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De Portofino aux Cinq Terres, la Riviera du Levant se découvre en marchant

De Portofino aux Cinq Terres, itinéraire pédestre sur la côte de Ligurie

ITALIEEntre Gènes et La Spezia, les escarpements d’un littoral encore sauvage se prêtent à la randonnée entre mer et montagne. Une façon sportive d’aborder les célèbres villages colorés de la Riviera ligure
Jean-Claude Urbain

Jean-Claude Urbain

Le périple commence par un nom légendaire. Quatre syllabes rondes, ensoleillées, et la voix troublante de Dalida : Portofino… Blotti au creux d’une échancrure rocheuse du golfe de Gènes, ce petit port de pêche est un modèle d’élégance. Sa kyrielle de villas étagées en amphithéâtre sur des terrasses dégoulinantes de verdure compose un vrai décor de cinéma dont l’harmonie est préservée de toute nouvelle construction depuis plus de cinquante ans !

Le village à l’esthétique idéale dégage cependant quelque chose d’artificiel. Les grandes enseignes du luxe ont envahi ses ruelles, les yachts se serrent dans sa baie et la jet-set internationale y festoie sans pudeur. Le bonheur du visiteur se trouve donc ailleurs. Pour le dénicher, il faut troquer les escarpins contre des chaussures de randonnée. Portofino est, en effet, la porte d’entrée d’un magnifique parc naturel que les spécialistes du voyage actif en petits groupes, comme Atalante, incluent dans leur découverte pédestre de la Riviera italienne du Levant.

Portofino, le plus célèbre village de la Riviera ligure, a donné son nom au massif montagneux qui le domine du haut de ses 610 mètres.
Portofino, le plus célèbre village de la Riviera ligure, a donné son nom au massif montagneux qui le domine du haut de ses 610 mètres. - Jean-Claude Urbain

Le sentier SVA (Sendera Verde Azuro), qui serpente entre le vert des montagnes et l’azur de la côte ligure, n’est pas un simple parcours de santé. Les dénivelés sont conséquents et le terrain accidenté. Mais les efforts consentis sont récompensés par des étapes toutes plus photogéniques les unes que les autres. Au départ de Portofino, le chemin s’élève d’emblée en pente raide sur des collines de châtaigniers, de hêtres, d’arbousiers et de myrtes avant de replonger vers une première merveille.

L’abbaye bénédictine de San Fruttuoso, qui abrite les tombeaux des anciens seigneurs de Gènes, les Doria, doit son sublime état de conservation à son isolement. Elle n’est accessible que par bateau ou à la force des mollets. Ces derniers apprécient une pause baignade dans les eaux limpides de la Méditerranée avant de se remettre en chemin, direction Camogli. À l’autre extrémité du parc naturel, cette localité pittoresque aligne les chaloupes de pêcheurs, les maisons-tours aux façades éclatantes et les cafés qui invitent à profiter de la dolce vita face à la plage de galets.

Au départ de la Via dei Santuari qui relie par les hauteurs Monterosso al Mare aux autres villages des Cinq Terres.
Au départ de la Via dei Santuari qui relie par les hauteurs Monterosso al Mare aux autres villages des Cinq Terres. - Jean-Claude Urbain

Un paysage devenu terroir

La beauté de ce littoral touche à son paroxysme à l’ouest de La Spezia. Monterosso al Mare, Vernazza, Corniglia, Manarola et Riomaggiore sont ces cinq joyaux colorés appelés Cinq Terres (Cinque Terre en italien). Jalonnant la côte sur une vingtaine de kilomètres, ces petits villages aux maisons entassées ont été coupés du monde jusqu’à l’arrivée du chemin de fer, au début du XXe siècle. Confinés sur leurs promontoires et dépourvus de véritables ports, ils ont résisté à toutes les invasions… Sauf à celle des touristes ! Avant l’arrivée massive de ces derniers, les Cinq Terres tiraient donc moins leur subsistance de la pêche que de l’agriculture.

