« Le macareux est roi en Islande » : On a testé le birdwatching, activité en plein boom auprès des jeunes et des novices
piou-piou•Le birdwatching n’est plus réservé à une niche (hihi), séduisant jeunes et novices, au point de devenir une activité touristique à part entière. On a tenté l’expérience en Islande, le paradis des oiseauxChristelle Pellissier
L'essentiel
- Le birdwatching, autrefois réservé à une niche, séduit désormais massivement la Gen Z, avec un boom de plus de 1.000 % chez les 16-29 ans au Royaume-Uni depuis 2018.
- 20 Minutes est parti en Islande pour expérimenter cette activité en plein essor, et observer plus spécifiquement des macareux.
- « Beaucoup de touristes viennent essentiellement pour les oiseaux, surtout les macareux », explique Franklin, guide touristique, qui accompagne adultes et enfants à la découverte de cette activité.
«Je ne joue pas sur mon smartphone, je vérifie ma caméra pour oiseaux. » Emmy, la vingtaine, est une adepte du birdwatching, autrement dit de l’observation des oiseaux. Une passion qu’elle partage avec ses quelque 20.000 abonnés sur TikTok, en immortalisant chacune de ses découvertes via la mention « new bird unlocked » (« nouvel oiseau débloqué »), comme le ferait une gameuse à chaque niveau d’un jeu vidéo.
Autrefois réservée à une niche, cette activité séduit désormais la Gen Z, comme en témoignent les quelque 600.000 publications épinglées sous le hashtag #birdwatching sur le réseau social. Au Royaume-Uni, près de 750.000 ados et adultes âgés de 16 à 29 ans disent passer régulièrement du temps à observer les oiseaux, d’après une étude de The Royal Society for the Protection of Birds (RSPB), relayée par The Guardian. Soit un boom de plus de 1.000 % depuis 2018.
L’Islande, « un terrain de jeu exceptionnel »
Pour observer la tendance (et les oiseaux) de plus près, 20 Minutes a embarqué dans une expédition, sur invitation de la plateforme dédiée aux expériences de voyage GetYourGuide. Car le phénomène n’a pas échappé aux professionnels du tourisme, de plus en plus nombreux à proposer des activités de birdwatching, voire des séjours ornithologiques. La pratique apparaît même dans la « Hidden Trends List 2026 » de GetYourGuide, qui y voit un « besoin croissant de se reconnecter avec la nature ». Direction l’Islande donc, « un terrain de jeu exceptionnel » pour ce type de loisirs.
Rendez-vous est pris en juin pour passer une journée à scruter le moindre battement d’ailes des oiseaux les plus mignons du monde, les macareux. On s’imagine déjà en tenue de camouflage, dissimulé dans un buisson, paire de jumelles en mains, à attendre que l’oiseau marin pointe le bout de son bec rouge orangé. Il n’en sera rien, la panoplie de l’ornithologue en herbe se résume en réalité à des « vêtements chauds », des « lunettes de soleil », et des « chaussures de randonnée ». Davantage de quoi faire face à la météo (capricieuse) islandaise qu’à la traque visuelle du macareux.
« Beaucoup de touristes viennent essentiellement pour les oiseaux »
L’arrivée à Reykjavik se fait la veille de l’activité. Dans les rues de la capitale, les macareux, symboles de l’Islande, sont rois, tant dans les magasins de souvenirs que dans… les restaurants. Un poil (une plume) déstabilisant de s’apercevoir que ces zozios mignons tout plein, peuvent (aussi) être consommés, mais force est de constater qu’ici, ils sont bel et bien partout. « Beaucoup de touristes viennent essentiellement pour les oiseaux, surtout les macareux », explique Franklin, le guide aux commandes de cette journée découverte. « C’est l’un des rares endroits au monde où on peut en voir autant. »
C’est sur les îles Vestmann, plus précisément sur Heimaey, à près de 2 heures en voiture de la capitale, puis 30 minutes de ferry, que l’expérience débute (vraiment). « Pour observer les oiseaux, il faut aller dans des endroits bien spécifiques et attendre patiemment pour les voir », indique Franklin. Une « approche plus en retrait », selon lui, en comparaison avec un circuit touristique classique qui nécessite d’avaler des kilomètres pour voir un maximum de choses.
« Il y en a partout ! »
Un minibus attend sur le parking du port. Après un court trajet, nous voilà (enfin) arrivés. Un petit sentier de randonnée mène jusqu’au graal où la magie opère en un quart de seconde. D’abord, parce que le site (Storhöfoi, au sud de l’île) est spectaculaire, entre verdure, falaises, océan et volcans. Ensuite, parce que les macareux se comptent par dizaines. Pas besoin de patienter, donc. « Il y en a partout ! », se réjouit l’unique enfant du groupe. Les adultes, de tous âges, ne sont pas en reste. « C’est incroyable ! », « c’est trop beau », « il y en a là, et aussi là », peut-on entendre au milieu des crépitements des appareils photo munis pour la plupart d’un téléobjectif.
« Le birdwatching ne nuit en rien à l'environnement de l'oiseau, à condition de faire les choses correctement. L'Islande dispose de sentiers de randonnée dédiés qui vous mènent aux zones où se trouvent les oiseaux. Il ne faut pas aller au-delà de ce que le gouvernement autorise. »
Certains touristes se réfugient dans l’unique abri qui surplombe la falaise - Storhöfoi est considéré comme l’endroit le plus venteux d’Europe. Mais, peu importe le vent, la pluie et le froid, pas question de prendre le risque de louper une miette de ce spectacle. Le ballet des macareux est incessant. Ils s’envolent, plongent dans l’océan, reviennent, se posent à quelques mètres des touristes. C’est juste fou. Il est bien évidemment interdit de s’approcher, de les toucher ou de les nourrir, mais les observer semble - largement - satisfaire les touristes présents. Chacun tente d’ailleurs de grappiller quelques minutes supplémentaires quand vient l’heure du départ.
Des points d’observation (presque) partout en Islande
La journée se poursuit avec la visite du musée Eldheimar, qui documente l’histoire de l’éruption de 1973 sur l’île d’Heimaey, du site historique de Skansinn et du sanctuaire des bélugas, ainsi que l’ascension du mont Eldfell. Au final, l’observation des macareux n’aura duré qu’une trentaine de minutes. Un peu décevant pour le touriste venu spécialement admirer ces oiseaux marins. Mais les novices peuvent, eux, se réjouir d’avoir goûté à cette expérience unique, sans perdre une miette du reste de l’île.
« Il faut bien sûr laisser les oiseaux tranquilles. Mais les touristes qui font du birdwatching sont équipés de jumelles; ce qui permet justement de les observer à distance sans leur nuire. »
Les grands amateurs de birdwatching peuvent, s’ils le souhaitent, arpenter l’Islande en voiture à la recherche de ces peluches vivantes. Si Storhöfoi abrite l’une des plus grandes colonies de macareux, les points d’observation restent nombreux : les îles de Lundey et Akurey, près de Reykjavik, les îles de Grimsey et Drangey au nord de l’île, ou encore Ingolfshöfoi et Dyrholaey au sud. « Le macareux est roi en Islande », mais il y a (beaucoup) d’autres oiseaux à découvrir, comme le précise Franklin, de la sterne arctique au fulmar boréal en passant par le goéland argenté (entre autres centaines d’espèces). De quoi repartir des étoiles (et des plumes) plein les yeux.



















