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La Floride, sous le signe de l’Art et de l’eau
Éternel été

Floride : terrain d’exploration ensoleillé pour artistes et amoureux de la nature

Des plages hédonistes de Miami Beach aux étendues sauvages des Everglades, le « Sunshine State » est un plat pays où architecture et culture riment avec aventure, sous le soleil ardent des tropiques
Jean-Claude Urbain

Jean-Claude Urbain

Péninsule pointée en direction des Caraïbes, la Floride est l’index de l’Oncle Sam indiquant aux Nord-Américains le chemin à suivre lorsque sonne l’heure des vacances, comme celle de la retraite. Tout le monde est convié à la fête ! Le littoral floridien est une célébration permanente des plaisirs de la vie et des corps. Pourvu qu’ils soient bronzés. Les torses, les fesses, les ventres s’y exhibent sans pudeur. Été comme hiver, on y vit à demi-nu, toutes générations confondues.

Des ouragans se déchaînent bien de temps en temps, avec des pointes de vent à plus de 300 km/h. Mais à ce détail près, la vie s’écoule avec douceur sous les températures tropicales du Sunshine State. Baigné par l’océan Atlantique d’un côté et le golfe du Mexique de l’autre, le plus méridional des États américains déroule 2.000 km de côtes, dont plus de la moitié de plages. Celle de Miami Beach fait à elle seule 11 km !

Au même titre que les postes de secours colorés, les paquebots de croisière font partie du paysage de Miami Beach.
Au même titre que les postes de secours colorés, les paquebots de croisière font partie du paysage de Miami Beach. - Jean-Claude Urbain

Souvent considérée comme l’extension balnéaire de Miami, Miami Beach est une ville à part entière. Édifiée sur une île-barrière en partie artificielle, la localité se dédie à l’art contemporain, à la baignade et à la fête, qui bat son plein de jour comme de nuit à South Beach. Ce cœur battant est irrigué par Ocean Drive, une artère haute en couleurs, parallèle au front de mer, qui aimante une foule hétéroclite de bimbos siliconées, de sportifs en patins à roulettes et de passionnés d’architecture.

Façades pastel, néons fluo et lignes épurées d’inspiration industrielle donnent au district Art déco de South Beach un délicieux parfum rétro. Un temps menacé de démolition par la spéculation, cet ensemble architectural emblématique de l’entre-deux-guerres a été sauvé par la Miami Design Preservation League dont le travail acharné a permis l’inscription de huit cents édifices au Registre national des lieux historiques des États-Unis.

À Little Havana, on roule les feuilles de tabac à la main, avec le même savoir-faire qu’à Cuba.
À Little Havana, on roule les feuilles de tabac à la main, avec le même savoir-faire qu’à Cuba. - Jean-Claude Urbain

Capitale des retraités et de l’art urbain, Miami est aussi la terre promise de communautés immigrées à la poursuite du rêve américain. Mi-yankee mi-latino, la métropole invente un nouveau modèle, fondé sur la juxtaposition des cultures plus que sur leur métissage. La langue espagnole s’épanouit ainsi pleinement à Little Havana. Ici, se regroupèrent les naufragés de la révolution cubaine au début des années 1960, suivis par les exilés du Nicaragua, du Salvador et de Colombie.

La nostalgie d’une Havane idéalisée se lit sur les fresques murales de Calle Ocho. Sur ce boulevard emblématique du quartier hispanophone, les rituels sont les mêmes qu’à Cuba : on joue aux dominos en chemise guayabera, on sirote des mojitos sur des airs de rumba, on fume le cigare roulé à la main et on refait le monde en avalant des cafés sucrés au comptoir des ventanitas. Un tableau vivant complété par des sculptures de coqs qui rappellent à la communauté que préserver la mémoire est un combat.