Véritable chemin de croix sur ses sections les plus ardues, le sentier suit les murets de pierres sèches soutenant les terrasses agricoles.
Véritable chemin de croix sur ses sections les plus ardues, le sentier suit les murets de pierres sèches soutenant les terrasses agricoles. - Jean-Claude Urbain

Au Moyen-Âge, les Doria de Gênes ne savaient que faire de cette région déshéritée, quasiment inaccessible. Ils la confièrent à de vaillants paysans qui arrachèrent aux reliefs le moindre mètre carré de terre cultivable. En route vers Milan, l’écrivain Stendhal s’étonna de ce paysage insolite : « Ici, quand un citron tombe de l’arbre, il finit sa course dans la mer ». Cette « agriculture héroïque » a pour symbole le raisin dont on tire notamment le vin doux Sciacchetrà. Le vignoble des Cinq Terres s’étire à flanc de montagne sur d’étroites terrasses dont l’exploitation est désormais aidée par un spectaculaire système de monorails à crémaillère.

Dégringolant vers la mer, les champs en terrasses et les façades colorées des Cinq Terres forment un paysage unique au monde.
Dégringolant vers la mer, les champs en terrasses et les façades colorées des Cinq Terres forment un paysage unique au monde. - Jean-Claude Urbain

Placée sous le double étendard de parc national et d’aire marine protégée, la région des Cinq Terres est classée au Patrimoine mondial de l’Unesco au titre de « paysage culturel ». La randonnée sur le sentier SVA permet d’y éviter les foules estivales. À condition d’être non seulement bien préparé, mais aussi bien équipé ! Une loi interdit de s’aventurer mal chaussé sur les chemins balisés. Ces tracés, qui empruntent d’anciennes pistes muletières, traversent les terrasses agricoles et grimpent sec vers des sanctuaires perchés à plus de 500 mètres d’altitude. Chaque village possède le sien.

Suivez le guide !

La belle plage de Fegina et son rocher fendu ont popularisé Monterosso al Mare. Le plus occidental et le plus peuplé des Cinq Terres est, en effet, le seul à posséder un littoral de sable fin. Un attrait auquel s’ajoutent trois tours de défense médiévales et l’église San Giovanni Battista à la façade bicolore typique du gothique ligure.

De là, deux solutions s’offrent aux marcheurs pour rejoindre Vernazza : le sentier panoramique SVA ou la Via dei Santuari, qui suit la même direction, mais sur les hauteurs. Depuis Monterosso, cette seconde option propose de grimper parmi les oliviers jusqu’au sanctuaire Nostra Signora di Soviore, puis de rejoindre Nostra Signora di Reggio à travers la montagne, avant de redescendre sur Vernazza.

Perché à 500 mètres au-dessus de Monterosso, le sanctuaire de la Madonna di Soviore possède une des plus vieilles églises de Ligurie.
Perché à 500 mètres au-dessus de Monterosso, le sanctuaire de la Madonna di Soviore possède une des plus vieilles églises de Ligurie. - Jean-Claude Urbain

Classé par l’association I Borghi più belli d’Italia qui distingue les plus beaux villages du pays, Vernazza est le plus ancien bourg des Cinq Terres. Jadis, il fut aussi le plus prospère de tous, comme en témoignent son église Santa Margherita di Antiochia du XIVe siècle et les vestiges de son château Doria, qui s’avance dans la mer telle une étrave de navire. Les 750 habitants de Vernazza vivent dans un lacis de venelles tortueuses aux innombrables escaliers de pierre. Un labyrinthe au charme fou, où il fait bon se perdre avant d’aboutir à la place principale, encombrée de barques de pêcheurs et de parasols.

Vue plongeante sur Vernazza depuis le sentier SVA qui rejoint ce bourg des Cinq Terres à celui de Monterosso al Mare.
Vue plongeante sur Vernazza depuis le sentier SVA qui rejoint ce bourg des Cinq Terres à celui de Monterosso al Mare. - Jean-Claude Urbain

À environ deux heures de Vernazza par le sentier SVA, Corniglia est le seul village sans contact direct avec la mer. Vertige garanti dans ce hameau d’à peine 250 habitants ! Perché sur son balcon, il évoque les bourgs de l’arrière-pays ligure, avec ses différentes placettes superposées, ses venelles étroites appelées caruggi, ses vergers d’agrumes et son panorama exceptionnel. Moins saturé que ses voisins, c’est sans doute le plus authentique des Cinque Terres. Le plus emblématique reste cependant Manarola, que l’on ne peut rejoindre en montant vers le sanctuaire Nostra Signora della Salute avant de redescendre par le vignoble.

