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La sieste est-elle utile pour les jeunes adultes ?
La sieste trouve un regain de popularité auprès de la population depuis quelque temps. Mais est-elle vraiment utile pour les jeunes adultes ?Julie Baumann
L'essentiel
- Les jeunes générations accumulent une dette de sommeil importante depuis l’essor des réseaux sociaux, entraînant une fatigue importante durant la journée.
- Pour pallier ce manque de sommeil, la « power nap » est reconnue comme une pratique utile tant pour la concentration que la régénération du corps. Elle peut aider les jeunes à se reconcentrer.
- Elle ne convient pas pour autant à tout le monde, et ne se substitue en rien à une véritable nuit de sommeil.
Levez la tête dans le métro un matin : vous croiserez sans doute des regards fatigués ou des bâillements à peine retenus… Autant de signes visibles d’un manque de sommeil généralisé, en particulier chez les jeunes. Et si la solution pour récupérer se trouvait dans une sieste bien exécutée ?
Selon une étude de l’Institut national du sommeil datant de 2020, environ 40% des Français font une sieste chaque semaine. Bénéfique pour le corps et l’esprit, elle est considérée comme un bien précieux. Ces derniers temps, la sieste connaît un regain d’intérêt, plusieurs spécialistes et médecins reconnus en vantent les nombreux mérites. Mais lorsque l’on aborde la sieste, les jeunes adultes sont bien souvent exclus de l’auditoire. Dans l’inconscient collectif, elle reste une pratique d'enfants en bas âge ou bien de personnes âgées. Alors la sieste est-elle has been ou devient-elle cruciale pour les jeunes ?
Une génération en manque de sommeil
Avec la massification de l'usage des écrans et des réseaux sociaux, la jeune génération est particulièrement encline à une dette de sommeil, c’est-à-dire un temps de sommeil inférieur à ses besoins. « S’exposer à la lumière bleue avant le coucher empêche la production de mélatonine, générant une sensation d’éveil. Sans compter le contenu visité, qui est très souvent anxiogène » indique la sophrologue Mireille Barreau, spécialiste des troubles du sommeil et autrice du livre Destination Sommeil, en finir avec les insomnies et retrouver le plaisir de dormir. Les jeunes ont tendance à se coucher plus tard et à se réveiller tôt pour se rendre en cours, un rythme qui pèse sur leurs capacités de concentration. Selon Jonathan Taieb, médecin spécialiste du sommeil à l’Institut médical du sommeil à Paris, les jeunes adultes sont fortement impactés par cette dette de sommeil : « Elle altère la capacité d’innovation et d’apprentissage, ce qui est assez contraignant pour eux. »
La force du « power nap »
La sieste semble donc être la solution pour récupérer de ces nuits trop courtes. A ce sujet, Jonathan Taieb rappelle qu’elle n’a pas d’âge : « Il est vrai que dans l’inconscient collectif, la sieste est réservée aux personnes âgées. Mais peu importe l’âge auquel on la pratique, elle permet d’apporter des bienfaits cognitifs et physiques. Elle peut-être un allié pour les jeunes qui sont en dette de sommeil, à condition de la réaliser au bon moment. »
En effet, c’est le format « power nap » que le spécialiste conseille : une sieste de 15 à 20 minutes, en début d’après-midi, afin d’éviter les réveils difficiles ou de décaler son heure de coucher. C’est la technique des trois « B » : « bonne durée, bon moment, bon endroit. » Lou-Ann, étudiante en école d’architecture à Penninghen, explique comment ces courtes siestes l’aident au quotidien : « Je fais des siestes depuis que je fais des études supérieures. J’en ressens le besoin car si je lutte contre la fatigue, je sais que je ne serai pas productive dans mon travail, c’est vraiment stratégique. » Une tendance qui s’explique chez les jeunes pour être plus performant dans leur travail, et non par paresse.
La sieste, grande sauveuse… mais pas pour tous
La sieste peut-elle sauver cette dette de sommeil ? Si elle représente un moyen efficace et rapide de récupération pour les jeunes, elle ne remplace pas pour autant les bénéfices d’une nuit complète. Selon Jonathan Taieb, il s’agit de réguler son rythme de sommeil et d’apprendre à couvrir ses besoins : « On peut intégrer la sieste dans sa routine, elle est efficace et apporte des bienfaits cognitifs, mais quand on est jeune il faut avant tout respecter ses besoins et privilégier la régularité de son sommeil. » Mireille Barreau ajoute que les réparations qui ont lieu pendant la nuit ne s’opèrent pas de la même manière durant la journée : « Il y a des différentiels de qualité, la sieste ne peut pas rattraper une nuit de sommeil, même si elle permet de retrouver de l’énergie. ».
Certains jeunes ne trouvent d’ailleurs pas de plaisir dans la sieste, malgré un état de fatigue important. Alexis, alternant de 21 ans, explique son souhait de rester éveillé malgré ses horaires de travail matinaux (entre 5 heures du matin et 14 heures) : « Je n’aime pas vraiment les siestes, elles me donnent l’impression de perdre du temps dans ma journée. Et quand on n’arrive pas à s’endormir vite, c’est impossible de réaliser une sieste de 20 minutes. »
Nos articles CultureCe problème, la spécialiste Mireille Barreau le résout par l’apprentissage de la sieste. S’il n’est pas inné de savoir « s’endormir » en dix minutes et peu importe l’endroit, il est possible de se faire guider et d’apprendre à se reposer. Une technique à aiguiser si l’on veut trouver le repos….



