La villa Vizcaya dans le quartier huppé de Coconut Grove. Une folie architecturale truffée de références à la Renaissance italienne.
La villa Vizcaya dans le quartier huppé de Coconut Grove. Une folie architecturale truffée de références à la Renaissance italienne. - Jean-Claude Urbain

Rebelles des rues et des marais

Marginalisée jusqu’à la fin du XIXe siècle, la Floride a mis les bouchées doubles pour devenir ce haut lieu américain de la douceur de vivre. Son salut lui vint du chemin de fer, amené jusqu’à Miami par Henry Flagler. Ce magnat du pétrole eut la vision d’un boom économique fondé sur la culture des fruits tropicaux et l’urbanisation des côtes. Depuis, l’État évolue à un rythme effréné. L’animation jette son dévolu sur un site aussi rapidement qu’elle s’en détourne.

Le quartier de Wynwood illustre cette hyperactivité schizophrène. Développé le long du chemin de fer, ce secteur manufacturier tourna à plein régime avant que la désindustrialisation ne précipite son déclin dans les années 1970. Son paysage d’entrepôts délabrés devint le terrain de jeu d’une poignée de graffeurs. Puis une nouvelle mutation s’opéra lorsque le promoteur immobilier Tony Goldman offrit certains murs à la créativité d’artistes de renom, transformant Wynwood en véritable galerie d’art à ciel ouvert.

La plus grande fresque murale de Wynwood, "A Love Supreme", représente les trois communautés Portoricaine, Afro et Séminole.
La plus grande fresque murale de Wynwood, "A Love Supreme", représente les trois communautés Portoricaine, Afro et Séminole. - Jean-Claude Urbain

Lorsqu’il découvrit la péninsule américaine en 1513, ce n’était ni le soleil ni les émotions artistiques que recherchait le conquistador Juan Ponce de León, mais de l’or. Saisi par la luxuriance végétale de la région, il la baptisa Florida. Mais dépité de n’y avoir trouvé aucun métal précieux, il lassa à Hernando de Soto le soin de la coloniser. En fait, les Espagnols n’auraient attaché aucune importance à la zone s’ils ne s’y étaient heurtés aux ambitions françaises et anglaises.

Après la guerre d’Indépendance des États-Unis, l’expansionnisme américain vers le sud acheva de convaincre les Espagnols de céder cette zone désespérément humide et ingrate. Mais derrière les cartes redessinées, les peuples autochtones, eux, n’avaient pas encore dit leur dernier mot. Repliés en Floride, des Amérindiens refusant de se plier aux règles des hommes blancs furent désignés sim in oli en langue Creek, c’est-à-dire « hommes sauvages ».

Derrière son interminable plage, Miami Beach est une entité indépendante, séparée de Miami par la baie de Biscayne.
Derrière son interminable plage, Miami Beach est une entité indépendante, séparée de Miami par la baie de Biscayne. - Jean-Claude Urbain

Ce nom resta aux Séminoles et attira vers eux de nombreux esclaves noirs échappés des plantations. Les Américains virent d’un mauvais œil cette association rebelle et, comme souvent au cours de leur histoire, réagirent avec brutalité. Acculés dans des marais infestés d’alligators et de moustiques, ces Amérindiens insoumis menèrent une résistance héroïque lors de trois guerres meurtrières, dont l’ultime épisode se joua en 1852 avec la capture et la déportation de leurs leaders vers l’Oklahoma.

Bien qu’officiellement intégrés à la nation américaine en 1938, les Séminoles se revendiquent comme un « peuple invaincu ». Ils n’ont, en effet, jamais signé de traité de paix et sont aujourd’hui à la tête d’un véritable empire commercial, basé sur les jeux d’argent. Ils ont même conquis le monde en rachetant l’enseigne de cafés et d’hôtels Hard Rock. Malgré cela, une poignée d’entre eux reste toujours ancrée dans un des environnements les moins hospitaliers de la planète.

Les Everglades, c’est la jungle aux portes de Miami.
Les Everglades, c’est la jungle aux portes de Miami. - Jean-Claude Urbain

Un territoire amphibie

Alourdie de lacs, de rivières langoureuses et de marais impénétrables, la péninsule de Floride arrive à peine à s’élever au-dessus du niveau de la mer. C’est à son extrémité méridionale qu’elle dévoile toute son originalité. Contrairement à Miami, cette région n’a guère le goût du spectacle. Son paysage fait plutôt dans le mystère et la subtilité. Les Séminoles l’appelaient Pa-hay-okee, signifiant « rivière d’herbe », mais c’est le nom que lui ont donné les colons américains qui lui est resté : Everglades, les « clairières éternelles ».

