Belize : Une exception culturelle et naturelle en Amérique centrale

Caraïbes Au cœur de l’ancien territoire maya, le Belize est une petite enclave anglophone en Amérique latine. Une étonnante diversité de peuples y cohabite, le long d’une des plus longues barrières de corail de la planète

Jean-Claude Urbain pour 20 Minutes
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Un survol en avion est la meilleure façon d admirer le Grand Trou Bleu. Un des dix sites les plus incroyables sur Terre selon Discovery Channel.
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Un survol en avion est la meilleure façon d admirer le Grand Trou Bleu. Un des dix sites les plus incroyables sur Terre selon Discovery Channel. — Jean-Claude Urbain

Assis au fond du canoë qui glisse en silence sur la rivière souterraine de Barton Creek, comment ne pas frissonner lorsque le faisceau de la lampe torche s’arrête sur un crâne pétrifié entre deux stalagmites ? Les sacrifices d’humains étaient fréquents dans la Méso-Amérique précolombienne. À l’instar des Mayas du Yucatán qui, pour invoquer les dieux de la pluie et du maïs, offraient leurs martyrs à des gouffres appelés cénotes, ceux du Belize faisaient couler le sang dans la pénombre des cavernes.

Haut de 40 mètres, El Castillo domine le site archéologique de Xunantunich, à l ouest du Belize.
Haut de 40 mètres, El Castillo domine le site archéologique de Xunantunich, à l ouest du Belize. - Jean-Claude Urbain

Ces rites déconcertants ne sont pas les seules énigmes que pose ce peuple aux visiteurs contemporains. Architectes de génie, obnubilés par le cycle des saisons, les Mayas ont élevé leurs temples sur des collines, non pas pour se rapprocher des dieux (dont le domaine est l’inframonde), mais pour observer la voûte céleste et tenir à jour leur calendrier.

C’est à l’ouest du pays que cette civilisation s’est épanouie. Durant la période « classique » qui s’étire du troisième siècle de notre ère jusqu’aux alentours de l’an 900, la cité de Xunantunich a prospéré à proximité de la rivière Belize. Noyé dans un océan de verdure, le site impressionne toujours par ses palais pyramidaux, comme l’emblématique El Castillo. Des réalisations d’autant plus prodigieuses que cette société ne connaissait ni le fer ni la traction animale !

Pour conjurer les difficultés climatiques à la fin du premier millénaire, 36 individus ont été sacrifiés dans la grotte de Barton Creek.
Pour conjurer les difficultés climatiques à la fin du premier millénaire, 36 individus ont été sacrifiés dans la grotte de Barton Creek. - Jean-Claude Urbain

Nous ignorons pourquoi, à la fin du premier millénaire, cette civilisation qui maîtrisait l’écriture, les mathématiques et l’astronomie s’est effondrée brutalement. Toutefois, la masse rurale de ce peuple n’a pas disparu avec la chute de ses élites. Leurs descendants vivent toujours aux confins du Guatemala, entretenant leurs traditions et leur langue. Ils seraient environ 36.500 Mayas au Belize, soit 11% de la population.

À San Antonio, les femmes de la communauté maya meulent toujours à la main le maïs de leurs tortillas.
À San Antonio, les femmes de la communauté maya meulent toujours à la main le maïs de leurs tortillas. - Jean-Claude Urbain

Un pays jeune et bigarré

Dans une ambiance typiquement caribéenne, le Belize déploie une extraordinaire panoplie d’ethnies. Annexé par la Couronne anglaise en 1862, le pays était nommé Honduras britannique jusqu’à son indépendance en 1981. Cette influence british reste palpable autour de la cathédrale anglicane de Belize City. Mais sur la côte, les villages ressemblent davantage à des repères de pirates. Le Belize, en effet, a longtemps attiré les flibustiers qui pillaient jadis les galions espagnols abimés sur les récifs.

La cathédrale anglicane St John a résisté à l ouragan qui dévasta Belize City en 1961. Belmopan est, depuis, la nouvelle capitale.
La cathédrale anglicane St John a résisté à l ouragan qui dévasta Belize City en 1961. Belmopan est, depuis, la nouvelle capitale. - Jean-Claude Urbain

Les loups de mer ont depuis laissé la place à une population très métissée. Si les Mestizos et les « Kriols » descendent de colons européens unis à des Mayas ou à des Noirs, les Garifunas sont les enfants d’Africains et d’autochtones Arawaks. L’histoire raconte que leurs aïeux furent les rescapés d’un navire négrier, échoué sur l’île de Saint-Vincent. Les Garifunas seraient ainsi les seuls Noirs du continent américain à n’avoir jamais connu l’esclavage. En arawak, leur nom signifie « mangeurs de manioc ». Véritables façons d’exprimer leur rapport au monde, leurs musiques, leurs danses et leur langue d’origine amérindienne ont été proclamées « Patrimoine culturel immatériel de l’humanité » par l’Unesco.

