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« La boss, c’est moi »… Zélie s’affirme dans « Le cœur et ses dictatures

« La boss, c’est moi » : on a rencontré la chanteuse Zélie pour son nouvel album

Voix montanteAprès une Cigale complète et un Olympia annoncé, Zélie dévoile Le cœur et sa dictature, un deuxième album plus libre, porté par la création de son propre label
Replay : Zélie revient sur sa carrière
Victoria  Berne

Victoria Berne

L'essentiel

  • Zélie a sorti son deuxième album « Le cœur et ses dictatures », un projet pop intimiste et personnel où l’écriture reste centrale.
  • Pour cet album, elle a quitté son label pour créer le sien avec sa manageuse, lui permettant de travailler de façon plus libre.
  • Ses chansons abordent des sujets engagés comme les violences sexuelles et le féminisme, portant un message d’écoute de soi et d’acceptation.

Chanter comme si le cœur te le suppliait. C’est peut-être l’essence du dernier album de Zélie, « Le cœur et ses dictatures ». Dans une pièce au calme lors de notre échange, Zélie parle calmement, rit souvent et réfléchit beaucoup. À 24 ans, la chanteuse lilloise est en pleine ascension : Un Olympia sold out en décembre prochain, un nouvel album… Mais derrière l’image d’une pop lumineuse, il y a surtout une artiste qui pense son projet comme un espace très intime, presque politique, où l’écriture reste la boussole. Pour définir sa musique : « J’aime bien dire que je fais de la musique à textes », confie-t-elle. « C’est ce qu’il y a de plus important pour moi. »

Chez Zélie, la musique est un endroit ou toutes les parties d’elle semblent trouver leur place pour s’exprimer. Un endroit où l’on apprend surtout à s’écouter. « C’est de la pop énergisante et surtout intimiste, parce que c’est un projet très personnel. »

Une voix à exprimer : de la danse à la musique

Au départ, il y a la danse. Longtemps Zélie pense que c’est là que son art va se jouer. « En terminale, j’ai arrêté mon école de danse assez brutalement. Et d’un coup, je me suis retrouvée avec tous mes après-midi libres ». Le temps devient un terrain d’essai. Elle compose chez elle, sur GarageBand, sans plan précis. « En quelques semaines, c’est devenu le truc que je voulais faire plus tard. »

Une bascule instinctive, presque évidente : « J’écrivais deux, trois chansons par semaine. J’en pouvais plus ». Ses parents, eux, ne freinent pas vraiment. Et Zélie ne doute pas : « Je me suis jamais dit "ils ne croient pas en moi". Je me disais juste : ils verront plus tard ». La musique devient alors le premier choix totalement personnel. Aujourd’hui, cette transition se retrouve dans son album. Dans ses textes, mais aussi dans sa manière d’habiter la scène. Et dans ses rêves d’adolescente, la scène avait déjà une place à part. « Je fermais les yeux et j’imaginais qu’il y avait une salle devant moi. »

À l’époque, ce n’est pas encore l’Olympia, ou une grande salle… « Moi je rêvais de faire la Boule Noire », explique la chanteuse. Entre-temps, une reprise filmée presque par hasard vient accélérer les choses. Sur TikTok, elle chante « Au revoir mon amour » sans intention particulière. « Je l’ai postée juste pour nourrir l’algo… et en vingt-quatre heures, c’est devenu la chanson avec laquelle les gens me découvraient. »

Faire sa musique, avec ses propres règles

Pour son deuxième album, Zélie change de cadre et de façon de travailler. Elle quitte son label et crée le sien avec sa manageuse. « La différence, c’est qu’il n’y a zéro concession. La boss, c’est moi. »

Un choix qui dépasse la stratégie. C’est une manière de travailler, de créer en phase avec elle-même : « Je n’ai jamais souffert en faisant cet album. Je ne rentrais pas chez moi en pleurant parce que j’avais l’impression qu’on ne m’avait pas écoutée ». L’indépendance lui permet aussi de sortir des cases. « Je me suis autorisée à ne pas me mettre dans une case. J’aime la chanson française, l’électro, les piano-voix… j’aime trop de choses pour choisir », explique la chanteuse.

Résultat : un album plus éclectique, plus travaillé, plus libre. Mais Zélie reste lucide sur son parcours. « Le label, ça a été une école. Aujourd’hui je comprends tout ce qui se passe autour de moi. »

Des chansons comme manifeste intime

Une chanteuse engagée ? Oui. Mais elle écrit avant tout pour comprendre ce qu’elle vit, qui elle est. Ses chansons touchent à des sujets lourds : violences sexuelles, corps, relations familiales. Dans « Ce corps », elle aborde une agression et ses conséquences : « Je pense que je n’ai jamais écrit un texte aussi précis et douloureux ». Une écriture directe, parfois difficile à écouter, mais nécessaire : « C’est une chanson très douloureuse, mais aussi très libératrice. »

Son engagement vient aussi de son quotidien. « Dans ma famille, je suis la meuf qui sort le féminisme à toutes les sauces », plaisante-t-elle. Mais aussi de son entourage : « J’ai un frère trans, et ça a forcément façonné ma manière de voir les choses. »

« Le cœur et ses dictatures »

Le titre de l’album naît avant même l’album lui-même. Une phrase, écrite dans un moment de bascule personnelle. « J’étais dans une période où je prenais des décisions importantes, dictées par mon cœur. Notamment quitter quelqu’un », témoigne la chanteuse. De cette expérience émerge une formule : « Le cœur et sa dictature… ça donnait du sens à tout ce que je vivais. »

Une phrase qui devient rapidement une évidence : « Je savais que mon deuxième album s’appellerait comme ça, alors qu’il n’existait pas encore ». Dans ce disque, Zélie explore cette idée de décisions irréversibles, souvent irrationnelles, mais nécessaires.

Un titre qui rappelle que finalement, « c’est le cœur qui décide ». Et ce fil conducteur traverse tout l’album : « J’aimerais que les gens comprennent que "écouter son cœur", ce n’est pas une phrase vide. Ça a vraiment du sens ». Et surtout pour celles et ceux qui doutent : « Quand on sent qu’il y a un problème, c’est qu’il y a un problème. »

En scène et contre tous

Si tout commence dans l’intime, tout se termine sur scène. Son deuxième album a été pensé pour le live. « On a tout conceptualisé en pensant à la scène ». La danse y retrouve une place centrale. « Là, j’ai vraiment un plateau de danseuse. »

Un espace de liberté, mais aussi de protection : « Danser me permet de rester dans ma bulle ». Le concert devient alors un espace multiple, ou « il y a des moments très intimes… et d’autres où je suis complètement ailleurs », explique la chanteuse. Au fond, tout converge vers une idée simple : s’écouter… « C’est un album d’acceptation de soi », conclut-elle.