Cet immense réseau hydrologique aux interminables méandres est en réalité un fleuve aux caractéristiques très atypiques : un lit d’eau sans berges, large de 60 à 100 km, dont la profondeur n’excède que rarement quelques dizaines de centimètres. À la vitesse moyenne d’un mètre par heure, ses eaux divaguent du lac Okeechobee jusqu’à la baie de Floride, à travers la plus vaste réserve de nature subtropicale d’Amérique du Nord.

Pour rencontrer les échassiers dans la mangrove, il faut troquer les chaussures de randonnée pour la rame de canoë.
Pour rencontrer les échassiers dans la mangrove, il faut troquer les chaussures de randonnée pour la rame de canoë. - Jean-Claude Urbain

Mosaïque de prairies inondables, de forêts de cyprès, de pinèdes et de mangroves, les Everglades offrent un refuge à des centaines d’espèces d’animaux, dont certaines très rares, comme le lamantin, la tortue luth ou la panthère de Floride. Ce sanctuaire est également un site de nidification pour hérons, ibis, aigrettes, balbuzards et vautours. C’est surtout le seul endroit du monde où cohabitent alligators et crocodiles. Une biodiversité aussi exceptionnelle lui vaut le double titre de Réserve de biosphère et Patrimoine mondial auprès de l’Unesco.

Pour autant, une lente dégradation l’affecte depuis longtemps. La construction de digues et de canaux, pour alimenter en eau des côtes de plus en plus peuplées, étrangle les Everglades. Les remblais des routes modifient leur fragile équilibre, les traitements agricoles les polluent et l’extension des zones habitées les grignotent inexorablement. En un siècle, plus de la moitié de leurs zones humides ont disparu.

Immobile telle une souche, l’alligator semble prendre un bain de soleil. Mais à l’affût, il peut bondir aussi vite qu’un chat.
Immobile telle une souche, l’alligator semble prendre un bain de soleil. Mais à l’affût, il peut bondir aussi vite qu’un chat. - Jean-Claude Urbain

C’est pour tenter d’endiguer ces destructions qu’un parc national fut créé en 1947. Bien qu’il ne sanctuarise qu’un quart de la superficie totale des Everglades, il a déjà permis la restauration complète de nombreuses zones. Pour rétablir le flux naturel des eaux vers le sud, un chantier colossal de surélévation du Tamiami Trail a également été engagé. Cette route, reliant Miami à Tampa, traverse la réserve des Séminoles, d’où l’on peut embarquer pour des balades en airboat à travers les marais.

Avec leur fond plat et leur hélice aérienne, ces hydroglisseurs exercent une pression limitée sur l’écosystème. Mais évoluant à 60 km/h dans un boucan d’enfer, ils offrent plus une expérience de glisse qu’un réel contact avec la nature. Pour multiplier ses chances de rencontre avec la faune, mieux vaut s’enfoncer dans les entrailles du parc jusqu’à Flamingo. Dans ce bout du monde, des sentiers pédestres balisés permettent d’apercevoir des alligators par dizaines. On les imaginerait en train de chasser leurs proies à grands claquements de mâchoire. Ils passent en fait leur temps à se dorer la cuirasse au soleil. Comme les retraités de Miami, eux aussi doivent se dire qu’il est bon de faire de vieux os en Floride.

Y aller

La compagnie Air France programme un vol quotidien direct entre Paris et Miami. Comptez 10h de voyage. Les ressortissants français bénéficient d’une exemption de Visa pour un séjour aux États-Unis inférieur à 3 mois. Leur entrée sur le territoire américain est toutefois soumise à l’obtention d’une autorisation électronique, l’ESTA, à demander en ligne. Cette autorisation, qui coûte 21 dollars, est valable pendant deux ans.