Ambiance baba cool dans les rues sablonneuses de Caye Caulker.
Ambiance baba cool dans les rues sablonneuses de Caye Caulker. - Jean-Claude Urbain

Deux communautés tranchent radicalement dans ce monde tropical. Les Chinois, qui ont mis la main sur les commerces de détail à force de travail et de discipline. Et les Mennonites, qui semblent avoir débarqué en Amérique centrale par un improbable tunnel spatio-temporel. Ces Blancs germanophones ont quitté l’Europe pour pouvoir pratiquer un protestantisme pur et dur.

Récusant les commodités de la modernité, ils ont trouvé au Belize leur terre promise. Aujourd’hui, toute la production de lait, de poulets et de meubles en acajou est entre leurs mains. Ils prospèrent donc, mais restent reconnaissables à leurs carrioles, leurs chapeaux de paille et leurs salopettes héritées d’une autre époque... Une austérité qui ne les empêche pas d’être hospitaliers. Car faire le bien est leur mission divine.

Bouteilles à la mer

Le Belize est une destination incontournable pour les amateurs plongée. Et pour cause : la barrière de corail méso-américaine est la plus grande du monde après l’australienne ! Baignés dans une eau chaude et limpide, les îlots de mangrove appelés cayes sont des camps de base hauts en couleurs pour les voyageurs en quête d’émotions sous-marines.

Inutile d’être un plongeur expérimenté pour tenter l’aventure. Un incroyable spectre de couleurs se révèle aux nageurs équipés d’un masque et d’un tuba : coraux exubérants, gorgones éventails, corallines et algues, mais aussi lamantins, raies, crabes et profusion de poissons multicolores se succèdent en de gracieux ballets à fleur d’eau.

Requins nourrices et raies pastenagues évoluent autour des nageurs sur le spot de Shark Ray Alley.
Requins nourrices et raies pastenagues évoluent autour des nageurs sur le spot de Shark Ray Alley. - Jean-Claude Urbain

Accessible depuis Ambergris Caye (San Pedro) ou Caye Caulker, la réserve marine de Hol Chan est un spot protégé et facile d’accès. Son herbier est notamment prisé des tortues qui s’en régalent sans se soucier de leurs drôles de visiteurs.

Le site de Shark Ray Alley concentre, quant à lui, un nombre impressionnant de requins-nourrices. Les guides locaux ont pris l’habitude de les appâter autour des touristes. Mais il suffit de s’éloigner un peu des bateaux pour les voir évoluer en toute liberté. De retour sur leur Caye pour partager leurs expériences, les plongeurs se félicitent de leur sortie du jour. Tous n’ont pourtant qu’un fantasme : The Great Blue Hole.

La cité balnéaire de San Pedro est le principal point de départ pour les plongées sur le récif.
La cité balnéaire de San Pedro est le principal point de départ pour les plongées sur le récif. - Jean-Claude Urbain

Désigné par le commandant Cousteau comme l’un des dix sites marins les plus passionnants au monde, ce Grand Trou Bleu est un étonnant gouffre parfaitement circulaire, mesurant 300 mètres de diamètre pour 125 de profondeur. Vu d’avion, ce miracle géologique ressemble à une perle émeraude sertie de corail blanc. Il s’est formé au cours de la dernière période glaciaire, suite à l’effondrement d’une cavité, de la même façon que les cénotes du Yucatán. Mais à la différence de ces derniers, aucun Maya jamais n’a été sacrifié ici. On n’y trouve que des poissons.

Y aller

Il est nécessaire de transiter par l’Amérique du Nord pour atteindre l’aéroport international du Belize. Si le pays a levé l’obligation de présenter un test Covid négatif pour les voyageurs entièrement vaccinés, ce n’est pas encore le cas des États-Unis. La souscription d’une assurance voyage bélizienne à 17 € est également exigée.

Les petits avions de la compagnie domestique Tropic Air permettent de circuler rapidement entre les îles et proposent de survoler le Grand Trou Bleu.

Se loger

Victime de son succès auprès des touristes nord-américains, le Belize manque parfois d’infrastructures hôtelières. Il est donc vivement recommandé de réserver son logement à l’avance. Le Barefoot Caye Caulker Hotel et le Ramon’s Village Resort de San Pedro sont deux établissements confortables et très bien situés sur leurs îles respectives. Le second possède son centre de plongée pour partir vers le récif dès la sortie de son bungalow.

Dans la région maya de Cayo, le San Ignacio Resort est un havre pour se ressourcer après la visite des sites archéologiques. Cet hôtel de charme, qui a récemment reçu la famille royale anglaise, offre des prestations haut de gamme dans un environnement de forêt préservée. En ouvrant leurs fenêtres, les convives ont de fortes chances d’apercevoir quelques toucans ou iguanes. Ces derniers bénéficient d’ailleurs d’un centre de soins dans le parc de l’hôtel. Très impliqué pour sa communauté, le San Ignacio Resort propose des ateliers de cuisine maya, des visites culturelles et ludiques à travers la région, et des sorties nocturnes à la recherche de l’adorable mammifère arboricole appelé kinkajou.

Renseignements

Activité nautiques, visites culturelles, découvertes naturelles… Le site officiel Travel Belize permet de se familiariser avec toutes les facettes de la destination.