Manarola et son amphithéâtre de vignes en terrasses illustrent la catégorie « paysage culturel » de l’Unesco.
Manarola et son amphithéâtre de vignes en terrasses illustrent la catégorie « paysage culturel » de l’Unesco.  - Jean-Claude Urbain

Au cœur d’un paysage sculpté par les hommes au fil des siècles, Manarola est la carte postale des Cinque Terre. Seule ombre au tableau : la foule ! Les randonneurs fourbus et impatients de s’offrir une focaccia bien méritée doivent partager le site avec la horde des visiteurs venus en train. En pleine saison, une véritable file d’attente se forme pour parvenir à la corniche qui offre la plus belle vue sur le village. Inutile d’espérer rencontrer l’une des 350 personnes qui résident ici à l’année…

Suite à un glissement de terrain entre Manarola et Riomaggiore, la célèbre portion du sentier côtier baptisée Via dell’Amore est fermée, et les travaux s’éternisent. C’est donc en train, dans des compartiments bondés, qu’il faut se résoudre à rejoindre l’extrémité orientale des Cinq Terres.

Riomaggiore n’ayant pas de port, ses pêcheurs doivent hisser leurs chaloupes à terre après chaque sortie.
Riomaggiore n’ayant pas de port, ses pêcheurs doivent hisser leurs chaloupes à terre après chaque sortie.  - Jean-Claude Urbain

Recroquevillé autour d’une crique minuscule, Riomaggiore est le cinquième représentant de ces villages aux allures d’amas de cubes colorés. Dominé par une petite forteresse où les habitants se réfugiaient en cas de danger, ce village est, lui aussi, victime de sa beauté. Une arrivée matinale permet heureusement d’en profiter avant de vite s’élever vers le sanctuaire Nostra Signora di Montenero.

À l’est des Cinq Terres, Porto Venere et ses trois îles satellites sont eux aussi classés au Patrimoine mondial de l’Unesco.
À l’est des Cinq Terres, Porto Venere et ses trois îles satellites sont eux aussi classés au Patrimoine mondial de l’Unesco. - Jean-Claude Urbain

Quelques kilomètres vers l’est sur le SVA suffisent à changer d’ambiance végétale. Une forêt plus aérée et nimbée de lichens couvre le parc naturel de Porto Venere. Avec son alignement de maisons élancées vers le ciel, son castello Doria et son église San Pietro en équilibre sur les flots, cette ultime localité avant La Spezia inspira de nombreux poètes du XIXe siècle. Parmi eux, l’anglais Lord Byron, à qui nous laissons la conclusion : « Il y a du plaisir dans les bois sans chemin. Il y a un ravissement sur le rivage solitaire. […] Au bord de la mer profonde et de son rugissement, je n’aime pas moins l’Homme, mais davantage la Nature. »

Y aller

Mieux vaut oublier la voiture pour visiter la Riviera ligure ! Ceux qui choisissent cette option s’en mordent généralement les doigts. Tous ses villages sont des culs-de-sac aux parkings très chers et sous-dimensionnés.

Le train est de loin la meilleure solution. Les Cinq Terres sont desservis toutes les heures par un service très fiable. La Carta Cinque Terre Treno est un billet touristique qui, pour 19,50 €/jour, permet de circuler à volonté entre les villages, tout en incluant l’accès au parc national. Les marcheurs peuvent ainsi combiner des jonctions pédestres avec retour en train vers leur camp de base.

C’est la formule choisie par Atalante, le spécialiste du voyage d’aventure à pied, dont les circuits basés sur le respect des sites permettent d’apprécier la beauté de la côte ligure tout en s’éloignant le plus possible des foules.

Sur six jours de voyage, quatre sont entièrement dédiés à la marche en petit groupe, encadrée par un guide francophone, intarissable sur l’histoire naturelle locale. À partir de 940 euros, la formule inclut l’hôtel dans la petite station balnéaire de Moneglia, les dîners et les déjeuners sous forme de pique-niques.