Se loger

The Betsy est une icône de l’hôtellerie à South Beach. Sa grande façade blanche à colonnes contraste avec ses voisins Art déco d’Ocean Drive. On y dort dans un confort absolu, mais il est aussi agréable d'y flâner, sous le regard de Rosa et Betsy, les adorables chiennes du propriétaire Jonathan Plutzik. Ses espaces communs à l’ambiance chic et tropicale font la part belle à l’Art sous toutes ses formes : expositions d’œuvres photographiques et de peintures, musique Live, bibliothèque et chambre d’écrivains. Plus d’un millier d’auteurs ont déjà été accueillis ici en résidence. En 2016, Jonathan Plutzik a racheté son voisin, l’ancien hôtel Carlton dessiné par Henry Hohauser, l’un des architectes les plus prolifiques de la ville dans les années 1930. Les deux bâtiments forment désormais les deux ailes du Betsy qui sont connectées par une passerelle dissimulée dans une œuvre sphérique sensationnelle baptisée The Orb. La plage n’est qu’à quelques pas, mais l’établissement possède tout de même deux piscines, dont une sur son toit. Quant à la carte du restaurant, elle a été confiée au chef français Laurent Tourondel, dont les établissements new-yorkais font fureur.

À l’extrémité sud des Everglades, Flamingo Adventures propose des hébergements flambant neufs au sein du Flamingo Lodge. Aménagées dans des containers, les unités d’une ou deux chambres possèdent toutes leur kitchenette. Le site possède aussi un restaurant, un centre d’information, une supérette, un camping et des tentes de glamping isolées dans la prairie côtière. Des excursions en bateau et en canoë sont organisées pour explorer le labyrinthe aquatique de la mangrove, à la recherche des alligators et de lamantins.

Se restaurer

La gastronomie étant une composante essentielle de la culture, Miami Culinary Tours propose de découvrir les différents quartiers de la ville à travers leurs goûts. Le circuit gourmand élaboré à Little Havana, par exemple, alterne rencontres avec la communauté et pauses gourmandes le long de Calle Ocho. Chaque étape de la visite guidée est l’occasion de savourer une spécialité cubaine : infusion guarapo, churros, empanada de picadillo au bœuf, sandwich cubain au porc, pâtisserie pastelito de guayaba, café cubain, sans oublier le mojito.

En se « gentrifiant », Wynwood voit fleurir boutiques de créateurs et restaurants inventifs. Parmi ces derniers, Doya propose un voyage culinaire en Méditerranée orientale, à quelques pas des plus impressionnantes fresques du quartier. D’inspiration grecque et turque, sa cuisine fait la part belle aux produits de saison à travers des mezzés colorés et généreux.

Véritable institution maraîchère, Robert Is Here invite à faire une halte sur la route menant de Miami à la section sud des Everglades. Depuis 1959, ce point de vente familial de fruits exotiques n’a jamais cessé de fonctionner. Les petits enfants de Robert, qui ont repris les rênes, proposent de délicieux smoothies, milk shakes et marmelades à base de leurs propres de mangues ou des productions plus insolites de leurs voisins : sapote, carambole, fruit du dragon, goyave, jacquier, sapotille, tamarin, etc.

À voir

Au cœur de South Beach, The Wolfsonian est une des plus larges collections universitaires dédiées au design, à l’esthétique de la propagande et aux arts décoratifs. Les quelque 200.000 œuvres, meubles, objets et livres réunis ici par l’homme d’affaires Micky Wolfson racontent les relations étroites entre l’art, les contextes socio-politico-économiques et le quotidien. Le bâtiment du musée, conçu en 1927 dans le style Mediterranean Revival, et son hall d’entrée au fond duquel trône un sublime bassin Art déco valent à eux seuls le coup d’œil.

Pour découvrir la ville hors des sentiers battus, Miami Offroad propose depuis 2017 des visites en français, guidées par des expatriés passionnés, incollables et à l’affût des moindres nouveautés. Pour quelques heures, une journée ou un week-end, seul ou en petit groupe, à pied, à vélo ou en bateau, ces circuits originaux privilégient l’échange et la convivialité pour une expérience immersive à la découverte du Miami insolite. Une visite de Wynwood, par exemple, ne s’achèvera pas sans avoir laissé son graffiti personnel.

Renseignements

Le guide officiel des vacances en Floride contient toutes les ressources utiles pour organiser son voyage, ses visites et ses loisirs à travers les différentes parties de l’État, avec large section logiquement consacrée aux plages.