Athos : les siècles glissent sur ses monastères cramponnés entre ciel et mer

Grèce Depuis mille ans, le mont Athos attire des hommes en quête de spiritualité. Les frères orthodoxes aux gestes immémoriaux y vivent toujours leur foi, dans la solitude de monastères fortifiés

Jean-Claude Urbain pour 20 Minutes
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En équilibre à 245 m au-dessus de la mer Égée, Simonopera est un des vingt monastères de la péninsule surnommée le Tibet chrétien.
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En équilibre à 245 m au-dessus de la mer Égée, Simonopera est un des vingt monastères de la péninsule surnommée le Tibet chrétien. — Jean-Claude Urbain

Athos est la survivance d’un passé millénaire. Y séjourner bouscule les repères. Ce mont, qui culmine à 2.030 mètres sur la mer Égée, a donné son nom à une péninsule sacrée, séparée de la Grèce profane. Défendue par un rivage escarpé, elle s’étire sur 50 kilomètres de pinèdes et de rochers calcaires, où les moines orthodoxes ancrent leur vie, à l’écart de tout, sauf de Dieu.

Ce pays clos est exclusivement peuplé d’hommes, dont les figures sans âge semblent surgir de fresques byzantines. Au XIe siècle, une bulle impériale en interdisait l’accès « à toute femme, tout eunuque et tout visage lisse ». Une règle strictement respectée depuis. Dès son arrivée sur la « Sainte Montagne », chaque candidat à la vie monastique laisse ainsi pousser sa barbe et adopte la soutane noire, symbole de sa mort au monde extérieur.

Dans chaque monastère, l église principale aux murs écarlates fait face au réfectoire.
Dans chaque monastère, l église principale aux murs écarlates fait face au réfectoire. - Jean-Claude Urbain

Dans les vingt monastères de la péninsule, les religieux se consacrent à la prière avec la même dévotion que leurs ancêtres chrétiens de l’Empire byzantin. À cette vie communautaire rythmée par les offices, d’autres préfèrent l’austérité érémitique de cabanes disséminées dans le maquis ou de cellules accrochées aux falaises. Tout cela représente d’innombrables bâtiments reliés les uns aux autres par un réseau de sentiers, qui serpentent en bord de mer ou courent dans la forêt.

Les pèlerins dotés du laissez-passer appelé diamonitirion sont autorisés à cheminer dans cet espace préservé, propice au recueillement. Sur les flancs du mont Athos, pas de déchet en plastique ni de bruit parasite. Rien que le ressac des flots et une nature méditerranéenne gorgée de soleil.

En adoptant la barbe et la soutane noire en 1975, le frère Macaire a renoncé au tumulte du monde profane.
En adoptant la barbe et la soutane noire en 1975, le frère Macaire a renoncé au tumulte du monde profane. - Jean-Claude Urbain

La Sainte Communauté a une vocation d’hospitalité. Chaque monastère possède donc une aile réservée aux visiteurs laïcs. En franchissant le seuil du monastère Grigoriou, les marcheurs en provenance de Simonopetra sont traditionnellement accueillis avec un loukoum et un verre de tsipouro, une eau-de-vie censée les requinquer.

Après leur avoir attribué une place dans le dortoir, le père hôtelier Siméon leur précise l’heure de la messe : « Vous n’êtes pas obligé d’y assister, reposez-vous. À la fin de l’office, venez nous rejoindre pour le repas. Ce soir, c’est fête. Il y a du poisson ! » Nourritures célestes et terrestres étant indissociables, la porte du réfectoire fait face à celle de l’église. On y mange en silence, rapidement, et à grandes gorgées de vin.

Les monastères du mont Athos produisent leur huile d olive, mais aussi leur pain, leur miel et leur vin.
Les monastères du mont Athos produisent leur huile d olive, mais aussi leur pain, leur miel et leur vin. - Jean-Claude Urbain

Des trésors bien cachés

Après la fondation de la Grande Laure par Saint Athanase l’Athonite en 962, il y a eu jusqu’à 300 communautés rassemblant 7.000 moines sur le mont Athos. La révolution russe, les deux guerres mondiales, et la guerre civile grecque, ont contrarié les vocations dans les pays orthodoxes, vidant de très nombreux monastères de leurs pensionnaires. Mais depuis les années 1970, un afflux spontané de novices a inversé la tendance.

