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La mélatonine fait-elle faire des cauchemars ?
Sans accoutumance et disponible sans ordonnance, la mélatonine connaît un franc succès pour gérer un décalage horaire ou aider à l’endormissement. Mais certains consommateurs se plaignent de faire d’horribles cauchemars quand ils en prennentFiona Bonassin
L'essentiel
- La mélatonine, vendue sans ordonnance en France est devenue très populaire pour favoriser le sommeil.
- Les dosages commercialisés (1 à 1,9 mg) sont bien supérieurs à la production naturelle du corps (0,3 mg), ce qui peut entraîner des effets indésirables comme des migraines, des nausées ou des cauchemars, surtout si la prise est prolongée ou le dosage trop élevé.
- D’autres alternatives naturelles existent pour favoriser l’endormissement, comme le fait d’éviter la lumière bleue le soir, de pratiquer des exercices de respiration ou des visualisations apaisantes.
Lucas se souvient de la première fois qu’il a pris de la mélatonine : « Personne ne m’a dit que j’allais passer la nuit à m’embrouiller avec mon chien. J’ai fait tellement de cauchemars que je me suis levé en sueur ». Ce constat, de nombreux insomniaques le font. Cette hormone du sommeil est accusée de transformer les nuits en séances de frissons.
La nouvelle star de nos nuits
Surnommée l’« hormone du sommeil », la mélatonine est produite naturellement par votre corps quand la nuit tombe, pour signaler qu’il est l’heure d’aller dormir. En complément alimentaire sous forme de comprimé ou de spray buccale, elle est vendue sans ordonnance en France, en doses de 1 à 1,9 mg. Jet-lag, insomnies légères, ou juste envie de dormir comme un bébé, elle est devenue le chouchou de nos nuits agitées. « En France ce produit est très tendance. Alors que dans d’autres pays on est beaucoup plus discret sur la commercialisation de la mélatonine. On a même des gummies et en consultation, je vois des personnes qui boulottent ça comme si c’étaient des bonbons. » témoigne la sophrologue Mireille Barreau, auteure de Destination sommeil, en finir avec les insomnies et retrouver le plaisir de dormir. « Et quand j’explique que c’est une hormone, la lumière s’allume. Il ne faut pas faire n’importe quoi ! Quand je vois toutes ces pubs à la télé, on a l’impression que c’est miraculeux » souffle la professionnelle.
Les produits vendus restent très forts comparés au dosage naturel que notre corps produit (0,3 mg au pic de la nuit). De fait, avec la mélatonine les effets secondaires peuvent être nombreux. « Il y a des personnes qui vont avoir des migraines, des nausées ou des maux de tête le matin quand elles se réveillent. Il ne faut pas en prendre tout le temps, juste sur des sessions de trois semaines pour éviter les risques d’accoutumance psychologique » rappelle la sophrologue.
Le dosage en cause
Faire des cauchemars après avoir pris un petit comprimé c’est possible, mais ce n’est pas systématique. L’Anses, comptabilise plus de 90 effets indésirables entre 2009 et 2017 et l’ANSM en a relevé plus de 200 entre 1985 et 2016. Parmi eux, on retrouve bien les cauchemars. Plusieurs études scientifiques se sont penchées sur ce produit, dans la revue Clinical Drug Investigation, il est noté que la mélatonine peut influencer les phases de sommeil paradoxal (celui où on rêve le plus) si le dosage est trop fort comparé à nos besoins. En gros, elle va rendre vos rêves plus intenses ou plus fréquents. Résultat ? Des scénarios nocturnes où vous courez poursuivi par un dinosaure ou discutez avec votre frigo. Mais pas de panique, les cauchemars ne touchent qu’une minorité d’utilisateurs. Si vous êtes déjà stressé ou que vous prenez une dose trop forte (achetée dans un pays étranger qui n’a pas les mêmes normes par exemple), les nuits agitées peuvent alors être plus fréquentes. « Les dosages que nous, on autorise en France sont déjà plutôt élevés. » note Mireille Barreau. Alors qu’aux Etats-Unis, on peut trouver de la mélatonine à plus de 10 mg.
Si vous utilisez de la mélatonine pour vous endormir plus rapidement, la spécialiste du sommeil vous donne quelques tips totalement naturels : « Déjà on peut se protéger de la lumière blanche et bleue le soir, qui favorise l’éveil. Faire des exercices de respiration ou ce qu’on appelle des évocations apaisantes. Mais surtout l’endormissement ça se prépare, on ne regarde pas une série ou un film jusqu’à pas d’heure. Et on peut aussi partir en balade mentalement pour calmer son esprit » conseille la sophrologue. Il existe pléthore de ressources pour s’endormir sans médicaments. Il suffit de s’entraîner.


















