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Mais pourquoi on a tous l’impression de vivre un hiver automnal sans fin ?
Pâques au tison•Bien que ce soit officiellement le printemps, la météo ressemble plutôt à celle d’un long hiver automnalAnissa Boumediene
L'essentiel
- Cet hiver a été marqué par de fortes précipitations et des températures douces.
- C’est même le troisième hiver le plus doux depuis le début des relevés, et l’un des plus pluvieux des dernières années.
- Mais pourquoi cet hiver aux allures d’automne ? Et pourquoi continue-t-il alors que c’est censé être le printemps ?
EDIT DU 17 AVRIL 2024 : Après un week-end de fortes chaleurs, jusqu’à 31 degrés le 13 avril en Occitanie, les températures chutent de nouveau en France. « En 48 heures, nous perdrons 10 à 15 °C. Une chute liée à la descente d’un air polaire », explique la chaîne Météo. Depuis mardi, les températures sont redescendues à 12 °C à Paris, 11 °C à Lille, Strasbourg ou Brest. A cette (triste) occasion, nous remettons en avant cet article.
C’est officiellement le printemps. Depuis le 20 mars, nous sommes entrés dans la saison du renouveau de la nature, des cerisiers en fleurs et des beaux jours. Sauf qu’on a l’impression d’être coincés dans une boucle spatio-temporelle de temps pourri. Après un nouvel épisode méditerranéen ce mardi qui a traversé le sud du pays, d’ouest en est, accompagné de fortes précipitations, ce mercredi soir et jeudi, c’est la dépression Nelson qui s’apprête à balayer le littoral des côtes du sud-ouest jusqu’aux côtes de la Manche, provoquant « un épisode de vents violents », avertit Météo-France.
Comment expliquer cette sorte d’hiver automnal sans fin où il ne fait pas froid (mais pas chaud non plus), où le ciel est constamment plombé, et où le parapluie s’est transformé en prolongement naturel de notre main tant la pluie ne cesse de tomber ces derniers mois ?
Une « impression de ciel gris et sombre en quasi-permanence »
Plus qu’un hiver, « j’ai plutôt eu l’impression d’un très long automne, entrecoupé de quelques journées hivernales et quelques journées printanières, voire estivales », résume un lecteur depuis la Dordogne où il vit. Une météo morose qui lasse Myriam : « le ciel souvent sombre et plombé, les giboulées de grêle, c’est déprimant au bout d’un moment », souffle-t-elle. Un sentiment partagé par Antoine : « Avec mes horaires décalés, cela fait de longs mois déjà que chaque soir, il fait nuit quand je quitte le travail, confie le jeune parisien. Et c’est surtout le manque de luminosité et le temps humide qui attaquent le moral, avec cette impression permanente de ciel gris et sombre ».
Il faut dire que cet hiver, le soleil a joué les radins. « Toute la partie nord de l’Hexagone, au-dessus de la Loire, a accusé un gros déficit d’ensoleillement cet hiver, confirme Paul Marquis, météorologue indépendant et fondateur du site E-Meteo Service. Avec le flux d’ouest, cet hiver, nous avons eu très peu d’anticyclones, donc peu de soleil, mais souvent des nuages et des pluies ».
Résultats : en février, Paris a accusé un déficit d’ensoleillement de 54 %. Le déficit a même atteint 71 % à Saint-Quentin (Aisne) et 81 % à Charleville-Mézières (Ardennes), où le soleil a brillé par son absence. Brest rejoint aussi le club des villes les moins ensoleillées en février, avec seulement trente heures durant lesquelles l’astre a daigné montrer ses rayons, selon les données de Météo-France. Pire encore, entre le 1er et le 8 février, les Brestois n’ont eu droit qu’à douze minutes d’ensoleillement au total !
Fortes pluies, et fortes intempéries
Depuis la Gironde, Paco estime que « l’hiver a été pluvieux, voire très pluvieux ! C’est très différent de l’hiver 2021, qui a été assez sec ». Et de la pluie, il en est beaucoup tombé. « Si l’été 2023 s’est attardé jusqu’à mi-octobre, depuis, les pluies se sont succédé sur tout le territoire français », abonde Paul Marquis.
