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IPTV, VPN, Arcom… Comment s’organise la lutte contre le piratage en France ?

« La Ligue 1 est la première compétition touchée »… Comment s’organise la lutte contre les matchs piratés en France ?

money money moneyL’association pour la protection des programmes sportifs organisait un forum, ce lundi, en présence de Javier Tebas, le président de la Ligue espagnole de football
La Ligue 1 est-elle condamnée au piratage ?
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Le piratage des contenus sportifs représente une menace majeure pour l’économie du sport en France, avec, par exemple, 59 % des fans de football ayant regardé la Ligue 1 via des moyens non officiels en 2025-2026.
  • L’Arcom a bloqué 15.200 noms de domaines sportifs depuis 2021 et a constaté une baisse de 34 % de la consommation de contenus illégaux, mais les procédures de blocage restent trop lentes.
  • L’Espagne est érigée en modèle de lutte contre le piratage grâce à son système de blocage dynamique qui permet d’agir en trois minutes et de bloquer environ 30.000 adresses IP par journée de championnat.

Pardonnez-nous mon Père, car nous avons péché. Il nous est tous arrivés, un jour, de chercher un lien sur des sites Internet plus ou moins obscurs pour regarder en streaming le match de notre équipe préférée. Et on n’est pas les seuls. Selon une enquête Ipsos menée par la LFP en février dernier, 59 % des fans de football ont regardé la Ligue 1 via des moyens non officiels sur la saison 2025-2026. C’est beaucoup. Trop.

A l’image de la Ligue de football professionnel, tous les acteurs du sport, les diffuseurs, les autorités publiques sont mobilisés, dans la lignée de la proposition de loi des sénateurs Laurent Lafon (UDI) et Michel Savin (LR) relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel, pour tenter de mettre fin au piratage. Et le forum organisé ce lundi matin par l’association pour la protection des programmes sportifs (APPS) au Tenniseum de Roland-Garros allait dans ce sens. Avec un objectif : protéger le modèle du sport français.

Quatre milliards de vues via le piratage lors des JO 2024

Streaming, VPN, IPTV, Peer-to-peer… Selon Douglas Lowenstein, directeur juridique à LFP Medias, le manque à gagner s’élèverait à plusieurs centaines de millions d’euros, alors que la L1 est la compétition la plus piratée en France, largement devant la Ligue des champions et la Premier League. « La baisse des droits TV qui découle du piratage impacte en premier chef les clubs de football professionnel qui se retrouvent dans l’obligation de vendre des joueurs, a-t-il assuré. Cela va nuire sur la durée à l’attractivité de la compétition et représente un risque existentiel pour le foot dans son ensemble. »

Pendant les JO 2024 à Paris, France Télévisions a recensé 2.950 sites pirates, 232.000 liens pirates en live, pour un total de quatre milliards de vues sur différentes plateformes. Un manque à gagner énorme au niveau audience et revenus publicitaires. « Sur les plateformes illégales, les lives sportifs, en streaming et IPTV, on n’a pas les outils efficaces en France, déplore David Grégorio, responsable de la cellule anti-piratage du groupe. On espère que les choses vont évoluer. »

L'IPTV est au centre des préoccupations des acteurs du monde du sport.
L'IPTV est au centre des préoccupations des acteurs du monde du sport. - Yassine Mahjoub/SIPA

Alors, comment lutter face à ce phénomène ? La Ligue a réussi à obtenir des premiers blocages préventifs de services IPTV en 2022, même chose à l’encontre des services VPN, de moteurs de recherche ou des systèmes de noms de domaine (DNS) alternatifs en 2025, mais cela reste trop peu face à une véritable industrie, parfois en lien avec le grand banditisme. Les autorités, avec l’Arcom à la baguette, se démènent comme ils peuvent, malgré des moyens limités.

Des problèmes de temps pour bloquer

L’année dernière, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique indique avoir bloqué 15.200 noms de domaines depuis 2021 et note une baisse de 34 % de la consommation de contenus illégaux sur la même période grâce à un durcissement de la lutte anti-piratage. Des chiffres en nette croissance, qui se heurtent cependant à la réalité du terrain, puisque les démarches entraînant le blocage mettent généralement du temps.

« Après chaque diffusion, les ayants droit peuvent transmettre les adresses des nouveaux sites, des nouveaux services pirates qui ont utilisé les droits de leur compétition, détaille Pauline Combredet-Blassel, directrice générale adjointe de l’Arcom. Des procès-verbaux doivent être réalisés pour constater que le service est bien illicite avant d’en demander un blocage. . On est capable de mener à bien cette procédure en quatre heures quand l’urgence l’impose. Mais, en général, c’est une procédure qui dure à peu près une semaine. »

Javier Tebas, le président de la Ligue espagnole de football, ce lundi à Roland-Garros.
Javier Tebas, le président de la Ligue espagnole de football, ce lundi à Roland-Garros. - A. Huot / 20 Minutes

Loin, très loin, de ce que peut faire la Liga, en Espagne, érigée en modèle de lutte contre le piratage, grâce à des moyens solides (12 millions d’euros investis et une équipe de 25 personnes dédiées à ce combat). « Il y a quatre ans, je n’avais aucune idée de ce qu’était le piratage, aujourd’hui ça représente plus de la moitié de ma journée de travail », a expliqué Javier Tebas, le président de la Ligue de football professionnel espagnole, invité du forum.

L’Espagne, un modèle à suivre

« En Espagne, nous avons eu de magnifiques résolutions judiciaires en décembre 2024, qui nous ont permis d’aller directement de la Liga à l’attaque du piratage, et de permettre un blocage, dynamique, pendant les événements en direct. C’est ça qui est le plus efficace. En France, c’est différent, le blocage est plus lent, ça doit passer par l’Arcom avant. » Selon l’instance espagnole, le piratage représenterait un manque à gagner de 600 à 700 millions d’euros.

« Il y a trois ans, on a dû convaincre, non pas les politiques, mais les juges et la justice en premier qu’il y avait des mesures à prendre sur la propriété intellectuelle, avec un travail juridique profond, a repris le dirigeant. On a dû les persuader avec la propriété intellectuelle et audiovisuelle. Il fallait aussi convaincre les grands acteurs audiovisuels en Espagne. Leur collaboration est essentielle. »

Grâce à un énorme travail de traçabilité, de preuves récupérées, de localisation des adresses IP, un blocage peut survenir en trois minutes. Lors de chaque journée de championnat, environ 30.000 adresses IP sont bloquées, dont environ un tiers d’IPTV. Et hors de question de se relâcher.

« La technologie utilisée par les pirates est de très haute qualité, reprend Javier Tebas. Ils changent d’une IP à une autre IP rapidement. On utilise l’IA pour anticiper les choses. La vitesse de réaction contre ces flux, c’est clé dans l’organisation et dans la lutte contre le piratage. » Selon lui, depuis que le système de blocage dynamique a été mis en place, le nombre de contenus illicites a diminué de 60 %.

La France n’a pas fixé encore d’objectifs chiffrés, mais espère avec une inscription de la loi dans les prochains mois, revenir en « première division de la lutte contre le piratage », conclut Xavier Spender, président de l’APPS. Avec cette loi, un délit de piratage serait notamment créé et les procédures de blocages seraient simplifiées. Avec l'espoir, en bout de chaîne, de revaloriser le football français à son juste prix auprès des diffuseurs.