On compte aujourd’hui un peu plus de 1.800 moines sur la Sainte Montagne, dont une dizaine de Français. Parmi ces derniers, le frère Macaire apprécie de pouvoir discuter avec les rares visiteurs francophones de Simonopetra. « Chaque moine est différent. Certains d’entre nous ont fait le vœu de silence. Voilà pourquoi des frères quittent les monastères des Météores pour nous rejoindre. Là-bas, le tourisme est un problème. »

Derrière les murs austères des monastères se cachent des trésors d art religieux, hérités du Moyen âge.
Derrière les murs austères des monastères se cachent des trésors d art religieux, hérités du Moyen âge. - Jean-Claude Urbain

La République monastique du mont Athos fait partie de la Grèce depuis 1924, mais reste autonome dans sa gestion et parvient à faire respecter son isolement. Son concile, qui siège dans le village de Karyès au centre de la péninsule, est le plus ancien gouvernement en exercice du monde. Dans les années 1980, les monastères de la Sainte Montagne tombaient en ruine. Mais l’entrée de la Grèce dans la Communauté européenne, et le classement de la péninsule au Patrimoine mondial de l’Unesco, ont permis de financer leur restauration.

Avec leurs murs massifs, percés d’étroites fenêtres, beaucoup de monastères évoquent des villages fortifiés, prêts à tous les assauts. Une impression confirmée à l’intérieur, où un enchevêtrement de courettes, de galeries, d’escaliers et de balcons enserrent une église centrale, le katholikon de couleur sang. Depuis les fenêtres de leur dortoir, les pèlerins peuvent observer les frères affairés sur les terrasses d’oliviers et dans les potagers. Car sur le mont Athos, on se nourrit à la sueur de son front.

Jadis menacé par les pirates ottomans, Stavronikita évoque plus une ferme fortifiée qu un monastère.
Jadis menacé par les pirates ottomans, Stavronikita évoque plus une ferme fortifiée qu un monastère. - Jean-Claude Urbain

Les monastères sont à l’image de ces moines. Simples et austères à l’extérieur, riches et complexes à l’intérieur. Chacun est un véritable conservatoire de peintures murales, de chefs d’œuvre d’orfèvrerie et de broderie, de manuscrits enluminés, d’icônes usées par les baisers. Dans les églises, les iconostases dorées dissimulent les sanctuaires sous des panneaux sculptés avec une virtuosité extrême.

Depuis le vestibule du katholikon, les laïques de passage peuvent assister à des offices qui durent parfois jusqu’à l’aurore. Les chants orthodoxes aux voix profondes leur font perdre la notion du temps et de l’espace. Tels des fantômes, les soutanes noires vont et viennent à la lueur des bougies. Et dans la demi-obscurité de la cérémonie, commence le voyage à Byzance. 

Les moines de Dionysiou tirent leur subsistance de leurs potagers en terrasses.
Les moines de Dionysiou tirent leur subsistance de leurs potagers en terrasses. - Jean-Claude Urbain

Y aller

Les visiteurs qui se présentent à la porte d’un monastère sont logés et nourris gratuitement. Mais le mont Athos n’est pas un site touristique. Son accès est donc régulé. Sur les quelque 120 pèlerins masculins autorisés quotidiennement, seulement dix non-orthodoxes sont admis.

Pour tenter sa chance, il faut prendre un avion de la compagnie grecque Aegean jusqu'à l’aéroport de Thessalonique, où Hertz propose toute une gamme de véhicules à la location, de la citadine économique au SUV confortable. Deux heures de route attendent ensuite les voyageurs jusqu’à Ouranoupoli, ultime localité profane avant la Sainte Montagne. Comptez 10 € pour deux jours de stationnement sur le parking municipal. Le bureau des pèlerins se trouve juste à côté. Contre 25 € et le résultat négatif d’un test antigénique, d’exécrables agents y délivrent le diamonitirion, valable quatre jours. Une fois ce laissez-passer en poche, direction le port, à 200 mètres, pour embarquer sur un ferry à destination du mont Athos. Deux options possibles : le ferry rapide pour le port de Dafni ou le ferry lent qui dessert tous les monastères ayant un accès à la mer.

Se loger

Porte d’entrée du mont Athos, Ouranoupoli est une charmante petite station balnéaire aux multiples options d’hébergement. Si les hôtels sont pris d’assaut par les groupes de pèlerins russes ou serbes, les maisons d’hôtes offrent un cadre de séjour plus pittoresque. À l’entrée du village, la Pension Irini est un havre de tranquillité. Plus centrale, Archontariki permet de rejoindre le bureau des pèlerins à pieds.

Réservations au 0030 697 288 1940

Renseignements

Après un pèlerinage à Athos, l'association de promotion du tourisme grec Marketing Greece invite à poursuivre les découvertes à Thessalonique et dans la région de Chalcidique.