En cause : « Le zonal, ce vent d’ouest qui vient d’Amérique et qui souffle d’ouest en est, vers l’Europe, et qui a apporté toutes ces perturbations, explique le météorologue. Cela faisait plusieurs années qu’on n’avait pas eu un courant zonal aussi puissant, ce qui a conduit à des précipitations parfois records, notamment dans le Pas-de-Calais ou les Alpes, avec par endroits l’équivalent de plus de six à huit mois de précipitations tombés en seulement trois mois, de mi-octobre à mi-janvier. Ça a été la mousson sur plusieurs régions françaises, à l’exception du Roussillon, en sécheresse marquée ».
Autres conséquences de ce zonal : « il y a eu une dizaine d’épisodes de forts coups de vent voire de tempêtes qui se sont succédé sur la Bretagne, la façade Atlantique et le nord de la France, ajoute l’expert. Et une autre spécificité de cet hiver, ce sont les épisodes méditerranéens : depuis début février, il y en a déjà eu cinq en région Paca, dont un encore ce mardi. Or, c’est assez inédit ces phénomènes en hiver, surtout aussi rapprochés, normalement c’est plutôt en automne, de septembre à décembre ».
Douceur et temps pourri
Et s’il a beaucoup plu en plaine, « il a aussi beaucoup neigé en haute montagne, avec plus de 3 à 4 mètres dans le Queyras ou encore en Haute-Maurienne en un mois, relève le météorologue. Une situation semblable aux hivers des années 1980 et 1990, avec de gros flux d’ouest, de la douceur, mais aussi beaucoup de neige. Mais comme il fait plus doux qu’il y a trente ans, il y a moins de neige en moyenne montagne et il pleut plus, parce que la chaleur contribue à la hausse des précipitations : un degré de plus génère 5 à 10 % de précipitations supplémentaires ».
Et durant cet hiver particulièrement pluvieux, douceur des températures et temps pourri sont ainsi allés de pair. Entre décembre et fin février, la France a enregistré un excédent de pluie d’environ 10 % en moyenne, selon Météo-France. « Et on a vécu le troisième hiver le plus doux depuis le début des relevés, souligne Paul Marquis. Le flux d’ouest, océanique, apporte certes des pluies, mais aussi de la douceur. L’inverse, qu’on a peu vu cet hiver, c’est le flux continental, soufflant du nord-est, qui apporte un temps plus froid et sec. C’est le fameux "Moscou-Paris", qui a déferlé début janvier dans le Nord-Pas-de-Calais et le Bassin parisien et qui a fait chuter le thermomètre en dessous de zéro durant quelques jours. Sinon, on a eu un "non-hiver total", résume le météorologue. En cela, cet hiver, durant lequel les perturbations se sont succédé sans vraiment de répit, se démarque des précédents, qui ont été plus secs, avec moins de tempêtes et un temps plus calme. »
Des pluies abondantes qui pourraient toutefois nous épargner de la sécheresse cet été. « L’état des nappes est satisfaisant sur une grande partie du territoire, du fait d’un début de période de recharge arrosé », indique le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dans son dernier bilan du 1er mars, à l’exception des « nappes du Languedoc ou encore du Roussillon ».
Et la suite ?
Le printemps qui démarre timidement suit le même chemin que cet hiver : « On n’est pas près de revoir le soleil durablement dans l’Hexagone. La mousson se poursuit, et les quinze prochains jours vont être très perturbés sur tout le territoire, avec potentiellement des risques d’inondations localisées dans les zones où les sols sont saturés d’eau », prévient le météorologue.
Et après toute cette pluie, le beau temps ? Selon les dernières tendances publiées il y a quelques jours, « avril devrait être un mois assez frais et perturbé. Le dicton "en avril, ne te découvre pas d’un fil" sera de circonstance, il n’y aura pas de temps calme en vue », répond Paul Marquis.
La hausse des températures, devrait arriver après, et le thermomètre pourrait même s’emballer. « En mai, le temps devrait être plus calme et moins morose. On devrait avoir des poussées subtropicales venant du Maghreb et de l’Espagne, qui apporteront de l’air chaud, potentiellement sous la forme de vagues de douceur, voire de chaleur, dès le mois de mai, expose Paul Marquis. Et pour l’été prochain, les tendances saisonnières tablent sur de fortes chaleurs : sur le trimestre juin, juillet, août, on devrait avoir 1,5 à 2 degrés de plus par rapport aux moyennes de saison, avec la quasi-certitude d’avoir un à deux épisodes de canicule cet été ».



















