Prendre du chrome contre les fringales de sucre, est-ce efficace et sans risque ?
Nutrition•Une supplémentation en chrome, un oligo-élément essentiel pour l’organisme, peut aider à réguler la glycémie et le poidsAnissa Boumediene
L'essentiel
- Comme chaque année à la même période, beaucoup d’hommes et de femmes cherchent des solutions rapides et efficaces pour perdre du poids.
- Parmi les méthodes vantées sur les réseaux sociaux, les cures de chrome sont réputées efficaces pour réguler la glycémie et les fringales de sucre.
- En pratique, est-ce efficace et sans risque ? « 20 Minutes » vous répond.
Ils reviennent pour de vrai. Disparus depuis de longs mois, les beaux jours s’apprêtent enfin à faire leur grand retour dans l’Hexagone, avec, au programme de ce long pont férié, des températures estivales et un soleil radieux. De quoi nous donner envie aussi de ressortir nos vêtements d’été, au placard depuis bien longtemps.
Mais après ce long hiver automnal qui a joué les prolongations, nous poussant à hiberner un peu plus sous le plaid et avec une boîte de chocolats, certains d’entre nous se rendront peut-être compte qu’ils ont un peu forcé sur le plateau de fromage ces derniers mois, ou se rappelleront que s’il semblait lointain, l’été – et la pression du summer body qui l’accompagne – approche à grands pas. Et si la tendance est au très bienvenu « body positive », encore beaucoup de femmes et d’hommes cherchent à cette époque de l’année le moyen de se défaire rapidement de quelques kilos jugés superflus.
Parmi les méthodes vantées sur les réseaux sociaux, la cure de chrome est réputée efficace contre les fringales de sucre, aidant ainsi à un meilleur contrôle de son poids. Est-ce vrai ? Et est-ce sans risque ?
Un oligo-élément nécessaire
Mais le chrome, qu’est-ce au juste ? C’est « un oligo-élément essentiel qui améliore la fonction de l’insuline et agit sur le métabolisme des glucides, des protéines et des graisses », indique le Conseil de l’Information sur l’Alimentation en Europe (Eufic), organisation à but non lucratif tournée vers les consommateurs. Parmi les oligo-éléments considérés comme essentiels à notre organisme, on retrouve « le chrome, le fer, le fluor, l’iode ou encore le sélénium et le zinc, cite le Vidal, la Bible française du médicament. Ils entrent en proportions infinitésimales dans la composition de l’organisme ».
D’où leur nom : « oligos » signifiant « en faible quantité » en grec. « Notre organisme en a besoin, mais il nous en faut très peu : au quotidien, nos besoins en chrome sont de l’ordre de quelques microgrammes, indique Raphaël Gruman, nutritionniste et auteur de 100 bowls express anti-inflammatoires (éd. Leduc). Une alimentation équilibrée suffit à couvrir nos besoins. Il est d’ailleurs très rare d’être en carence de chrome si l’on est en bonne santé ». Dans l’assiette, on en trouve dans « la viande, les crustacés, le poisson, les œufs, les céréales complètes, les noix et certains fruits et légumes », énumère l’Eufic.
Des bienfaits démontrés
En revanche, poursuit l’organisme européen, « il a été suggéré que le chrome pourrait être utilisé comme allié de la perte de poids et pour améliorer le contrôle du taux de sucre dans le sang chez les personnes atteintes de diabète ». On parle alors de prise de chrome « à dose thérapeutique, bien plus élevée que le seul niveau des apports journaliers recommandés, précise Raphaël Gruman. Dans ce cadre, la supplémentation en chrome est utilisée pour réguler la glycémie, le taux de sucre dans le sang. Au quotidien, cela permet d’éviter les fluctuations entre hypoglycémie et hyperglycémie, en lissant le taux de sucre dans le sang. Car lorsque vous êtes en hypoglycémie, le corps va appeler du sucre, et générer des fringales de sucre. De nombreuses études scientifiques ont ainsi démontré les effets bénéfiques du chrome sur la gestion de la glycémie, poursuit le nutritionniste. C’est pourquoi on peut en recommander aux patients diabétiques ou prédiabétiques pour optimiser l’efficacité de leur traitement ».
Des bienfaits qui font du chrome un allié de longue date des patients ayant des difficultés à perdre du poids ou à le maintenir. « L’effet est notable, c’est une aide pour contrôler sa glycémie et ses envies de sucre », assure le nutritionniste, qui « préconise une cure de chrome à environ un patient sur deux en volonté de perte de poids, généralement de trois mois maximum ».
En pratique, ce n’est pas une gélule miracle qui vous fera fondre : « le chrome va réduire les fringales, explique Raphaël Gruman. A l’instar d’un fumeur à qui on prescrira des patchs à la nicotine, l’envie reste là, mais elle est moins forte, et permet d’avoir un meilleur contrôle de ses pulsions alimentaires : on est plus en capacité de se raisonner, ce qui est déjà un grand pas pour beaucoup de patients ayant un rapport quasi addictif au sucre. Et qui se traduit par des effets concrets dans ce parcours de perte de poids pour les patients qui ont le plus de difficultés à la déclencher ».
Attention à la surdose
Si le chrome a des propriétés avérées et démontrées, attention toutefois à le prendre au bon dosage. « Beaucoup de compléments alimentaires sont insuffisamment dosés pour avoir un réel effet thérapeutique. D’où l’importance de se supplémenter en étant bien conseillé par son pharmacien ou thérapeute, rappelle Raphaël Gruman. En revanche, une consommation excessive de chrome comporte des risques pour la santé : on risque une intoxication, des troubles digestifs. »
Et s’il peut leur être bénéfique dans le contrôle de leur glycémie, « chez les personnes diabétiques, insiste-t-on chez Vidal, la prise de compléments de chrome doit impérativement se faire sous contrôle médical », bien que ces compléments alimentaires soient en vente libre et ne nécessitent pas de prescription médicale. Les compléments alimentaires peuvent dans certains cas interagir avec différents médicaments.
Pour celles et ceux qui seraient tentés par une cure de chrome face à une prise de poids ou l’incapacité à en perdre, « il faut au préalable identifier les causes de cet état avant de s’orienter vers une cure de compléments alimentaires, souligne Raphaël Gruman. Le poids n’est pas qu’une question d’apports alimentaires, cela peut être du notamment à un état de fatigue, au stress, à des troubles du sommeil ou encore de la flore intestinale. On atteindra d’autant plus efficacement et durablement ses objectifs si l’on sait d’où on part ».


















