Queensland : Une plongée dans l’hémisphère sud, à la découverte du plus grand ensemble corallien de la planète
Australie•Du Sud au Nord, de Gold Coast à Townsville, le plus ensoleillé des États australiens alterne cités balnéaires et îles magnétiques, à quelques encâblures d’un trésor mondial : la Grande Barrière de corailJean-Claude Urbain
Reléguée Down Under, très loin « en bas du monde », l’Australie est aux antipodes de la morosité, au cœur de toutes les possibilités. Surnommée The Lucky Country, cette île-continent entretient toujours le rêve du pays à défricher. Les voyageurs qui s’y rendent sont animés par la même soif de découverte que les pionniers Anglais du XVIIIe siècle. Il est vrai que sa démesure est une promesse d’aventure lorsqu’on aime dévorer les kilomètres.
Préférant les plages périphériques aux brousses de l’Outback, les Aussies, comme ils s’appellent eux-mêmes, sont connus pour leur décontraction. Ils aspirent à une vie simple et heureuse, à l’image de ces marsupiaux dont leur pays à l’exclusivité : le kangourou, le wallaby et le koala. Ce n’est peut-être pas un hasard si ce dernier, le plus paisible de tous, vit principalement dans les forêts du Queensland.
Ce grand État, qui déroule 2.500 kilomètres de côte sous un soleil quasi-permanent, est un concentré d’Australie. De la frontière avec le New South Wales à Cape York, tout au nord, le Sunshine State possède une grande ville moderne : Brisbane, d’innombrables stations balnéaires et quelques îles paradisiaques encore bien préservées.
Au sud du Queensland, Gold Coast est la conurbation côtière la plus courue du pays. Son immense plage bordée de gratte-ciel, ses canaux, ses centres commerciaux et ses parcs à thème, lui donne des airs de Miami australe. Surfers Paradise est au cœur de cet ensemble davantage dédié à la bronzette et au shopping qu’aux sports de glisse. Des sites, comme le sanctuaire Currumbin, permettent tout de même de faire connaissance avec la culture ancestrale et la faune sauvage de l’État. Ponctuée de chants et de danses aborigènes, cette visite dévoile les richesses naturelles de sa forêt pluviale.
Le plus grand trésor du Queensland est, quant à lui, sous-marin. Pour l’admirer, il faut chausser ses palmes ! Proclamée « huitième merveille du monde » par les Australiens, et inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, la Grande Barrière de corail justifie à elle seule le voyage.
Fantasmagorie océanique
La ville de Cairns est le point de départ privilégié pour découvrir le plus vaste édifice naturel de la planète. À une quarantaine de kilomètres au large, un masque et un tuba suffisent pour s’étourdir de couleurs, de rayures, de tâches, de franges et de protubérances : poissons-anges, poissons-demoiselles, poissons-clowns, poissons-perroquets, poissons-machins et poissons-choses… On se perd dans ce capharnaüm ! Quelque 1.500 espèces de poissons ont été recensées autour de la Grande Barrière et, chaque année, on en découvre de nouvelles.
Sur les socles coralliens aux formes féeriques vivent aussi des éponges, des anémones, des éventails de gorgones, des crevettes et des langoustes, des tritons et des tortues, des serpents et des concombres de mer… Mais la Grande Barrière n’est pas seulement un refuge pour des milliards de créatures : c’est un superorganisme.
Le corail est le résultat d’une symbiose entre un polype, un animal microscopique de la famille des méduses, et une algue qui vit à l’intérieur de ses tissus. Leur union génère un squelette minéral qui protège l’ensemble. C’est l’accumulation de plusieurs générations de squelettes qui forme les récifs. Les coraux sont la patience des océans. Si certains datent de plusieurs millions d’années, la Grande Barrière, elle, est relativement jeune : « seulement » 15.000 ans.
Sa surface occupe 348.000 km² (soit les deux tiers de la France) le long de la côte du Queensland. Elle court sur plus de 2.000 km du sud au nord, sa largeur variant de 32 à 260 km. Bien que son nom laisse imaginer une paroi ininterrompue, la Grande Barrière de corail est un système complexe et fragile d’au moins 2.800 récifs. Seuls certains d’entre eux forment de véritables brisants. Derrière eux, des récifs plus petits, éparpillés à l’abri des vagues, sont propices aux balades sous-marines, et même, depuis peu, aux installations artistiques.
À deux heures en bateau de Townsville, le grand port du nord Queensland, le récent Museum of Underwater Art (MOUA) vise à promouvoir la conservation et la restauration de la Grande Barrière en attirant les plongeurs autour de structures monumentales et de statues servant de nurserie de corail.
Un secret bien gardé
Avec son antenne de la James Cook Universtity, Townsville est une référence en biologie marine. Mais touristiquement, hormis quelques jolis bâtiments coloniaux et une longue promenade ombragée en bord de mer, la ville vaut surtout pour son accès rapide à Magnetic Island. À seulement trente minutes de navigation, cette île hors des sentiers battus est un éden de verdure et de tranquillité.
On comprend pourquoi Stephen Rodan l’a choisi pour implanter son projet CHARM de ferme à corail robotisée. Une solution pour aider les coraux à résister aux défis climatiques est leur reproduction en laboratoire. L’ingénieur explique que son installation « booste la croissance de boutures en les nettoyant, en les alimentant et en les oxygénant ». Il offre aux visiteurs la possibilité de faire grandir leurs propres coraux sur des socles personnalisés, avant qu’ils ne soient déposés sur un récif en danger.
Jamais à court d’idée, Stephen souhaiterait aussi impliquer les athlètes des Jeux olympiques 2032 de Brisbane en leur proposant d’utiliser leurs médailles comme socles à boutures. Fidèle au légendaire style des Aussies, il effectue ses recherches en bermuda et chemise à fleurs. Ses journées, dédiées à l’étude et à l’élevage du corail, se terminent logiquement au plus près de la nature, sur un des sentiers côtiers aménagés autour de Magnetic Island, ou les pieds dans l’eau, dans une de ses vingt-trois baies.
Maggie, comme l’appellent affectueusement ses 2.500 habitants, est couverte de forêts d’eucalyptus, abritant plus de 160 espèces d’animaux. Dépourvue de route circulaire, l’île reste très sauvage. Les deux tiers de ses 52 km² sont classés en parc national. Les représentants de la faune locale les plus faciles à observer sont les adorables petits wallabies qui ont élu domicile entre les rochers de Geoffrey Bay. Les koalas sont beaucoup plus discrets. Il y en a pourtant près de mille sur l’île, ce qui représente une des plus grandes colonies d’Australie.
Balades en 4x4, en voilier, en kayak, mais aussi dégustation de bières locales, baignades et surtout farniente complètent le programme d’un séjour sur Maggie. Baptisée ainsi par l’explorateur James Cook, qui perdit le nord à son approche, Magnetic Island porte vraiment bien son nom. Impossible de résister à son pouvoir d’attraction !



















