« Le gras du ventre est lié à nos habitudes, mais on peut arriver à le perdre »
Interview•Dans son ouvrage « Gras du ventre, la solution » (éd. Thierry Souccar), JB Rives aborde la problématique de la graisse abdominalePropos recueillis par Anissa Boumediene
L'essentiel
- Depuis quelques années, la recherche scientifique se penche sur la graisse abdominale, localisée au niveau du ventre, qui peut être difficile à déloger et qui augmente les risques de développer maladies cardiovasculaires et métaboliques.
- Dans « Gras du ventre, la solution », JB Rives aborde cette problématique et propose un guide pour éliminer la graisse abdominale et relancer le métabolisme.
- L’objectif pour préserver sa santé : relancer son métabolisme et la capacité de l’organisme à déstocker l’excès de graisse localisée au niveau du ventre.
L’été est enfin là ! Et comme chaque année à l’approche des vacances estivales, certaines personnes lancent l’opération summer body : un régime bien trop restrictif dans l’espoir de se délester de quelques kilos avant d’aller à la plage. Heureusement, la tendance body positive, qui prône l’acceptation de soi, permet de s’affranchir des diktats de la minceur.
En revanche, rappelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un Européen sur six est obèse. Et selon l’Inserm, en France, environ une personne sur deux serait en surpoids. En cause : sédentarité et repas riches en aliments ultratransformés, sucres et mauvaises graisses. Un cocktail qui favorise le développement de maladies cardiovasculaires et métaboliques, à mesure que s’agrandit notre tour de taille. D’où l’apparition de l’indice de rondeur corporelle (IRC) qui, à la différence de l’indice de masse corporelle (IMC), prend en compte l’incidence de la graisse viscérale, localisée au niveau du ventre, sur notre santé. Un enjeu de santé publique dont s’empare JB Rives dans son ouvrage Gras du ventre, la solution (éd. Thierry Souccar), pour aider à « éliminer les graisses abdominales et relancer son métabolisme ».
La graisse du ventre est particulièrement tenace. Pourquoi est-elle aussi difficile à perdre ?
Il existe deux types de graisse abdominale : la graisse viscérale profonde, qui fait le ventre plutôt rond et dur, et la graisse sous-cutanée, qui fait le ventre plutôt mou, avec des bourrelets.
La graisse sous-cutanée est très résistante. Dans certaines situations, liées au stress et aux hormones, on va naturellement avoir tendance à stocker du gras et alimenter cette couche de gras, de plus en plus difficile à faire partir avec l’âge, à mesure que le métabolisme ralentit.
Pourquoi le métabolisme ralentit-il et favorise-t-il la prise de poids, notamment au niveau du ventre ?
C’est très progressif, et c’est le fruit de mauvaises habitudes dont on ne mesure pas forcément l’impact. Moi, quand j’étais jeune, je pouvais manger n’importe quoi sans prendre un gramme, puis les choses ont changé ! Je suis parti faire mes études dans une autre ville, je sortais, buvais un peu, mangeais n’importe quoi, et quand j’ai commencé à travailler, le côté réconfort et recherche d’énergie par l’alimentation s’est invité dans mon quotidien, entre déjeuner trop copieux, et fringales de sucre pour lutter contre les coups de barre ou surmonter un coup de stress. On démarre la journée par un petit-déjeuner sucré, qui va générer des pics de glycémie et des envies de sucre répétées dans la journée, on mange un peu de fromage ou des chips pendant qu’on prépare le dîner.
Lentement mais sûrement, les kilos s’installent. C’est pour cela que je pars de mon exemple dans mon livre : on n’a pas forcément l’impression de faire mal, mais ce sont toutes ces habitudes quotidiennes qui peuvent, à la longue, affecter nos hormones et ralentissent notre métabolisme.
Beaucoup de personnes à ce stade décident de manger moins, mais la perte de poids n’est souvent pas au rendez-vous.
Quand on veut perdre du poids, on est dans une logique de restriction alimentaire, pour créer un déficit calorique. Mais cette approche simpliste est faussée parce que notre corps est une machine qui a besoin d’un certain nombre d’éléments, de nutriments pour fonctionner.
