En cas de réveil nocturne, consulter sa tablette ou son smartphone est une mauvaise idée.
En cas de réveil nocturne, consulter sa tablette ou son smartphone est une mauvaise idée. — Sprayable Sleep/REX/REX/SIPA

FAIS DODO

Réveils nocturnes : Comment s’en débarrasser et retrouver un sommeil de qualité

Plus d’un Français sur cinq souffre d’insomnie

  • Lorsqu’ils sont fréquents, les réveils nocturnes perturbent la qualité du sommeil et se répercutent durant la journée.
  • C’est pourquoi il est important de ne pas les laisser s’installer.
  • S’il est recommandé de consulter, des mesures de bonne hygiène de sommeil sont aussi à prévoir.

Ouvrir les yeux. Se dire qu’il doit être l’heure de se lever et de démarrer sa journée. Sauf qu’il n’est que 3 ou 4h du matin, et que le réveil n’a pas prévu de sonner avant un bon moment. Chaque nuit, se réveiller alors qu’on devrait dormir profondément, sans savoir pourquoi ni comment l’empêcher. Mais que faire quand ces réveils nocturnes – promesse d’une journée tout en somnolences – se produisent toutes les nuits ? Quelles peuvent être les causes de ces éveils inopinés ? Faut-il s’en inquiéter ? Et comment réussir à faire de nouveau de belles nuits complètes de sommeil ? 20 Minutes tente de percer les secrets de Morphée.

Des causes multiples

On a tous déjà fait l’expérience d’une mauvaise nuit. Repas trop gras et trop arrosé, canicule ou veille de départ en vacances sont autant de causes qui peuvent ponctuellement vous réveiller au beau milieu de la nuit. Mais chez certains, ces réveils nocturnes se produisent toutes les nuits. « Dans la majorité des cas, la cause est physiologique, rassure le Dr Sylvie Royant-Parola, médecin psychiatre et présidente du réseau Morphée. On se réveille à chaque fin de cycle de sommeil, souvent sans s’en rendre compte ».

Car « le sommeil n’est pas un bloc : il est constitué de petites briques, de cycles d’environ 1h30 qui se succèdent au cours de la nuit, explique le Dr Philippe Beaulieu, médecin spécialiste des pathologies du sommeil au Centre de diagnostic et de traitement des maladies du sommeil du CHU Henri Mondor et coauteur de Dormir sans médocs ni tisanes (éd. Marabout). Chaque cycle est composé de différents stades. Il y a le sommeil lent – qui peut être soit léger, soit profond –, durant lequel le cerveau est comme au ralenti, et le sommeil paradoxal, durant lequel le cerveau va à 100 à l’heure, et où l’on rêve, poursuit-il. En première partie de nuit, on produit davantage de sommeil lent profond, et on ne se rend pas compte de l’allégement du sommeil à chaque fin de cycle. La seconde partie de nuit est constituée de phases d’alternance entre sommeil lent léger et sommeil paradoxal. Là, il y a beaucoup plus de risques de sortir de son sommeil ». Et plus on avance en âge, « plus on a conscience de ces réveils nocturnes, qui peuvent durer entre 20 et 40 minutes, parfois plus », ajoute le Dr Royant-Parola.

Il arrive aussi que ces éveils nocturnes fréquents soient « d’ordre réactionnel, liés à des facteurs de stress, de rythme de vie, ou à un événement particulier comme un déménagement ou un nouvel emploi, énumère le Dr Beaulieu. Ces événements mettent en tension, en alerte, rendent speed le jour et maintiennent dans une forme d'hypervigilance la nuit, fragilisant le sommeil ». Parfois, les causes de ce sommeil fractionné sont physiques. « On peut être réveillé par des troubles respiratoires ou, lors de la ménopause par exemple, avoir le sommeil perturbé par des suées nocturnes et une sensation de montée en température ». Enfin, « des réveils très précoces peuvent être le signe d’une dépression », souligne la spécialiste du sommeil.

Ne pas cogiter et consulter

Mais en pratique, que faire ? Pas question d’alimenter le stress, qui perturbera davantage son sommeil. « Lorsque ces troubles ont des répercussions sur la journée, que l’on est moins en forme, somnolent, irritable et que l’on note une baisse de moral, alors il faut consulter, car le sommeil est en lien avec tout ça. C’est un facteur transversal, insiste le Dr Beaulieu. Pourtant, il fait tellement partie du quotidien que les gens ne pensent pas à consulter : seulement 20 % des insomniaques le font spécifiquement pour ce problème ». Or, « il faut éviter que les troubles du sommeil se chronicisent », abonde le Dr Royant-Parola.

En attendant un rendez-vous chez un spécialiste, en cas de réveils nocturnes, on essaie en priorité de laisser son esprit en veille. « Il faut essayer de ne pas alimenter ses pensées, de ne pas cogiter, prescrit le Dr Royant-Parola. Si on entre dans ce circuit dans lequel on ressasse sa journée de travail ou les choses à faires, l’endormissement sera d’autant plus compliqué. Si on se sent bien et détendu, on peut rester dans son lit le temps de retrouver le sommeil ». Toutefois, au-delà de 30 minutes, si l’on ne s’est toujours pas rendormi et que la préoccupation est trop forte, « mieux vaut se lever, aller se détendre dans son salon et lire quelques pages sous une lumière douce en attendant que les signaux de sommeil reviennent », recommande le Dr Beaulieu. Se préparer une tisane ou essayer des techniques de relaxation peut aussi aider.

« Soigner son hygiène de sommeil »

A multiplier les réveils nocturnes, difficile, aussi, de se lever le matin ou de ne pas ressentir de coup de barre dans la journée. Pour autant, « ce n’est pas parce qu’on s’est réveillé dans la nuit qu’il faut se lever plus tard ou faire une grosse sieste, sous peine d’entretenir ses réveils nocturnes et perturber son horloge biologique », prévient le Dr Royant-Parola. Et « il ne faut pas non plus modifier ses horaires de coucher, complète le Dr Beaulieu. Si vous allez au lit à 20h alors que vous vous couchez naturellement plus tard, cela ne fonctionnera pas, mais risque même d’être pire et d’augmenter votre stress lié au mauvais sommeil. C’est là qu’il faut veiller à ne pas tomber dans l’insomnie psychophysiologique, provoquée par l’anxiété de performance ».

Il faut aussi « soigner son hygiène de sommeil, indique le Dr Beaulieu. On connaît l’impact délétère des écrans sur le sommeil, or nombreux sont ceux qui les emportent avec eux dans la chambre, qui consultent leurs mails professionnels jusque dans leur lit et utilisent leur smartphone la nuit : tout cela alimente l’insomnie d’hypervigilance. Il est primordial d’avoir un vrai temps de décompression physique et psychique au moins 1 heure 30 avant le coucher ». Enfin, soigner son hygiène de sommeil, c’est aussi ne pas boire trop d’alcool, ne pas faire de repas trop copieux et dormir dans une chambre bien aérée et pas surchauffée.