Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Au Japon, sur les traces des premiers empereurs

Japon ancestral : à la découverte des mythes fondateurs de l’empire nippon

PAYS DU Soleil levantDu littoral de Kyushu aux splendeurs du Kansai, le pays de tous les fantasmes futuristes révèle un visage inattendu, nimbé de légendes féodales
Jean-Claude Urbain

Jean-Claude Urbain

Intronisé en 2019 après l’abdication de son père, Naruhito est le 126e empereur du Japon. Ce souverain représente non seulement l’ultime dynastie impériale du monde, mais aussi la plus vénérable de toutes les familles régnantes. Ses origines s’enracinent, en effet, dans la Genèse du pays. À des rizières et des rizières des mégalopoles frénétiques, un Japon mythologique existe toujours : le Japon des légendes shinto, réunies au début du VIIIe siècle dans le Kojiki et le Nihon shoki.

Ces deux recueils font de la déesse de la Lumière, Amaterasu, la figure centrale d’une cosmogonie très complexe. Pour simplifier : Amaterasu est la fille d’un couple primordial correspondant à nos Adam et Ève. Avec elle, le soleil se leva pour la toute première fois sur le Japon. Cette légende prend corps sur l’île de Kyushu, au sud de l’archipel. Car c’est ici que Ninigi, le petit-fils d’Amaterasu, débarqua pour prendre en main les affaires de la terre.

Un sentier côtier bordé de lanternes conduit au temple Udo, dans la caverne où commence le chapitre terrestre des légendes shinto.
Un sentier côtier bordé de lanternes conduit au temple Udo, dans la caverne où commence le chapitre terrestre des légendes shinto. - Jean-Claude Urbain

Un voyage à la découverte du Japon ancestral commence donc nécessairement sur Kyushu par la côte de Nichinan, où une caverne dissimule l’Udo-jingu. Surplombant l’immensité de l’océan, ce sanctuaire confidentiel est le lieu de naissance d’Ugayafuliaezu, fils du dieu Ninigi et père de Jinmu, le premier empereur nippon. L’histoire du pays commence très officiellement, ou plutôt très mythologiquement, avec l’intronisation de ce dernier, le 11 février de l’an 660 avant notre ère.

En plus d’être associé à un personnage légendaire du culte shinto, chaque sanctuaire est pourvoyeur de bénéfices. Comme celui d’Udo, le sanctuaire d’Aoshima est réputé porter chance aux amoureux. La superbe route côtière, qui serpente entre collines touffues et strates de roche spectaculaires, conduit les couples jusqu’à la petite île où se cachent peut-être les clés de leur bonheur. Dans un pays où tout est codifié, prier suppose aussi un mode d’emploi : lancer d’abord une petite pièce, s’incliner deux fois, taper deux fois dans ses mains, s’incliner encore. Et le vœu est expédié.

Perpétuée à Nara dans la boutique Nakagawa Masashichi, la cérémonie du thé est un rituel très codifié, basé sur les principes du zen.
Perpétuée à Nara dans la boutique Nakagawa Masashichi, la cérémonie du thé est un rituel très codifié, basé sur les principes du zen. - Jean-Claude Urbain

Troisième des quatre îles principales du Japon par sa taille, Kyushu est baignée par un courant chaud bien connu des surfeurs. Sur la plage dorée d’Aoshima, les rouleaux parfaits, les palmiers longilignes et les terrasses ensoleillées ont des accents californiens. Ce paysage de carte postale est pourtant bien une terre ancestrale. À quelques kilomètres de là, autour de Miyazaki, des fouilles archéologiques ont révélé les plus anciens artefacts du pays.

Le quotidien des Japonais, quant à lui, est toujours gouverné par des traditions dont les origines se perdent dans la nuit des temps. Chaque salut, chaque bain, chaque repas, chaque gorgée de thé portent l’empreinte de gestes immémoriaux. Introduit dès les premiers âges, le koji est un champignon qui donne toute sa saveur au Japon à travers la soupe miso, la sauce soja et le saké, « la boisson des dieux ». Il permet aussi la fermentation du shochu, l’autre alcool emblématique du pays, qui a les faveurs des milliers de bars que compte Miyazaki.

Vue sur le village pittoresque d’Asuka, premier site de sédentarisation du pouvoir impérial.
Vue sur le village pittoresque d’Asuka, premier site de sédentarisation du pouvoir impérial. - Jean-Claude Urbain

L’épopée impériale vers le Kansai

Porté par la mission divine d’unifier le pays, Jinmu quitta Kyushu pour le Kansai, dans la partie centrale de la grande île d’Honshu. C’est là, dans la plaine fertile de Yamato, que la dynastie régnante du Japon s’imposa pour de bon. Édifié en 1890 sur le site même où, selon la légende, le descendant de la déesse Amaterasu accéda au trône, le sanctuaire de Kashihara incarne la continuité du pouvoir impérial depuis ses origines mythologiques.

