Il fait un temps pourri et dans nos têtes, aussi

METEO ET MORAL Hiver oblige, le taux d’ensoleillement est bas à Paris depuis le début de l’année. Au point de jouer sur notre moral à quelques jours du célèbre Blue Monday ?

R.L.

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L'ennui couplé à l'attente d'une conférence de presse de Jean Castex (Illustration)
L'ennui couplé à l'attente d'une conférence de presse de Jean Castex (Illustration) — SIPA PRESS
  • Je m’ennuie, tu t’ennuies, il s’ennuie, nous nous ennuyons, vous vous ennuyez, ils s’ennuient… Le niveau d’ensoleillement actuellement bas à Paris, avec 23h21 d’heures de soleil depuis le début de l’année, n’est pas le seul facteur expliquant la morosité ambiante.
  • « La météo est un facteur qui peut jouer sur le moral » et quand on ajoute « le contexte actuel très lourd », on arrive à « une atmosphère plombée », arguemente le Dr Sylvie Royant-Parola.
  • Entre manque de lumière et crise sanitaire, les Parisiens entrent dans l'hiver la tête pas à la fête.

Qu'il est loin « le temps est bon, le ciel est bleu, j’ai deux amis qui sont aussi mes amoureux ». Nous sommes en 2021, le temps est pourri, le ciel est gris, et vos amis (si vous vous souvenez encore à quoi ils ressemblent), comme vous, s’ennuient. « La bamboche, c’est terminé » et pour parfaire le triste tableau viennent le froid, la grisaille, la pluie, le vent et les points presse de Jean Castex. 

La tête déjà sur l’échafaud, chacun attend la sentence. Un re-re-confinement ou un couvre-feu abaissé à 18 heures sur l’ensemble du territoire ? Qu’importe la mauvaise nouvelle supplémentaire, lundi c'est  Blue Monday. Et cette année, ce jour le plus déprimant de l’année pourrait bien durer plus de 24 heures. Notamment pour les Parisiens qui cumulent crise sanitaire et manque de lumière.

Du 1er au 12 janvier, 23h21 d’heures d’ensoleillement seulement

Selon le classement 2021 « des villes les plus saines du monde », envoyé ce mercredi à la rédaction de 20 Minutes, Paris se classe en dixième position des villes les moins saine avec un indice de pollution « élevé » (65,10), un coût de la vie « important » (une bouteille d’eau coûte en moyenne 2,15 euros) et... avec un taux d’ensoleillement « faible » (1.662 heures par an). Actuellement, hiver oblige, ce dernier est bas. Très bas. Du 1er au 12 janvier, 23h21 d’heures de soleil ont été enregistrées à la station de Paris-Montsouris. Mercredi, le compteur affichait même 0. Un zéro à avoir le moral dans les chaussettes.

« En cette période hivernale, nous sommes nombreux à souffrir d’une baisse d’énergie et de motivation. Ce phénomène est connu sous le nom de déprime hivernale ou de trouble affectif saisonnier (TAS) qui touche une personne sur cinq. Les études scientifiques montrent que le manque de luminosité en est la cause principale », selon l’entreprise Espaciel « pionnier mondial des réflecteurs d’éclairage naturel ». Et de préciser : « La luminosité du ciel passe de 6.000 lux l’été à 1.000 lux l’hiver. Cette diminution de l’intensité lumineuse extérieure crée une carence en lumière naturelle. Cela influence notre humeur et notre moral. Cela explique les symptômes de la dépression saisonnière : irritabilité, manque de motivation et déprime ». Mais la situation de crise économique et sanitaire actuelle y est surtout pour beaucoup.

« La situation est extrêmement difficile à gérer pour la plupart des gens »

« La météo est un facteur qui peut jouer sur le moral. Mais ce n’est pas le seul, les facteurs sont cumulatifs. En réalité, c’est surtout le contexte actuel très lourd qui est prédominant. La situation est extrêmement difficile à gérer pour la plupart des gens et on rajoute à cela, comme tous les ans, cette période hivernale souvent difficile à passer à cause des températures et d’une longueur des jours abaissée. Le tout cumulé donne une atmosphère plombée », réagit auprès de 20 Minutes, entre deux consultations, le Dr Sylvie Royant-Parola, psychiatre et présidente du réseau Morphée, consacré à la prise en charge des troubles chroniques du sommeil. 

Mais après une année 2020 qui a battu des records d’ensoleillement à Paris (1.444 heures enregistrées entre les mois de mars et d’août et un ensoleillement proche du record avec 85h32 en janvier 2020), une vague de chaleur en septembre et un automne doux et ensoleillé, les températures apparaissent vraiment rudes. « En réalité, il n'y rien d’anormal », assure-t-on à 20 Minutes chez Météo France. Les fameuses «moyennes de saison» sont bonnes et l'on vivrait même un « hiver » on ne peut plus « classique ».

Météo France analyse : après une année douce côté météo, les Parisiens « se rendent brusquement compte que c’est l’hiver » et réalisent que les « beaux jours où nous aurons la joie de nous retrouver pour danser, pour chanter, pour profiter à nouveau de Paris, ensemble » promis par Anne Hidalgo ce mercredi  lors de ses vœux sont encore loin. En résumé : les Parisiens (comme tous les Français, finalement) s’ennuient, sont dans l’attente ou l’angoisse et prient Jean Castex en se les gelant dans la pénombre.