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De l’ultra-trail à l’Hyrox, n’abusons-nous pas un peu trop du challenge ?
forcing ?

Marathon, Hyrox, Iron Man… Est-ce qu’on n’en fait pas un peu trop avec le « dépassement de soi » ?

Le sport est bon pour la santé, c’est indéniable. Mais à force de glorifier le challenge et la performance, ne banalise-t-on pas une certaine maltraitance pour son corps ?
Dora Christian

Dora Christian

L'essentiel

  • L’engouement pour les défis sportifs (marathon, Hyrox, Ironman) est alimenté par la recherche de dopamine et les tendances marketing, mais on peut basculer dans l’excès quand on se laisse dicter par « la recherche du challenge, sans écouter son corps ».
  • Le principal problème identifié par les professionnels est le manque de préparation adéquate.
  • Il est recommandé de revenir à une approche « sport santé » avec un accompagnement personnalisé et de « prendre du recul par rapport aux réseaux sociaux » qui ne montrent pas « l’envers du décor » (fatigue, sacrifices sociaux, perte de libido, etc.)

On a tous un copain qui s’entraîne pour un marathon, un ultra-trail ou une compétition sportive en vogue. Et parfois, ce copain… c’est nous-mêmes. On a tenté le crossfit, puis on s’est converti à l’Hyrox, en catégorie solo pro (sinon, ce n’est pas drôle). Mais à l’heure où les défis sportifs se multiplient, la frontière entre dépassement de soi et excès semble de plus en plus floue. 20 Minutes a cherché à comprendre comment cette envie de se challenger peut parfois nous faire basculer dans l’excès.

Le cercle (vicieux ?) de la dopamine

C’est comme une relation toxique. Dans l’effort, on retrouve un plaisir addictif : la dopamine. Un moteur puissant, qui alimente le sentiment de « toujours plus », du défi suivant à cocher. Le marketing l’a bien compris et joue dessus pour continuer de nous stimuler avec de nouveaux concepts. Ça ne date pas d’hier, « on l’a vu avec la mode de l’aquabiking, de l’électrostimulation, et aujourd’hui c’est le Pilates Reformer qu’on voit partout », constate Patrick Rizzo, cofondateur de L’Usine, salle de sport premium.

« Il y a toujours eu des pics d’activités avec des sports qui deviennent plus populaires par saison. Avant, c’était le crossfit, aujourd’hui c’est l’Hyrox ». Que les salles de sport réagissent face à ces phénomènes émergents n’est pas le problème. « On est là pour répondre à la demande au moment où ces sports rencontrent le plus de succès, c’est le jeu », reconnaît Patrick Rizzo. Celui-ci confie d’ailleurs avoir installé des pistes pour les traîneaux (sled push, sled pull) dans ses salles de sport, ainsi que des cours collectifs spécifiques, justement dédiés aux entraînements Hyrox.

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Là où ça coince, c’est quand cette quête du dépassement de soi s’étend à des épreuves de plus en plus exigeantes, réalisées « au talent », sans véritable préparation. « Faire un Hyrox ou un marathon, n’est pas un problème », nuance Patrick Rizzo. « Le sport c’est la longévité. Et on a aussi une clientèle jeune qui a besoin de se décharger physiquement ».

Mais sans accompagnement ni plan d’entraînement, on se laisse dicter par la recherche du challenge, sans écouter son corps, et l’on finit par se blesser. « La qualité vaut mieux que la quantité », insiste le propriétaire de L’Usine. Un principe que rappelle également le kinésithérapeute et ostéopathe du sport, Hemrick Verwaerde, pour qui l’activité physique doit avant tout s’inscrire dans une logique d’équilibre.

Le manque de préparation, la vraie dérive

« Tous les patients que je reçois blessés au cabinet ont imposé trop de contraintes à leur corps, rapidement », déplore l’ostéopathe et kinésithérapeute du sport Hemrick Verwaerde (@hemtonkine). Selon lui, le problème n’est pas tant l’objectif, mais surtout l’absence de cohérence entre le défi visé et la préparation en amont. « Pour quelqu’un qui n’a jamais couru, se lancer dans un marathon avec seulement trois mois de préparation a peu de sens. Un tel objectif doit s’envisager en tenant compte de sa condition physique de départ », insiste-t-il.

Une préparation adaptée suppose un entraînement régulier, mais aussi une hygiène de vie cohérente : alimentation équilibrée, sommeil et récupération. Patrick Rizzo rappelle également que « le corps a besoin de polyvalence ». Courir implique, par exemple, d’intégrer des séances de renforcement musculaire, tout comme la préparation d’un Hyrox nécessite des entraînements cardiovasculaires en plus du travail de force.

Les séances doivent quant à elles, être structurées pour laisser au corps le temps de récupérer. « Le surentraînement entraîne un vieillissement prématuré », alerte le kinésithérapeute. À ne pas oublier : les athlètes aux chronos impressionnants bénéficient d’un suivi médical et sportif pointu, surtout s’il s’agit de leur métier, (drainage lymphatique, massage, équipement de pointe, coaching rigoureux).

Revenir au sport santé et ne pas suivre les réseaux

« À L’Usine, notre philosophie du sport a toujours été liée à la santé », raconte Patrick Rizzo. C’est-à-dire « obtenir une santé solide et donner au corps les moyens de faire plein de choses ». Lorsqu’un adhérent rejoint la salle, il est accompagné. « Un bilan complet est réalisé, avec des conseils personnalisés, selon les faiblesses de son corps (cardio, souplesse, masse musculaire) ». Ce qui permet de constater son évolution et ne pas prendre en standard celle des autres.

En ce sens, Hemrick Verwaerde avertit : « Il faut prendre du recul par rapport aux réseaux sociaux ». « C’est la mode de montrer sa vie, de se comparer… Mais beaucoup ne montrent pas l’envers du décor », poursuit le kinésithérapeute. À savoir : la perte de libido, les sacrifices sociaux, la fatigue, l’irritabilité, le coût financier qu’implique une préparation physique intense, etc. Alors ne vous laissez pas impressionner par les chronos que vous voyez.

Sauf contre-indications particulières, il est vrai que « tout le monde peut faire un marathon ou un Hyrox, mais il faut rester cohérent dans les délais et le volume d’entraînement », continue le professionnel. Le sport est aussi une question d’équilibre. Si vous vous fixez l’objectif de courir un marathon, n’oubliez pas que vous ne courez pas contre les autres, ni contre les limites de votre corps, mais pour vous-mêmes.