Toutefois, à partir du VIe siècle, le pouvoir se déplaça vers la région voisine d’Asuka. En effet, dans le culte shinto, des tabous relatifs à la mort imposaient à la cour de déménager après le décès de chaque empereur. Mais ce nomadisme cessa sous l’influence culturelle du bouddhisme. Asuka, qui est aujourd’hui un petit village au charme irrésistible, représente la sédentarisation du pouvoir féodal et l’adoption de cette nouvelle religion, avec la construction du premier temple bouddhiste en 596. À l’intérieur, se trouve la plus ancienne statue de Bouddha du pays.

Haut de 15 mètres, le Bouddha abrité dans le temple Todai-ji de Nara est une des plus grandes statues en bronze du monde.
Haut de 15 mètres, le Bouddha abrité dans le temple Todai-ji de Nara est une des plus grandes statues en bronze du monde. - Jean-Claude Urbain

Le titre de première capitale du Japon revient cependant à Nara. C’est là, au cœur du Kansai, qu’a véritablement infusé la culture japonaise. Au VIIIe siècle, l’absorption d’idées venues de Chine et de Corée bouscula tous les domaines de la société, du gouvernement aux arts en passant par la gastronomie et l’architecture. Inspirée des cités chinoises à plan orthogonal, Nara possède à elle seule huit sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco.

Le plus spectaculaire d’entre eux est le temple Todai-ji. La salle Daibutsu-den, qui abrite la gigantesque statue du Bouddha « Protecteur suprême de la nation », est le plus vaste édifice en bois du monde. Et encore… Reconstruit en 1709, il ne représente que les deux tiers de la structure originelle ! Le mystère de sa conservation réside dans une science millénaire de l’architecture en bois. Au fil des siècles, des assemblages de plus en plus savants ont conféré souplesse et résistance à des structures totalement dépourvues de clou. Ainsi, comme les bambous, les temples japonais ploient, mais ne cassent pas.

Les cerfs sacrés du parc de Nara sont si gourmands qu’ils viennent chercher leurs friandises jusque dans les poches des visiteurs.
Les cerfs sacrés du parc de Nara sont si gourmands qu’ils viennent chercher leurs friandises jusque dans les poches des visiteurs. - Jean-Claude Urbain

Conscients de l’impermanence de l’existence et volontiers poètes, les Japonais se délectent du cycle des saisons et de la beauté éphémère de la nature qu’ils mettent en scène dans d’immenses parcs. Créé en 1880, celui de Nara est le domaine de quelque 1.200 cerfs sikas, jadis considérés comme les messagers des dieux. Élevés au rang de « Trésors nationaux », ces cervidés peu farouches font le bonheur des touristes qui les nourrissent de shika-sembei, des biscuits spécialement conçus pour eux. En lisière du parc, le sanctuaire Kasuga-taisha fondé au VIIIe siècle est, quant à lui, célèbre pour ses 3.000 lanternes de pierre et de cuivre, qui s’illuminent chaque début février et mi-août depuis plus de mille ans.

Le statut de capitale permanente n’excéda cependant pas 75 ans à Nara. L’influence croissante du clergé bouddhiste sur la scène politique poussa l’empereur Kanmu à éloigner le cœur du pouvoir vers Heian-kyo, l’actuelle Kyoto. La maison impériale y demeura jusqu’en 1868. Mais cela, c’est une autre histoire… Un autre voyage.

Y aller

L’aéroport international du Kansai est situé sur une île, à 45 minutes en train express de Namba, au cœur de la grande ville ultramoderne d’Osaka. De là, une connexion est nécessaire pour rejoindre Nara, en 40 minutes. Les ressortissants français n’ont pas besoin de visa pour un séjour au Japon inférieur à 90 jours. Pour accélérer les formalités à l’arrivée, il est tout de même conseillé d’obtenir un QR Code en renseignant ses informations de voyage en ligne.

Se loger

Notre sélection d’hébergements sur la route du Japon ancestral : à Aoshima, sur la côte ensoleillée de Kyushu, l’ANA Holiday Inn pour ses tarifs contenus et sa vue spectaculaire sur l’océan. À quelques pas de là, les pieds sur le sable, Not A Hotel Aoshima, pour la discrétion, les équipements high-tech et l’exclusivité de ses vastes appartements. À Miyazaki, The Meiba, conçu par l’architecte Kengo Kuma, pour la sérénité de son atmosphère à proximité du centre-ville. À Asuka, l’auberge Branchera Villa pour ses appartements aménagés dans une vénérable résidence aux jardins zen. À Nara, le Nipponia Naramachi installé dans une ancienne brasserie de saké, pour une immersion dans le Japon traditionnel. Ou le Shisui, un hôtel The Luxury Collection, pour l’excellence de sa table et son emplacement exceptionnel dans le parc de Nara.

Renseignements

Toutes les informations utiles pour préparer son voyage autour de Miyazaki et de Nara sont réunies sur leurs portails Internet respectifs.