Quelle devrait être la tendance de recrutement du secteur public en 2026 ?
Nouvelles attentes•Si les recrutements publics se poursuivent, les conditions évoluent. En 2026, attractivité, budget et attentes des candidats rebattent les cartesFostine Carracillo pour 20 Minutes
L'essentiel
- L’emploi public continue de progresser en France, avec 32.800 agents supplémentaires recrutés en 2024 selon l’Insee, prolongeant une tendance installée depuis plus de vingt ans.
- Derrière cette hausse, le secteur fait face à des tensions croissantes, notamment dans les collectivités.
- En 2026, la fonction publique devrait donc continuer à recruter, mais dans un contexte plus fragile, marqué par un recours accru aux contractuels et des méthodes de recrutement en pleine évolution.
Bien réelle, la progression de l’emploi public se poursuit en France. Selon les dernières données publiées par l’Insee, 32.800 agents supplémentaires ont été recrutés en 2024, soit une hausse de 0,6 %, portant les effectifs à 5,9 millions. Une croissance moins spectaculaire qu’en 2023, mais qui confirme une tendance installée depuis plus de vingt ans. En 2026, le sujet n’est donc plus de savoir si la fonction publique va recruter, mais comment elle va s’y prendre. Derrière ces chiffres, le secteur change de visage et affiche des besoins persistants, des tensions de recrutement et de nouvelles attentes des candidats.
Une progression continue de l’emploi public
La trajectoire est claire et documentée. Selon les données agrégées par l’Insee et les analyses du site Fipeco, plus d’un million d’agents publics ont été recrutés en France depuis la fin des années 1990, soit une hausse de 24 %, bien supérieure à celle de la population sur la même période. L’année 2024 s’inscrit dans cette tendance longue, même si la progression ralentit.
Cette croissance s’explique par des besoins structurels qui n’ont cessé de se renforcer. Les services publics ont été sollicités sur tous les fronts, qu’il s’agisse de répondre aux attentes territoriales, de renforcer les missions régaliennes ou de faire face à des crises majeures comme celle du Covid-19. Malgré des objectifs récurrents de réduction des effectifs, les gouvernements successifs n’ont jamais réellement inversé la courbe. Les premières estimations de l’Insee pour 2025 laissent d’ailleurs entrevoir une nouvelle hausse, autour de +18.000 agents, confirmant que la tendance devrait se prolonger en 2026.
Des trajectoires différentes selon les trois fonctions publiques
Derrière cette progression globale, les logiques diffèrent selon les trois fonctions publiques. Toujours d’après l’Insee, l’État reste le principal moteur des recrutements, avec plus de 20.700 agents supplémentaires en 2024, notamment dans des secteurs comme la défense ou la justice. Ces choix traduisent des priorités politiques assumées.
La fonction publique territoriale présente, elle, un profil plus complexe. Sur le long terme, c’est le versant qui a le plus progressé, avec près de 588.000 agents supplémentaires entre 1997 et 2023, soit une hausse de 46 %. Mais à court terme, les collectivités font preuve de prudence. Le baromètre HoRHizons publié début 2026 indique que seuls 43 % des employeurs territoriaux envisagent de recruter, contre 51 % un an plus tôt. Entre contraintes budgétaires, hausse des coûts salariaux et calendrier électoral, les recrutements pourraient être temporairement ralentis en 2026.
Une crise d’attractivité désormais centrale
Si les besoins restent importants, la principale difficulté est ailleurs. Les tensions de recrutement sont devenues structurelles, en particulier dans la fonction publique territoriale. Selon le baromètre HoRHizons 2026, 61,5 % des employeurs territoriaux déclarent rencontrer des difficultés de recrutement, un chiffre en nette hausse par rapport à 2025.
Cette situation s’explique par plusieurs facteurs. Le vieillissement des effectifs entraîne une multiplication des départs à la retraite, tandis que le nombre de candidats diminue. France Stratégie soulignait déjà en 2024 une baisse de 20 % du nombre de présents aux concours externes depuis le début des années 2010. Par ailleurs, la question salariale reste déterminante. D’après le rapport annuel sur l’état de la fonction publique, le salaire net moyen s’élevait à 2.652 euros dans le public en 2023, contre 2.735 euros dans le privé, avec un écart encore plus marqué dans la fonction publique territoriale.
Au-delà des chiffres, c’est aussi le rapport au travail qui évolue. La sécurité de l’emploi, longtemps perçue comme un atout majeur, ne suffit plus à attirer. Les jeunes générations attendent davantage de flexibilité, de sens et de perspectives d’évolution, des critères sur lesquels le secteur public peine encore à convaincre.
Le rôle croissant des contractuels
L’un des marqueurs les plus forts de cette transformation est la montée en puissance des contractuels. Selon l’Insee, leur nombre a progressé de 2,6 % en 2024, avec près de 35.900 recrutements supplémentaires, alors que les effectifs de titulaires sont restés quasi stables. Ils représentent désormais environ 24 % des agents publics, contre 16 % en 2014.
Ce recours accru répond à une double contrainte. D’un côté, les concours attirent moins, laissant certains postes vacants. De l’autre, les employeurs publics doivent gagner en réactivité pour recruter des profils spécifiques, notamment dans le numérique, la santé ou les fonctions techniques. Les contractuels offrent cette souplesse, mais au prix d’un turn-over plus élevé. En moyenne, ils restent environ quatre ans dans la fonction publique, ce qui fragilise la continuité des compétences. En 2026, cette tendance devrait se poursuivre, confirmant une évolution progressive du modèle de recrutement public.
Des stratégies de recrutement en pleine mutation
Face à ces difficultés, les employeurs publics sont contraints de revoir leurs pratiques. Selon le baromètre HoRHizons 2026, 61,5 % des collectivités déclarent rencontrer des difficultés de recrutement, tandis qu’une étude du CNFPT publiée en 2023 indique que 64 % identifient au moins un métier en tension. Le constat est partagé : la fonction publique ne peut plus se reposer sur ses seuls fondamentaux.
Les stratégies évoluent donc rapidement. Les collectivités cherchent à mieux valoriser leurs métiers, à simplifier les processus de recrutement et à améliorer l’expérience candidat. La digitalisation des procédures, la diversification des canaux de diffusion et le développement d’une véritable marque employeur deviennent des leviers incontournables. Dans certains cas, l’adoption d’outils de gestion des candidatures peut contribuer à raccourcir les délais de recrutement.
Cette transformation ne se limite pas aux outils. Elle implique aussi une évolution culturelle, avec une attention accrue portée aux conditions de travail, à la formation et à la fidélisation. Le recrutement ne s’arrête plus à l’embauche : il s’inscrit dans une logique plus globale de parcours professionnel.
Une tendance à la hausse, mais sous tension
En 2026, la fonction publique devrait donc continuer à recruter, portée par des besoins structurels et des départs massifs à anticiper. Mais cette hausse s’inscrira dans un contexte plus fragile qu’auparavant. Entre contraintes budgétaires, concurrence du secteur privé et transformation des attentes professionnelles, le recrutement public devient un exercice d’équilibre.
Les projections du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan indiquent par exemple que 36 % des agents territoriaux en poste en 2019 auront quitté leurs fonctions d’ici à 2030. Autrement dit, les besoins de remplacement resteront élevés, quels que soient les arbitrages politiques. La tendance de recrutement du secteur public en 2026 devrait ainsi conjuguer une hausse des effectifs et des difficultés persistantes à attirer, révélant un secteur en expansion, mais sous pression constante.



