En pratique, le réflexe de beaucoup est de manger une petite assiette de crudités. Non seulement on s’affame au risque de céder à une grosse fringale, mais on oublie les protéines, minéraux et bonnes graisses, essentiels dans la régulation des hormones, de l’appétit et du métabolisme. Résultat de cette spirale des régimes : on perd du poids, certes, mais il s’agit d’un peu de gras, mais aussi de muscle. Et quand on reprend du poids à l’issue du régime, ce qui est quasi-systématique, c’est du gras que l’on reprend, pas du muscle. Cet effet yoyo, répété à chaque régime, ralentit de plus en plus le métabolisme, jusqu’au point où on n’a plus assez de muscle pour arriver perdre du gras.
Comment relancer son métabolisme ?
D’abord en arrêtant de compter les calories et de manger moins. Ce qu’il faut, c’est manger mieux. Plutôt qu’une restriction calorique, mieux vaut une dilution calorique : on va apporter plus de bons aliments qui vont diluer les « mauvais ». On va faire de plus gros repas, plus nourrissants, pour équilibrer les hormones de satiété, éviter les craquages et accompagner la perte de poids à long terme.
Il faut éviter les erreurs qui ont ralenti notre métabolisme : on évite les aliments ultratransformés, trop gras et sucrés, mais aussi les repas trop frugaux et trop pauvres en protéines et bonnes graisses. On commence la journée par un petit-déjeuner salé, riche en protéines, qui apportera une meilleure satiété, stabilisera la glycémie sur la journée et évitera les fringales de sucre. Les aliments par lesquels on commence la journée affectent nos hormones sur 24 heures.
A l’époque où j’ai pris beaucoup de poids, j’avais des crises d’hypoglycémie à 11 heures, il m’a fallu des années pour comprendre que c’était à cause de mon petit-déjeuner sucré, qui me causait une hypoglycémie réactionnelle, en réponse à ce que je mangeais. La plupart des gens n’ont pas conscience que si on grignote la journée, c’est parce qu’on l’a mangé trop de sucre dès le matin. Alors que les protéines et les bonnes graisses permettent la production d’hormones de satiété.
On peut aussi opter pour le jeûne intermittent. L’important, c’est de rompre son jeûne avec les bons aliments, de ne pas démarrer sa journée par du sucre, que ce soit au petit-déjeuner ou au déjeuner.
Quel rôle le jeûne intermittent peut-il jouer dans la perte de la graisse abdominale ?
Il peut favoriser le déstockage de la graisse viscérale, celle qui entoure les organes, qui est très néfaste pour la santé, et qui se manifeste par un ventre gonflé et dur. C’est le signe qu’on est en surstockage, que l’on reçoit trop d’énergie à cause d’une alimentation trop riche en sucre et en graisse. Dans ce cas, le jeûne intermittent permet au foie de se mettre au repos et à l’organisme de déstocker cette graisse. A l’inverse, quand on a tendance à grignoter au long de la journée, cet apport alimentaire quasi constant fait que l’on est en digestion permanente : on reste en mode stockage. Dès lors, le jeûne intermittent permet à beaucoup de relancer le métabolisme et de perdre la graisse viscérale, qui est la plus nocive pour la santé mais qu’il est heureusement possible de perdre.
Faire du sport est-il nécessaire ?
Pour la graisse sous cutanée, qui est plus résistante, manger mieux, plus protéiné, et faire de l’activité physique aide à s’en défaire. Pas besoin de courir des heures, il suffit de marcher après le repas et rester actif pendant la journée, ce qui permet de perdre du poids. Si on aime faire du sport, ce qui fonctionne, c’est le travail musculaire. Le HIIT ou le renforcement musculaire permettent de corriger le problème initial : reprendre les muscles perdus dans les régimes.
Et il n’y a pas d’âge pour perdre du poids, on peut avoir l’impression d’être coincé, manquer de motivation et d’énergie, mais on n’est jamais trop vieux ou trop gros pour reprendre sa santé en main.



















