settle For More, la journaliste de Fox News, Megyn Kelly, raconte comment Trump a tenté, selon elle, de l’intimider quelques jours avant le premier débat de la primaire républicaine car il n’avait pas apprécié un passage sur son divorce avec Ivana Trump : « Tu devrais avoir honte. J’ai failli déchaîner mon beau compte Twitter contre toi, et je peux encore le faire. » Il s’exécute quelques jours plus tard après leur clash du débat, avec une tempête de 15 tweets et retweets attaquant une «bimbo» et une «perdante».

Des supporteurs de Trump ont ensuite menacé de la tuer et de la violer, affirme-t-elle. Et pas seulement en ligne. Elle raconte que « des hommes étranges » l’ont suivie jusqu’à sa porte, y compris quand elle était avec ses enfants. A tel point que Fox News a dû embaucher un garde du corps.

Risque de suspension

Tout le monde n’a pas le luxe d’être protégé par une organisation puissante. Lauren Batchelter, une étudiante de 18 ans, a elle aussi été la cible du « beau compte Twitter » de Donald Trump après l’avoir interpellé à un meeting. Il s’en est pris à « la jeune femme arrogante d’hier soir ». Elle a reçu un torrent de messages menaçants, en ligne et par SMS, pendant plusieurs semaines.

Idem pour le syndicaliste de l’usine Carrier, Chuck Jones, attaqué personnellement par Trump après avoir critiqué l’accord annoncé par le président élu pour sauver des emplois.

Le problème, c’est le pouvoir de caisse de résonance sans précédent de Twitter. Trump n’a pas besoin d’appeler explicitement ses supporteurs à se mobiliser. Il suffit d’un message critique contre une cible et l’essaim agit de lui-même.

Dans sa lutte contre le harcèlement en ligne, Twitter a déjà sévi et a banni plusieurs personnalités de l’ultradroite américaine (alt-right), comme le troll Milo Yiannopoulos et le spéculateur du médicament, Martin Shkreli. Début décembre, l’entreprise a prévenu : personne n’est au-dessus des lois et n’importe quel compte peut être suspendu. Y compris celui du président Trump.